Eclairage de Mgr Rivière sur l’année sacerdotale 2009/2010

Rivière Benoit - Autun Chalon Mâcon

Pourquoi le Pape a-t-il pensé à une chose pareille ? Je suis frappé par la signification de la fête du Sacré-Coeur pour réfléchir correctement au sacerdoce des prêtres. Tout est devenu si superficiel et jetable dans les échanges entre les hommes… Une page d’écran en chasse immédiatement une autre, une impression balaie une autre impression, un message radio brouille le message précédent ; et nous avons pourtant tellement besoin de cette unité et de cette stabilité d’un amour qui demeure… L’année sacerdotale trouve son intuition et son unité dans le mystère du Coeur du Christ, dont le curé d’Ars est l’un des apôtres les plus accessibles pour nous, quand nous voulons aimer et faire aimer le sacerdoce.

Qui d’entre nous ne cherche l’unité de sa propre existence dans l’amour et la vérité, s’arrachant à la tentation récurrente de l’isolement et de l’amertume ? Ceci est vrai pour nos contemporains comme cela l’est sans doute depuis que le monde est monde. Cette quête de sagesse comporte le lent apprentissage à une confiance et à une capacité d’être en relation avec les autres et avec soi-même.

Cet effort, qui est pour une part celui de l’éducation et surtout de la conversion permanente de notre existence, permet de regarder en face et sereinement les deux questions qui nous font entrer dans la culture et sortir de la barbarie : que dois-je faire de bon ?
Que suis-je appelé à devenir ?
Elles se posent pour les prêtres.
Que doivent faire les prêtres ?
Qui sont-ils appelés à devenir ?
Je voudrais introduire ici une autre question : quelle a été l’intention de Jésus lui-même en appelant les apôtres à participer à sa mission ?
Il faut parler ici de cette participation tellement bouleversante pour laquelle il a appelé ceux que les premiers chrétiens ont aimé désigner par cette expression disant la communion : « les Douze ».

Quand Jésus s’est mis à distance pour prier et a ensuite choisi ceux qu’il voulait pour les unir particulièrement à lui et à sa mission dans le monde, qu’a-t-il désiré vraiment ? Que pouvonsnous comprendre de cette intention personnelle du Christ dont nous croyons fermement qu’elle est agissante aujourd’hui dans son Église ? Comment d’ailleurs mieux comprendre et encourager le sacerdoce aujourd’hui, sinon en trouvant la lumière et le chemin dans ce que Jésus a fait lui-même ? Quelle est pour nous la signification de sa vie et de sa présence ?
Qu’at-il voulu faire dans le monde, lui qui est tourné vers le Père éternellement et qui, dans la communion d’amour avec le Père, a livré sa vie pour nous apporter la joie que rien ne pourra nous enlever ? Que veut-il en appelant les Douze à être avec lui pour un service lié à son amour auprès des autres, à commencer par ceux qui souffrent le plus dans leur âme et dans leur corps ? Nous n’aurons jamais fini de scruter avec foi et amour la force de ce que nous dit l’évangéliste Marc : « Il créa les douze pour être avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle, avec le pouvoir de chasser les esprits mauvais » (Mc 3, 14-15).

Leibniz a eu ce mot si éclairant pour dire quel est en quelque sorte le véritable souci de Dieu :
« Dieu n’est pas, dit-il, un ouvrier d’oeuvres, mais un ouvrier d’ouvriers. » Ce qui mobilise son être tout entier,c’est nous-mêmes et notre devenir. Peut-être est-il bon, dans un monde si pressé à produire des oeuvres de toutes sortes, de se souvenir toujours du projet de Dieu qui est de faire advenir l’homme à son image, c’est-à dire de créer et accompagner merveilleusement les libertés humaines. Les anges qui voient sans cesse la face de Dieu et sont pour nous des entraîneurs d’action de grâce s’esclaffent, paraît-il, devant un homme agité !

Regardons la vie concrète des prêtres dans l’histoire de l’Église et particulièrement de ceux qui ont rayonné de leur mission sacerdotale. Je pense au Père Lacordaire qui, le jour même de son ordination, écrivait à un ami : « Je suis prêtre, je ne serai plus jamais que cela ! » Maximilien Kolbe, pour obtenir la place d’un malheureux condamné à mourir de faim et de soif, disait et répétait aux nazis stupéfiés, sans donner d’autres explications : « Je suis prêtre catholique. » Le Curé d’Ars, à l’évidence, n’avait plus en lui deux parts, l’une pour le sacerdoce qu’il exerçait auprès de ses paroissiens, et l’autre pour je ne sais quelle vie ou ambition séculière. L’exemple lumineux de tant de prêtres fait mieux comprendre le sens du ministère apostolique.

Dans le dialogue au bord du lac, Jésus n’a pas demandé à Pierre s’il était en forme ou s’il avait de bonnes idées, ou des projets plein la tête. Non ! Il ne lui a bien sûr pas demandé s’il regrettait son reniement (cela allait tellement de soi), il lui a posé une seule question, et la lui a posée trois fois : « M’aimes-tu ? » Tout est dit ! La mission est entièrement une oeuvre d’amour envers le Christ et envers les autres à cause de Lui.

Au cours d’une session organisée il y a quelques années à Nevers pour des prêtres diocésains, le cardinal Danneels avait dit que les chrétiens attendaient beaucoup de leurs prêtres, qu’ils soient des hommes de relation, de dialogue, et non pas des hommes moralisateurs ; qu’ils soient doués dans l’organisation, mais aussi dans l’animation, qu’ils soient de bons célébrants capables d’entraîner l’assemblée dans la participation et dans le chant, qu’ils soient pédagogues envers les enfants et auprès des personnes âgées… Chacun peut continuer la liste ! Mais, ajoutait le cardinal Danneels, quand l’Église ordonne un prêtre, elle ne consacre pas ses qualités humaines, elle ne les néglige pas bien sûr mais elle consacre quelqu’un, avec ses limites et ses qualités, pour un service irremplaçable dans le peuple de Dieu. En ordonnant un prêtre, l’Église se place au niveau du don de Dieu qui fait d’un homme un collaborateur des apôtres, un serviteur de la vie divine chez ses frères et ses soeurs dans la Foi et chez tous finalement. Nous ne comprendrons jamais vraiment
ce que veut dire d’être ordonné prêtre, en dehors du regard de la foi qui nous fait voir toute réalité du point de vue du Christ, tête de son Corps qui est l’Église.

Voici encore une approche possible pour favoriser la réflexion et le questionnement, notamment chez des enfants et des jeunes : partir de l’image que chacun se fait du prêtre ; partir ensuite à la recherche de ce que le Christ a voulu, en mettant à part avec lui ses apôtres pour les envoyer vers les autres avec pouvoir de libération et de guérison en son Nom ; regarder quelques « figures » sacerdotales du présent et du passé, pour déchiffrer en elles cette merveilleuse et si importante perle du sacerdoce ministériel.

Je voudrais rapporter enfin la joie d’une paroisse rurale accueillant son nouveau curé, âgé de 37 ans, après une année sans curé dans la paroisse. Au milieu des paroissiens rassemblés devant le porche de l’église ce dimanche d’août qui était celui de l’accueil du nouveau curé, une personne m’a dit : « Sur votre demande, une petite équipe s’est mise en place l’an dernier pour permettre la continuité des activités paroissiales et c’est au nom de cette équipe que je prends la parole ce matin… Des prêtres sont venus célébrer les dimanches et jours de fête… On aurait pu croire que tout continuait comme avant… et bien non ! Nous étions comme des brebis sans berger.
L’absence du prêtre se faisait ressentir, car toutes les bonnes volontés ne peuvent remplacer le prêtre qui oriente, guide, conseille, instruit, fait l’unité. Bref, nous étions comme un corps privé de tête ; et des membres trop longtemps livrés à eux-mêmes risquent de s’égarer, se disperser, se disloquer. Ces risques, Monseigneur, nous les avons ressentis. Alors aujourd’hui, c’est une grande joie… » Dans un échange paisible, au cours de cette année sacerdotale, au sein d’une équipe d’animation paroissiale, on peut se demander quel regard de foi et d’amitié fraternelle nous portons sur les prêtres.

Plutôt que « faire » beaucoup de choses au cours de cette année sacerdotale (qui est d’ailleurs commencée depuis plusieurs mois) nous nous demanderons : suis-je émerveillé par la radicale nouveauté que le Christ apporte en lui-même, et dans laquelle il veut faire que certains soient prêtres pour les autres aujourd’hui, unis ensemble à Lui, le seul médiateur entre Dieu et les hommes ? Suis-je heureux de voir des jeunes devenir prêtres ? Suis-je attentif à dire le meilleur d’eux ou non ? Suis-je prêt à favoriser la croissance d’une vocation de prêtre chez un jeune ? Suis-je suffisamment en amitié vraie avec les prêtres pour leur parler et pour dialoguer avec eux au plan de l’exercice concret de leur mission, et en leur faisant confiance comme à des frères en qui et par qui le Christ veut se donner très certainement à chacun ?
+ Benoît Rivière,
Évêque d’Autun, Chalon et Mâcon
Décembre 2009

Eclairage de Mgr Rivière, évêque d’Autun, Chalon et Mâcon et accompagnateur du Service national des vocations sur l’année sacerdotale 2009/2010.

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