Fin de vie : les diocèses se mobilisent

À l’invitation de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, président du Groupe de travail de la Conférence des évêques de France sur la fin de vie, des correspondants diocésains « fin de vie » ont été désignés. 85 personnes ont participé, samedi 7 février, à une journée de formation sur l’ensemble des sujets en débat pour modifier la future loi Clayes/Leonetti. Par Chantal Joly.

Père_Jean-Michel_MoysanPère Jean-Michel Moysan : un déficit de propositions pastorales
Il a dû « entrer dans le monde de la technique médicale avec ses richesses, ses limites, ses pouvoirs et dans le monde de la laïcité » et « apprendre à y proposer la foi sans peur ». Il lui a fallu aussi « travailler à dépasser des peurs personnelles de s’engager dans la relation au mourant et son propre rapport à la maladie et à la mort ». Responsable depuis 2007 de l’équipe des 5 aumôniers du CHUR (Centre hospitalier universitaire régional) de Brest, lui-même aumônier en psychiatrie, le Père Moysan est celui qui est demandé lors d’onction des malades dans une maladie ou une fin de vie « afin d’aider malades et familles à passer du niveau psychologique au niveau spirituel ». Correspondant « fin de vie » de son diocèse depuis trois mois, il s’est rendu à Paris à la journée de formation. Il en retient surtout que « la pratique de la sédation est plus subtile que ne l’exprime le texte de loi » et aussi qu’autonomie de la personne et solidarité de la société « devraient aller de pair ». S’il se sent « épaulé par des textes », il regrette « un déficit de propositions pastorales pour aider les chrétiens à gérer la fin de vie de leurs proches » et aimerait « un renouvellement des propositions et un renforcement du Service Évangélique des Malades ». « Nous sommes forts, constate-t-il, pour l’accompagnement des funérailles, moins pour l’accompagnement de la fin de vie ».

Sabine Le Bideau : développer le soin relationnel Sabine_Le_Bideau
Sa mission de responsable interdiocésaine de la Pastorale de la santé de Savoie (outre celle d’aumônier en hôpital psychiatrique) : assurer une présence chrétienne dans les quatre gros établissements de santé publics, les deux petits hôpitaux et une soixantaine d’EPHAD et soigner les contacts avec les cliniques. Sa formation d’infirmière et de psychothérapeute aide, bien sûr. Mais le contexte devient difficile. « Je me bats, explique Sabine, pour une dimension spirituelle du soin ». À une époque où certains soignants « ne croient pas à la nature spirituelle de l’homme », où on tourne le dos à « la fragilité, la souffrance, la mort » et où des personnes considèrent qu’ « être solidaire, c’est pratiquer l’euthanasie comme on pique un chien pour éviter de le faire souffrir », elle milite pour « que le soin relationnel soit considéré » et pour « la politique du Care (éthique anglo-saxonne alliant attention, soin, prévenance, entraide…)». « Au-delà du religieux, l’Église, dit-elle, a des choses à apporter sur les plans anthropologique et philosophique en dialogue avec la société». Envoyée par son évêque à Paris, Sabine est revenue avec le vif désir de lancer un travail sur les directives anticipées et de faire connaître la future loi.

Laurie_Deschamps-TollonDocteur Laurie Deschamps-Tollon : la notion de bienveillance
Correspondante Fin de Vie de son diocèse d’Auch fraîchement désignée, elle dit être être partie à Paris en « candide ». Sauf qu’elle a tout de même en poche une formation de deux années en soins palliatifs ! Épouse d’un diacre urologue, Laurie Deschamps-Tollon avait mis entre parenthèses sa carrière de rhumatologue pour élever leurs quatre enfants quand son mari lui a lancé « un appel ». Celui de monter un projet professionnel d’Équipe mobile de soins palliatifs (pour l’instant en panne de financement, voire de volonté, des instances de santé régionales). « Le monde médical et le monde chrétien sont deux routes, commente-t-elle, qui se rejoignent sans problèmes autour des notions de bienveillance et de fraternité ». Un module de sa formation autour de « Mort et rites religieux » fut d’ailleurs l’occasion de « chouettes échanges entre croyants et non croyants». Son mémoire de recherche a porté autour des directives anticipées, aux confins de la médecine et du droit. Laurie témoigne que « les acteurs de la santé, pas plus que la population, ne connaissent leurs droits ». Elle compte donc s’impliquer, via le réseau diocésain, pour à son tour faire de la formation sur ce sujet.

Sœur Jeannine Le Blais : le respect des personnes jusqu’au bout Jeannine_Le_Blais2
La fin de vie, pour elle « c’est du vécu ». Bretonne expatriée dans le diocèse de Meaux où elle vit en cité avec d’autres sœurs de la Divine Providence de Créhen, Sœur Jeannine assure depuis neuf ans un quart temps (plus que théorique) d’aumônerie à l’hôpital de Nemours. Récemment, une personne de son groupe qui souffrait d’un cancer généralisé a été accompagnée « très bien » et« jusqu’au bout » par l’équipe d’aumônerie. Ancienne infirmière en psychiatrique, mais surtout en gérontologie, Sœur Jeannine connaît par cœur les jugements qui visent les plus fragiles. Elle sait que certaines patientes âgées, ayant le sentiment de coûter cher à leurs familles et d’être inutiles peut les conduire à « désirer passer de l’autre côté ». D’où ses craintes concernant « des dérives » d’euthanasie. Tout son engagement consiste au contraire à dire à ces personnes qu’« elles ont du prix » et à marteler « les valeurs humaines comme le respect, valables pour tous ». Présente en duo à la journée parisienne avec le Docteur Tuiset, responsable des soins palliatifs sur Fontainebleau, Sœur Jeannine envisage de « conscientiser tous les aumôniers des hôpitaux et de répercuter l’information aux bénévoles ».

Une journée de dialogue pierre_d_ornellas_délégués
Dans l’esprit de « dialogue qui est la manière d’être de l’Église », a précisé Mgr d’Ornellas, quatre exposés furent suivis de débats avec les 85 participants (médecins, infirmier(e)s, aumôniers d’hôpitaux, visiteurs bénévoles…), venus de 68 diocèses. Le Dr Jean-François Richard, chef de service à la Maison Jeanne Garnier, à Paris, a dressé un état des lieux sur le développement de la médecine et de la culture palliatives, la formation des professionnels de santé et l’information des citoyens. Le Pr Jacques Ricot, agrégé en philosophie, a plaidé pour l’alliance de la liberté et de l’autodétermination avec la solidarité et la fraternité. Le Dr Marie-Sylvie Richard, chef de service à Jeanne Garnier, xavière, a aidé à discerner les frontières entre sédation temporaire et sédation définitive. Enfin le Pr Jean-Michel Boles, chef du service de réanimation au CHRU de Brest, a expliqué comment mieux organiser le recueil et la prise en compte des directives anticipées.

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    « Par euthanasie au sens strict, on doit entendre une action ou une omission qui, de soi et dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. « L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et des procédés employés ».
    Evangile de la Vie, lettre encyclique de Jean-Paul II, 1995, n.65