Cardinal Sarah : « L’Eglise doit avoir un cœur capable de voir toutes les souffrances »

Président de Cor Unum, Conseil pontifical chargé de promouvoir les actions de solidarité dans l’Église catholique, le cardinal Robert Sarah (au centre sur la photo) a participé à l’ensemble du rassemblement national « Diaconia 2013 servons la fraternité », du 9 au 11 mai, à Lourdes.
 

Que représente pour vous ce rassemblement ?

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Je suis heureux d’avoir été invité par l’épiscopat français à y prendre part. Je suis impressionné par la présence de tous les diocèses – nous sommes 12 000 – et par celle des évêques. Cela veut dire que la diaconie, le service de la charité, fait partie de la préoccupation pastorale. Le mot diaconia signifie « service ». Il est écrit dans le Livre des Actes des Apôtres que la communauté chrétienne mettait tout en commun et que personne ne manquait de rien parce que la communauté veillait à ce que chacun ait le nécessaire (Actes 2, 41-47). C’est à cette époque que l’on a créé les diacres, diakonos, serviteurs des tables. La diaconie est donc la manifestation de l’Eglise pour exprimer sa proximité à ceux qui sont dans la souffrance. Pas seulement une souffrance physique ou matérielle. Le Pape Benoît XVI disait qu’une des sources de la souffrance est l’isolement. L’Eglise doit avoir un cœur capable de voir toutes les souffrances.
 

Pour vous, quels sont les fruits de la démarche Diaconia ?

D’abord, le fait que toutes les personnes qui sont là se sentent frères. Pas seulement en parole : ils vivent cela – prient ensemble, partagent ensemble les idées et les expériences. C’est déjà un bon fruit. Chacun vivant dans son diocèse, dans sa paroisse, ils ne se rencontrent jamais. Cette fraternité, nous pouvons la manifester ensemble, auprès de ceux qui n’ont pas de frères, qui sont pauvres, immigrés. Et peut-être aussi la nécessité de prendre toujours plus conscience que nous avons davantage à faire pour manifester la charité. En étant ensemble, on peut être beaucoup plus efficaces. Nous devons nous rappeler que Jésus nous a dit : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5) Venir à Lourdes, c’est manifester que certes, nous sommes de bonne volonté, mais aussi que nous voulons le faire avec l’aide de Dieu. Son soutien donnera une valeur encore plus consistante. Je vois vraiment comme fruit le fait d’être ensemble, de créer la fraternité entre nous pour mieux la transmettre, dans un climat de prière. Car on ne vit pas ici un élan de philanthropie mais comme étant la main de Dieu qui va rejoindre les plus pauvres. Nous sommes une courroie de transmission.
 

Le Pape François peut-il donner une impulsion nouvelle à la charité dans l’Eglise ?

François invite chacun de nous et l’Eglise à vivre pleinement ce qu’a découvert saint François d’Assise (1182-1226). Il ne faudrait pas le comprendre de manière superficielle, comme quelqu’un engagé contre la pauvreté uniquement matérielle. Celle-ci n’est pas seulement négative – « Heureux les pauvres » (Matthieu 5, 3) – car la pauvreté nous ouvre à Dieu. Celui qui est trop riche n’a besoin ni de Dieu ni de personne. Plus d’humilité, plus de dépouillement, plus de simplicité : l’Eglise a besoin de cela aujourd’hui pour que nous puissions vivre pleinement notre foi chrétienne. Le pape François nous invite à ressembler au Christ. Saint François a porté les stigmates de Jésus-Christ. Déjà Jean-Paul II nous avait emmenés deux fois à Assise prier pour la paix. Au temps du Poverello, l’Eglise vivait la même crise qu’aujourd’hui – un délabrement moral dans l’Eglise comme dans la société. A l’époque, le Pape Innocent III fait un rêve : il voit sa cathédrale toute penchée et un homme qui la soutient, pour que la basilique ne tombe pas. C’était François. Aujourd’hui aussi, nous sommes tous appelés à soutenir l’Eglise. Saint François était un grand missionnaire. Or nous sommes à l’époque de la Nouvelle Evangélisation. Le Pape nous pousse également à être plus évangéliques. Il nous engage à des choses beaucoup plus profondes et plus difficiles.
 
La pensée sociale de l’Eglise, éclairage offert à la société

« Comme une lumière », la doctrine sociale de l’Eglise est « un éclairage offert à la société » pour les consciences et les intelligences. Le cardinal Sarah renvoie à Deus Caritas Est (N°28 et 29) : « Benoît XVI dit que le travail pour une société juste n’est pas le travail de l’Eglise mais celui de l’Etat. L’Eglise doit former des laïcs – en politique, en économie – qui doivent être des témoins compétents dans leur profession » pour construire une société plus juste.

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