La mémoire du cardinal Lustiger honorée en Terre Sainte

Le monastère bénédictin d’Abu-Gosh, situé à 12 km à l’Ouest de Jérusalem, accueille en son jardin un mémorial dédié au cardinal Jean-Marie Lustiger. Le cadre, hors du commun, est magnifique. Il offre un havre de paix propice à la méditation et au rapprochement entre juifs et chrétiens.
 
Un jardin qui inspire la sérénité, un réseau de canaux qui court de terrasses en terrasses, un petit amphithéâtre et quelques plaques de céramiques proposant des citations du card. Lustiger, en français, hébreu et arabe : le lieu dédié à la mémoire du card. Lustiger respecte la beauté naturelle du jardin du monastère d’Abu-Gosh. Aménagé autour de la symbolique de l’eau, il est propice à la rencontre et à la méditation. Il vient d’être inauguré, le 23 octobre 2013, en présence du card. André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dans le cadre du voyage d’étude « Aux sources de la Promesse », accompagné par le P. Patrick Desbois, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme.

L’initiative de ce mémorial revient au docteur Richard Prasquier, président d’honneur du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Elle est née de ses conversations avec le P. Patrick Desbois. « Israël fait sens au regard des activités du cardinal dans le domaine judéo-chrétien, de ses racines juives invoquées jusqu’au bout, des liens qu’il a lui-même entretenu avec Israël. Le site d’Abu-Gosh, évoqué par Patrick, est devenu une évidence », explique le président d’honneur du CRIF.

Inséré au cœur du village d’Abu-Gosh, entièrement musulman, le monastère a été fondé en 1976 par l’Abbaye bénédictine du Bec-Hellouin (Eure) sur une propriété juridiquement française. Il rassemble aujourd’hui deux communautés religieuses (l’une compte neuf frères, l’autre douze sœurs), qui ont pour vocation d’être un lieu de paix et de rencontre, tourné vers le monde juif dans sa réalité historique et contemporaine, en œuvrant à la rencontre de tous. « Notre dialogue se vit d’abord au sein de notre vie monastique, par l’attention à la tradition juive de lecture de l’Écriture et à son enracinement dans la terre de la promesse », précise le Fr. Louis Marie, prieur. Le monastère accueille aussi de nombreux visiteurs, parmi lesquels des groupes de l’armée dans le cadre du service culturel.
 

Un désir réciproque de rapprochement

Le card. Lustiger était un ami de la communauté. Dès qu’il venait en Israël, il séjournait à Abu-Gosh. Il a entretenu des relations personnelles avec plusieurs frères de la communauté, en particulier avec les Abbés Jean-Baptiste Gourion et Charles Galichet. « Je pense qu’il aimait notre fraternité, notre sensibilité au mystère d’Israël, notre convivialité pacifique. Je retiens surtout sa disponibilité à notre égard, le sens de sa charge et de sa place particulière, sa personnalité inclassable, sa hauteur de vue », confie Fr. Louis Marie. Il poursuit : « Le cheminement personnel de quelqu’un qui passe d’une communauté religieuse à une autre est souvent perçu, par beaucoup, comme l’abandon de la foi de ses pères. Ce n’était pas le cas pour le card. Lustiger mais certains l’ont perçu ainsi. Alors, que de ses frères de sang décident d’ériger un monument à sa mémoire nous paraît extraordinaire. C’est le signe que de tels itinéraires peuvent être des points de passage et de rapprochement et non de rejet ou de mépris. Cela n’est possible qu’avec un sens aigu de l’histoire, du respect d’autrui, de sa foi, de ses pratiques, et du caractère personnel de tels itinéraires. Cette initiative est la reconnaissance du rôle particulier du card. dans le rapprochement entre juifs et chrétiens, à la suite du Concile Vatican II et de sa contribution particulière. Elle est le témoignage de ce désir réciproque de rapprochement et d’avancée sur le chemin de la fraternité. »
 

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Richard Prasquier : « Une personnalité très respectée »

« J’ai eu la chance de créer des liens avec le card. Lustiger dans les dernières années de sa vie. Chaque rencontre était dense et forte, même quand les paroles échangées étaient d’apparence banales. Je crois que l’on n’a pas assez insisté sur les grands succès du card. dans le monde juif : se faire accepter tel qu’il était. Dans l’histoire des juifs, celui qui quitte la religion le fait par lâcheté. Et il risque de vouloir attaquer ses anciens coreligionnaires. Au fur et à mesure des années passées, les réticences que le card. pouvait inspirer sont tombées : sa conversion n’est pas liée à une facilité conjoncturelle. Nombreux sont ceux qui ont ressenti la sincérité de son engagement : il a réussi à désarmer la plupart de ses critiques. Sa personnalité était très respectée. Il a remporté une vraie victoire humaine et facilité l’échange entre juifs et chrétiens. Abu-Gosh montre, une fois de plus, l’enracinement des chrétiens dans le judaïsme. J’y ai assisté à la messe de minuit en hébreu : c’est un spectacle extraordinaire de beauté, la structure des prières puise à la même source, c’est très fort. »

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