P. Gutiérrez : « La justice est un acte d’évangélisation »

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Dominicain péruvien, considéré comme l’un des théologiens les plus importants du XXe siècle, le P. Gustavo Gutiérrez est intervenu à la rencontre consacrée aux 50 années de liens entre l’Eglise en France et l’Amérique latine, le 3 mars 2012, à l’Institut catholique de Paris. Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, membre de la Commission épiscopale pour la Mission universelle de l’Eglise, chargé d’accompagner le Pôle Amérique latine et Caraïbes, et le P. Luc Lalire, Secrétaire du Pôle Amérique latine, rattaché aux échanges entre Eglises, y ont accueilli plus de 250 participants.
 

Des fondateurs et des témoins

Dans un message adressé à Mgr Stenger, le cardinal Roger Etchegaray a rappelé que la source de cette étroite coopération se situait à « la belle époque de Vatican II ».

Les grandes figures du CEFAL, devenu plus tard le Pôle Amérique latine, ont été évoquées. « A chaque rencontre, je découvre une Eglise qui redonne l’Espérance. Il n’y a pas de foi au Christ s’il n’y a pas la foi dans le peuple », a proclamé dans une vidéo Mgr de Maupéou (photo), évêque émérite de Viana (Brésil) et ancien secrétaire du CEFAL.

Autre message, celui du Père Antoine Guérin qui avait succédé au Père Jacques Lancelot : « Cette présence en Amérique latine a produit beaucoup de fruits. Les évêques prophètes en Amérique latine ont trouvé à leur tour des prêtres prophètes ».

Aujourd’hui, la présence des Français en Amérique latine contribue à nous enrichir mutuellement et à nous ouvrir à l’Église universelle en associant les grands témoins qui ont donné leur vie : le Père André Jarlan, tué en 1984 à Santiago (Chili), le Père Gabriel Longueville enlevé en Argentine, en 1976, et deux religieuses françaises enlevées l’année suivante : Alice Domon et Léonie Duquet.

Les situations de misère et d’injustice ont développé un esprit de solidarité ecclésiale et de communion entre les continents. Pour poursuivre ce trait d’union, le père Luc Lalire lance l’idée de créer un « comité du cinquantenaire » pour retracer 50 ans de liens privilégiés entre la France et l’Amérique latine.
 

Père Gustavo Gutiérrez : L’Evangile en actes

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L’intervention du Père Gustavo Gutiérrez, dominicain péruvien considéré comme l’un des théologiens les plus importants du XXe siècle, nous a plongés au cœur de la réflexion centrale sur la théologie de la libération et de la nouvelle évangélisation pour essayer de comprendre ce que veut dire s’engager à la suite du Christ et au service des pauvres.

« A la question : quels sont tes motifs d’espérance, a-t-il précisé, je réponds : Que fais-tu ? » Et de citer cette phrase de St Augustin : « La mémoire, c’est le présent du passé ». Le père Gutiérrez a rappelé le sens de « l’option préférentielle pour les pauvres » qui a marqué toute une génération. Insistant sur la complexité de la pauvreté, il a souligné que la pauvreté n’est pas un destin mais une situation d’injustice. « La pauvreté, a-t-il ajouté, nous l’avons faite et donc nous pouvons la défaire ! La pauvreté est une mort contraire à la vie. La création est un don de la vie. Être pauvre, c’est le droit de ne pas avoir de droits. La pauvreté est un signe des temps et l’Amour de Dieu pour les hommes est la raison ultime de l’option pour les pauvres. Nous aimons les pauvres mais nous n’aimons pas la pauvreté”.

Pour le Père Gutiérrez, le mot « préférence » n’est pas exclusif mais il est suscité par le désir de Dieu d’aimer toute personne. C’est une « option » pour le Christ et pas seulement une option sociale. “Sans prière, il n’y a pas de vie chrétienne, a-t-il déclaré, mais sans engagement, il n’y a pas de vie chrétienne non plus. Changer de structure ne suffit pas. Il faut se changer soi-même. La libération du péché n’a peut-être pas bonne presse mais le péché existe bien aujourd’hui. Il est le refus d’aimer Dieu et son prochain. Il s’agit d’une seule et même libération pour laquelle le pape Benoît XVI écrit les premières pages avec la nouvelle évangélisation. Quand Jésus dit « Faîtes ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19), il y a le repas central de la Cène mais aussi la mémoire du témoignage de Jésus, mémoire du témoignage du service à l’exemple du Bon Samaritain (Luc 10, 30-37): Continuez, je fais ceci pour que vous le fassiez aussi. La justice est un acte d’évangélisation: “Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît”. (Matthieu 6, 33) ».

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