Message du Saint-Père pour la Journée internationale des personnes handicapées

Message du Saint-Père pour la Journée internationale des personnes handicapées célébrée le 3 décembre 2020.

Chers frères et sœurs !

11 septembre 2019 : Le pape François bénissant une jeune fille handicapée, durant l'audience générale sur la place Saint Pierre au Vatican. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. September 11, 2019: Pope Francis blessing a disabled girl during the weekly general audience at the Vatican.

La célébration de la Journée internationale des personnes handicapées est l’occasion, cette année, d’exprimer ma proximité avec ceux qui rencontrent des difficultés particulièrement dans cette crise pandémique. Nous sommes tous dans le même bateau au milieu d’une mer agitée qui peut nous effrayer ; mais dans ce bateau certaines personnes luttent davantage, parmi lesquelles les personnes gravement handicapées. Le thème de cette année est « Mieux reconstruire : vers un monde post Covid-19, incluant les handicaps, accessible et durable ». Je suis frappé par l’expression « mieux reconstruire ». Il me fait penser à la parabole évangélique de la maison bâtie sur le roc ou sur le sable (cf. Mt 7, 24-27 ; Lc 6, 46-49). Je profite donc de cette précieuse occasion pour partager quelques réflexions, à partir de cette parabole.

1. La menace de la culture du déchet Tout d’abord, les « pluies », les « rivières » et les « vents » qui menacent la maison peuvent être identifiés à la culture du déchet, qui est répandue à notre époque (cf. Evangelii gaudium [EG], n. 53). Pour elle, « certaines parties de l’humanité semblent mériter d’être sacrifiées par une sélection qui favorise une catégorie d’hommes jugés dignes de vivre sans restrictions. Au fond, « les personnes ne sont plus perçues comme une valeur fondamentale à respecter et à protéger, surtout celles qui sont pauvres ou avec un handicap » (Fratelli tutti [FT], n. 18). De cette culture sont particulièrement touchées les catégories les plus vulnérables, parmi lesquelles figurent les personnes handicapées. Au cours des cinquante dernières années, des mesures importantes ont été prises, tant au niveau des institutions civiles que des réalités ecclésiales. La conscience de la dignité de chaque personne s’est accrue, ce qui a conduit à faire des choix courageux pour l’inclusion de ceux qui vivent une limitation physique et/ou psychique. Pourtant, au niveau culturel, il y a encore trop d’expressions qui contredisent de fait cette orientation. Il y a des attitudes de rejet qui aussi à cause d’une mentalité narcissique et utilitaire, conduisent à la marginalisation, ne considérant pas que, inévitablement, la fragilité appartient à tous. En réalité, il y a des personnes souffrant de handicaps même graves qui, même avec peine, ont trouvé le chemin d’une vie belle et riche de signification, comme il y en a beaucoup d’autres qui sont « considérées normales », mais qui sont insatisfaites, ou parfois désespérées. « La vulnérabilité appartient à l’essence de l’homme » (cf. Discours au Congrès « Catéchèse et personnes handicapées », 21 octobre 2017). Il est donc important, surtout en cette Journée, de promouvoir une culture de la vie, qui affirme continuellement la dignité de chaque personne, en particulier pour la défense des hommes et des femmes handicapés, de tous âges et de toutes conditions sociales.

2. Le « roc » de l’inclusion La pandémie que nous vivons a encore mis en évidence les inégalités et les injustices qui caractérisent notre époque, notamment au détriment des plus faibles. « Et si le virus ne fait pas d’exception entre les personnes, il a trouvé sur son chemin dévastateur, de grandes inégalités et discriminations. Et il les a accrues ! » (cf. Audience générale du 19 août 2020). Pour cette raison, le premier « roc » sur lequel construire notre maison est l’inclusion. Même si ce terme est parfois galvaudé, la parabole évangélique du Bon Samaritain (cf. Lc 10,25-37) reste pertinente. En fait, sur le chemin de la vie, nous rencontrons souvent la personne blessée, qui porte parfois les traits du handicap et de la fragilité. «L’inclusion ou l’exclusion de la personne en détresse au bord de la route définit tous les projets économiques, politiques, sociaux et religieux. Chaque jour, nous sommes confrontés au choix d’être de bons samaritains ou des voyageurs indifférents qui passent outre» (cf. FT, n. 69). L’inclusion devrait être le « roc » sur lequel construire les programmes et les initiatives des institutions civiles afin que personne, surtout ceux qui sont le plus en difficulté, ne soit exclu. La force d’une chaîne dépend du soin apporté aux maillons les plus faibles. En ce qui concerne les institutions ecclésiales, je réitère la nécessité de préparer des instruments appropriés et accessibles pour la transmission de la foi. J’espère également que ceux-ci seront mis à la disposition de ceux qui en ont besoin, le plus possible gratuitement, notamment grâce aux nouvelles technologies, qui se sont avérées si importantes pour tous en cette période de pandémie. De la même manière, j’encourage, les prêtres, les séminaristes, les religieux, les catéchistes et les travailleurs pastoraux, à une formation ordinaire favorisant la relation avec le handicap et l’utilisation d’outils pastoraux inclusifs. Que les communautés paroissiales s’engagent à accroître leur style d’accueil des personnes handicapées parmi les fidèles. La création d’une paroisse totalement accessible nécessite non seulement la suppression des barrières architectoniques, mais surtout des attitudes et des actions de solidarité et de service, de la part des paroissiens, envers les personnes handicapées et leurs familles. L’objectif est que nous puissions ne plus parler « d’eux », mais seulement de « nous ».

3. Le « roc » de la participation active Afin de « mieux reconstruire » notre société, l’inclusion des sujets les plus fragiles doit également inclure la promotion de leur participation active. Tout d’abord, je réaffirme avec force le droit des personnes handicapées à recevoir les sacrements comme tous les autres membres de l’Église. Toutes les célébrations liturgiques de la paroisse doivent être accessibles afin que chacun, avec ses frères et sœurs, puisse approfondir, célébrer et vivre sa foi. Une attention particulière doit être accordée aux personnes handicapées qui n’ont pas encore reçu les sacrements de l’initiation chrétienne : elles pourraient être accueillies et incluses dans le parcours catéchétique de préparation à ces sacrements. La grâce dont ils sont porteurs ne peut être exclue pour personne. «En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation» (EG, n. 120). C’est pourquoi les personnes handicapées, tant dans la société que dans l’Église, demandent également à devenir des sujets actifs de la pastorale, et non seulement des bénéficiaires. « De nombreuses personnes porteuses de handicaps ‘sentent qu’elles existent sans appartenance et sans participation’. Il y en a encore beaucoup d’autres qu’on empêche d’avoir la pleine citoyenneté’. L’objectif, ce n’est pas seulement de prendre soin d’elles, mais qu’elles participent ‘activement à la communauté civile et ecclésiale. C’est un chemin exigeant mais aussi difficile, qui contribuera de plus en plus à former les consciences à reconnaître chaque individu comme une personne unique et irremplaçable’ ». (FT, n. 98). En fait, la participation active à la catéchèse des personnes handicapées constitue une grande richesse pour la vie de toute la paroisse. Celles-ci en effet, unies au Christ dans le baptême, partagent avec lui, dans leur état particulier, le ministère sacerdotal, prophétique et royal, évangélisant à travers, avec et dans l’Église. Par conséquent, la présence de personnes handicapées parmi les catéchistes, en fonction de leurs propres capacités, représente également une ressource pour la communauté. En ce sens, il convient d’encourager leur formation, afin qu’ils puissent acquérir une préparation plus avancée dans les domaines théologique et catéchétique. Je souhaite que de plus en plus, dans les communautés paroissiales, les personnes handicapées puissent devenir catéchistes, afin de transmettre la foi efficacement, à travers leur propre témoignage (cf. Discours au Congrès « Catéchèse et personnes handicapées », 21 octobre 2017). « Le pire de cette crise, c’est seulement le drame de la gâcher » (Homélie de la messe en la solennité de la Pentecôte, 31 mai 2020). C’est pourquoi, j’encourage ceux qui chaque jour et souvent en silence, se dépensent en faveur des situations de fragilité et de handicap. Que la volonté commune de «Mieux reconstruire » déclenche des synergies entre les organisations civiles et ecclésiales, afin d’édifier, contre vents et marées, une « maison » solide, capable d’accueillir les personnes handicapées, parce qu’elle est construite sur le roc de l’inclusion et de la participation active.

Rome, Saint Jean de Latran, 3 décembre 2020

François

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