Prêtres Fidei Donum : l’accueil et l’accompagnement des prêtres et religieuses

Tous les Français l’ont repéré, une proportion importante des curés en France sont des prêtres venus d’autres pays. Des prêtres « venus d’ailleurs » comme on dit parfois, pour ne pas dire étrangers, car personne n’est étranger dans l’Église.

Cette impression spontanée est confirmée par les chiffres. Bien que l’Église de France ne dispose pas de statistiques centralisées, surtout pour ce qui concerne les prêtres, car la gestion des prêtres relève de la responsabilité de chaque évêque, nous pouvons savoir qu’il y a en France plus de 2000 prêtres étrangers (ou, mieux Prêtres Fidei Donum [1], désormais FD) en mission pastorale pour environ 5000 prêtres français de moins de 75 ans. C’est dire qu’un prêtre sur trois en France est un étranger ou un prêtre Fidei Donum. Durant l’année 2018, on a ordonné en France environ 100 nouveaux prêtres. Et on a accueilli 200 prêtres Fidei Donum en mission pastorale.

A ces prêtres Fidei Donum, il faut ajouter les prêtres étudiants étrangers (environ 400) qui se trouvent en majorité en région parisienne. Alors que les prêtres Fidei Donum se trouvent partout, y compris dans des diocèses ruraux ou éloignés des métropoles où sont installées les universités. Ces prêtres étudiants donnent souvent un « coup de main pastoral » dans les paroisses où ils sont accueillis.

Comment ces prêtres Fidei Donum sont-ils accueillis en France et dans l’Église de France ?

Welcome_Avril2018En amont de leur arrivée, l’Église de France facilite leur venue grâce à un système de délivrance de visas (et de carte de séjour), par un processus accéléré, fruit d’un accord avec les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Procédure adaptée engageant la responsabilité des évêques ou supérieurs religieux qui les invitent.

Au moment de la venue en France, ce sont les diocèses d’accueil pour les prêtres Fidei Donum qui assurent un premier accueil, au plan pratique, administratif, ecclésial, etc. La « cellule accueil » au plan national organise des sessions « welcome » pour les Fidei Donum qui viennent d’arriver. Ces sessions, en novembre ou janvier, durent quatre jours. Elles ont pour objectif de faciliter l’intégration dans la société française et dans l’Eglise de France. Une session de quatre jours pour un objectif si vaste, c’est forcément général. Pour mieux connaitre ce système d’intégration, on se reportera par exemple à un compte-rendu de telles sessions welcome.

On signalera qu’il existe aussi une session welcome pour religieux et religieuses, qui se tient en février dont le compte-rendu ici. Cette session nationale doit être complétée et précisée par une action diocésaine : mieux connaitre le diocèse d’accueil en France… cela est à la charge des cellules accueils diocésaines, qui existent dans beaucoup de diocèses. Sous des noms divers.  Voir un exemple ici, dans le diocèse d’Aire et Dax. Les prêtres venus en mission d’étude disposent également de moyens pour mieux connaitre la France, et s’intégrer. On peut aussi penser que ces prêtres–étudiants sont plus jeunes que les prêtres « FD »… l’université est aussi un bon lieu pour connaitre la France et rencontrer facilement des Français.

Existe-t-il une « formation continue » pour les prêtres Fidei Donum ?

Installés dans leur diocèse d’accueil, les prêtres Fidei Donum participent à toutes les réunions qui animent la vie de leur diocèse. Certains deviennent membres du Conseil presbytéral, et se font, en quelque sorte, les porte-parole des FD dans cette instance diocésaine. Au plan national, une session « Échanges » est proposée aux Fidei Donum qui sont en France depuis trois ans ou plus. L’objectif de cette session est de favoriser précisément les échanges entre prêtres Fidei Donum, de faire connaitre leurs découvertes, positives ou négatives…Il faut redire ici que les propositions faites au plan national ne remplacent pas le nécessaire accompagnement à faire au niveau du diocèse ou au plan de la paroisse. Cet accompagnement diocésain est très variable. Certains évêques regroupent une fois par an les FD autour d’une messe, d’un échange et d’un repas. Cela est sans doute nécessaire pour « visibiliser » la place des FD dans une pastorale diocésaine. Cela n’est sans doute pas suffisant.

Avant de repartir ?

En général, le diocèse français d’accueil organise une célébration d’action de grâce, de remerciement pour le FD qui, à la fin de son contrat (6, 9 ou 12 ans, parfois plus) retourne dans son diocèse d’origine. Au plan national, on propose une session « retour/relecture » pour ces FD. Trois jours de session autour du thème de la relecture. Qu’ai-je appris ? Un acquis qui va servir à mon diocèse d’incardination ! En quoi cette mission en France m’a transformé ?

Ce qui reste à développer

  1. Il ne suffit pas de « former » les prêtres Fidei Donum pour qu’ils s’adaptent à la France, pour qu’ils deviennent de vrais missionnaires en France. Il faudrait aussi former les communautés paroissiales qui vont accueillir un prêtre Fidei Donum pour éviter les malentendus culturels, les conflits inutiles, les suspicions mutuelles… Cela se fait parfois, avec un réel bonheur. Telle paroisse prend conscience que son curé FD n’est pas vraiment un débutant ; il n’est pas simplement un « curé africain », mais il vient d’un pays précis qui a sa culture, sa langue, son histoire et qu’il a une histoire personnelle… On peut s’informer sur cet arrière-plan culturel, historique, personnel du curé… en y consacrant par exemple une demi-journée avec exposition, messe, conférence, danse et gastronomie exotique… Les exemples de ce type de manifestation sont en général très positifs. Le « curé étranger » est honoré dans sa dimension culturelle, personnelle, ecclésiale… Ses paroissiens le comprennent mieux et leur esprit s’ouvre à une dimension catholique de l’Eglise… catholique.
  2. La proportion importante des FD dans les presbyteriums a pour conséquence une certaine fragmentation de celui-ci. Comment honorer ses diverses composantes ? comment gérer la diversité des prêtres : diversité générationnelle, prêtres locaux et Fidei Donum, prêtres appartenant à des « communautés » (Emmanuel, St Martin, etc…) et prêtres diocésains, etc.
  3. Question de fond au plan ecclésial. Une Eglise particulière, ici celle de France, peut-elle fonctionner avec une proportion importante d’agents pastoraux étrangers ? Est-ce normal ? Est-ce sain ? Quelles sont les conséquences d’une telle situation de fait…

Père Michel Fournier (cellule accueil) et Père Antoine Sondag (directeur du Service national de la Mission universelle)

[1] En référence à l’encyclique du Pape Pie XII dont les premiers mots sont « Fidei Donum » (don de la foi) du 21 avril 1957 qui invite à un envoi de prêtres d’un diocèse vers un autre pour une mission limitée dans le temps. Au terme de leur mandat, ceux-ci retournent dans leur diocèse d’origine ou d’incardination.

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