Message du Saint-Père pour la Journée internationale des personnes handicapées

Message du Saint-Père pour la Journée internationale des personnes handicapées célébrée le 3 décembre 2021 intitulée : “Vous êtes mes amis” (Jn 15,14)

Chers frères et sœurs !

11 septembre 2019 : Le pape François bénissant une jeune fille handicapée, durant l'audience générale sur la place Saint Pierre au Vatican. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. September 11, 2019: Pope Francis blessing a disabled girl during the weekly general audience at the Vatican.

À l’occasion de la Journée internationale qui vous est consacrée, je voudrais m’adresser  directement à vous, qui vivez avec un handicap, quel qu’il soit, pour vous dire que l’Église vous  aime et a besoin de chacun d’entre vous pour accomplir sa mission au service de l’Évangile.

Jésus, l’ami 

Jésus est notre ami ! Il l’a dit lui-même à ses disciples lors de la Dernière Cène (cf. Jn  15,14). Ses paroles nous rejoignent et éclairent le mystère de notre relation avec Lui et de notre  appartenance à l’Église. “L’amitié avec Jésus est indéfectible. Il ne nous abandonne jamais, même  si parfois il semble être silencieux. Quand nous avons besoin de Lui, il se laisse trouver par nous et  Il est à nos côtés, où que nous allions”. (Exhortation apostolique post-synodale Christus Vivit, n.  154). Nous, chrétiens, avons reçu un don : l’accès au cœur de Jésus et l’amitié avec Lui. C’est un  privilège dont nous avons été bénis et qui devient notre appel : notre vocation est d’être ses amis !

Avoir Jésus pour ami est la plus grande des consolations et peut faire de chacun de nous un  disciple reconnaissant, joyeux et capable de témoigner que sa propre fragilité n’est pas un obstacle  pour vivre et communiquer l’Évangile. L’amitié confiante et personnelle avec Jésus peut devenir,  en effet, la clé spirituelle pour accepter les limites que nous connaissons tous et pour vivre notre  condition de manière réconciliée. Elle peut donner lieu à une joie “qui remplit le cœur et toute la  vie” (Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 1) car, comme l’a écrit un grand exégète,  l’amitié avec Jésus est “une étincelle qui enflamme l’enthousiasme”.

L’Église est votre maison 

Le baptême fait de chacun de nous un membre à part entière de la communauté ecclésiale et  donne à chacun, sans exclusion ni discriminations, la possibilité de s’exclamer : “Je suis Église !”.  En effet, l’Église est votre maison ! Tous ensemble, nous sommes l’Église parce que Jésus a choisi  d’être notre ami. L’Église – nous voulons l’apprendre de mieux en mieux le long de ce processus  synodal que nous avons entrepris – “n’est pas une communauté de parfaits, mais de disciples en  chemin, qui suivent le Seigneur car ils se reconnaissent pécheurs et ayant besoin de son pardon”  (Catéchèse, 13 avril 2016). Dans ce peuple qui avance à travers les événements de l’histoire, guidé  par la Parole de Dieu, “tous sont protagonistes, personne ne peut être considéré comme un simple  figurant” (Aux fidèles de Rome, 18 septembre 2021). C’est pourquoi chacun d’entre vous est aussi  appelé à apporter sa propre contribution au parcours synodal. Je suis convaincu que si ce processus  ecclésial est véritablement “participatif et inclusif”, la communauté ecclésiale en sortira grandement enrichie. Malheureusement, aujourd’hui encore, beaucoup d’entre vous “sont traités comme des corps  étrangers dans la société”. […] et « sentent qu’ils existent sans appartenance et sans participation » ;  encore trop de choses « [vous empêchent] d’avoir la pleine citoyenneté ». (Enc. Fratelli tutti, n. 98).  La discrimination est encore fortement présente à différents niveaux de la vie sociale ; elle se  nourrit de préjugés, d’ignorance et d’une culture qui a du mal à comprendre la valeur inestimable de  chaque personne. En particulier, le fait de continuer à considérer le handicap – qui est le résultat de  l’interaction entre les barrières sociales et les limitations de chaque personne – comme s’il s’agissait d’une maladie, contribue à maintenir vos vies à l’écart et alimente la stigmatisation dont vous êtes  victimes.

En ce qui concerne la vie de l’Église, “la pire des discriminations […] est le manque  d’attention spirituelle” (Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n. 200), qui s’est parfois  manifestée par un refus d’accès aux sacrements, que certains d’entre vous ont malheureusement  expérimenté. Le Magistère est très clair à ce sujet, et récemment le Directoire pour la catéchèse a  rappelé explicitement que “personne ne peut refuser les sacrements aux personnes handicapées” (n.  272). Face à la discrimination, c’est précisément l’amitié de Jésus, que nous recevons tous comme  un don immérité, qui nous rachète et nous permet de vivre les différences comme des richesses. En  effet, il ne nous appelle pas serviteurs, femmes et hommes à la dignité mutilée, mais amis : des  confidents dignes de connaître tout ce qu’il a reçu du Père (cf. Jn 15,15).

Dans l’épreuve ! 

L’amitié de Jésus nous protège dans l’épreuve. Je suis bien conscient que la pandémie du  Covid-19, de laquelle nous sommes péniblement en train de sortir, a eu et continue d’avoir des  répercussions très dures sur la vie de beaucoup d’entre vous. Je pense, par exemple, à la nécessité  de rester à la maison pendant de longues périodes, à la difficulté pour de nombreux étudiants  handicapés d’accéder aux outils didactiques d’enseignement à distance, aux services à la personne  qui ont été interrompus pendant longtemps dans de nombreux pays, et à bien d’autres difficultés  auxquelles chacun d’entre vous a dû faire face. Mais, par-dessus tout, je pense à ceux d’entre vous  qui vivent dans des structures résidentielles et à la souffrance qu’a entraînée la séparation forcée  d’avec vos proches. Dans ces établissements, le virus a été très violent et, malgré le dévouement du  personnel, a fait trop de victimes. Sachez que le Pape et l’Église vous sont proches d’une manière  spéciale, avec affection et tendresse !

L’Église est aux côtés de ceux d’entre vous qui luttent encore contre le Coronavirus. Comme  toujours, elle insiste sur la nécessité de prendre soin de chacun, sans que le handicap soit un  obstacle à l’accès aux meilleurs soins disponibles. C’est dans ce sens que certaines Conférences  épiscopales, comme celles d’Angleterre et du Pays de Galles, et celle des États-Unis, sont  intervenues pour demander que le droit de chacun à être traité sans discrimination soit respecté.

L’Évangile est pour tous 

Notre vocation découle aussi de notre amitié avec le Seigneur. Il nous a choisis afin que  nous portions du fruit, et que notre fruit demeure (cf. Jn 15,16). En se présentant comme la vraie  Vigne, Il a voulu que chaque sarment, uni à Lui, puisse porter du fruit. Oui ! Jésus veut que nous  arrivions au “bonheur pour lequel nous avons été créés”. Il veut que nous soyons saints et n’attend  pas de nous que nous nous contentions d’une existence médiocre, édulcorée et sans consistance”  (Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, 1).

L’Évangile est pour toi aussi ! C’est une Parole adressée à chacun d’entre nous, qui console  et, en même temps, appelle à la conversion. Le Concile Vatican II, parlant de l’appel universel à la  sainteté, enseigne que “l’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité  s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie […] Les  fidèles doivent s’appliquer de toutes leurs forces, dans la mesure du don du Christ, à obtenir cette  perfection, afin qu’[…] ils soient, avec toute leur âme, voués à la gloire de Dieu et au service du prochain”. (Const. Lumen Gentium, 40).

Les Évangiles nous rapportent que lorsque certaines personnes handicapées rencontrent  Jésus, leur vie change profondément et elles commencent à être ses témoins. C’est le cas, par  exemple, de l’aveugle de naissance qui, guéri par Jésus, affirme courageusement devant tout le  monde que celui-ci est un prophète (cf. Jn 9,17) ; et beaucoup d’autres proclament avec joie ce que  le Seigneur a fait pour eux.

Je sais que certains d’entre vous vivent dans des conditions d’extrême fragilité. Mais je  voudrais m’adresser précisément à vous – et là où le besoin se fera sentir, j’aimerais que les  membres de votre famille ou vos proches vous lisent ces mots et vous transmettent cet appel de ma part : je vous demande de prier. Le Seigneur écoute attentivement la prière de ceux qui ont  confiance en Lui. Que nul ne dise : “Je ne sais pas prier”, car, comme le dit l’Apôtre, “l’Esprit vient  au secours de notre faiblesse ; car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l’Esprit lui-même  intercède par des gémissements inexprimables” (Rm 8,26). Dans les Évangiles, en effet, Jésus  écoute aussi ceux qui s’adressent à lui de manière apparemment inadéquate, parfois seulement par  un geste (cf. Lc 8,44) ou par un cri (cf. Mc 10,46). Dans la prière, il y a une mission accessible à  tous, et je voudrais vous la confier de manière particulière. Personne n’est si fragile qu’il ne puisse  prier, adorer le Seigneur, rendre gloire à son Saint Nom et intercéder pour le salut du monde.  Devant le Tout-Puissant, nous nous découvrons tous égaux.

Chers frères et sœurs, votre prière est plus urgente aujourd’hui que jamais. Sainte Thérèse  d’Avila a écrit que “dans les moments difficiles, nous avons besoin des amis forts de Dieu pour  soutenir les faibles”. Ce temps de la pandémie nous a montré clairement que nous sommes tous  vulnérables : “nous nous sommes rendus compte que nous sommes tous dans la même barque, tous  fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer  ensemble.”[1] La première façon de le faire est de prier. Nous pouvons tous le faire ; et même si,  comme Moïse, nous avons besoin de soutien (cf. Ex 17,10), nous sommes sûrs que le Seigneur  écoutera notre invocation.

Je vous souhaite le meilleur. Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge vous protège. Rome, Saint Jean de Latran, 20 novembre 2021  

François

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