« Le Pape donne plus de responsabilités aux femmes »

A 52 ans, Sœur Nathalie Becquart est une religieuse française xavière. Le 6 février 2021, le pape François l’a nommée numéro 2 du secrétariat du Synode des évêques (Assemblée chargée d’étudier les grandes questions doctrinales de l’Église catholique). Elle est première femme à ce poste de sous-secrétaire. Une fonction qui lui ouvre le droit de vote. Interview.

Comment avez-vous appris la nouvelle de la nomination ? Quelle a été votre réaction ?

J’ai reçu un coup de téléphone du substitut de la Secrétairerie d’État, Monseigneur Edgar Peña Parra qui m’a appelée de la part du pape François. C’était une vraie surprise ! Certes j’étais déjà consultrice pour le Secrétariat général du Synode des évêques depuis mai 2019 mais je ne m’attendais pas du tout à cette nomination ! J’ai reçu de nombreux messages d’encouragements de chrétiens, des femmes, des prêtres, des évêques mais aussi de non croyants, de musulmans et de juifs. La joie qu’ils vivaient tous au travers de cette nomination m’a beaucoup touchée.

Votre parcours vous a préparé d’une certaine manière à ce poste de sous-secrétaire. Vous avez d’abord été responsable du Service national pour l’évangélisation des jeunes et des vocations (SNEJV) de l’Eglise Catholique en France entre 2012 et 2018. Comment cette expérience à la Conférence des évêques de France (CEF) vous a-t-elle aidée ?

C’est grâce à cette mission à la Conférence des évêques de France que j’ai été investie dès octobre 2016 dans la préparation du Synode sur la foi, les jeunes et le discernement vocationnel. À Paris, notre équipe du service de la pastorale des jeunes s’est grandement mobilisé dans les préparatifs. J’ai aussi été appelée en parallèle pour les rencontres internationales de préparation à Rome comme le séminaire d’études, le « pré-synode » en mars 2018. La préparation en France et au Vatican m’a donné une vision transversale d’un synode. De manière plus large, mon expérience avec les jeunes notamment dans la pastorale étudiante m’a fait comprendre que la synodalité est la clé pour annoncer l’Évangile et faire Église avec les jeunes des aumôneries.

Vos dernières expériences pastorales au Canada et aux États-Unis vous ont également permis d’approfondir la question des jeunes et de la synodalité…

À la fin de mon mandat à la Conférence des évêques de France (CEF) en septembre 2018, j’ai souhaité souffler pour relire et discerner la suite avec ma supérieure générale. J’ai d’abord été envoyée pour un temps sabbatique dans notre communauté xavière de Toronto (Canada), puis j’ai suivi un programme spécifique pour les religieux et religieuses à Chicago aux États-Unis. Cela a abouti à la décision de reprendre des études de théologie. En 2020, je me suis spécialisée en ecclésiologie à la School of Theology and Ministry de Boston College en menant une recherche sur la synodalité à partir de l’expérience et la réflexion du synode des jeunes. D’une certaine manière, cela m’a préparée à ma mission d’aujourd’hui.

Qu’est-ce que le Synode des évêques ?

Le Synode est une institution permanente créée par Paul VI en 1965 pour poursuivre l’expérience du Concile Vatican II et conseiller le Pape, c’est une rencontre d’évêques  délégués pour discerner sur un sujet. Le Pape a convoqué en octobre 2022 un prochain synode sur le thème : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Le secrétariat du synode est composé d’une équipe internationale permanente de quinze membres, tous très polyglottes ! Nous sommes chargés de penser et d’organiser le prochain synode. Je fais partie de l’équipe de direction avec le Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode des évêques et le Père Luis Marin de San Martin nommé aussi sous-secrétaire. Les deux sous-secrétaires sont le bras droit du Secrétaire général. Nous sommes sous l’égide d’un conseil d’évêques et de cardinaux issus du monde entier. Notre statut est spécifique par rapport aux autres dicastères car nous dépendons directement du Pape qui préside le Synode.

Qu’est-ce que le Synode des évêques ?

Le Synode est une institution permanente créée par Paul VI en 1965 pour poursuivre l’expérience du Concile Vatican II et conseiller le Pape, c’est une rencontre d’évêques  délégués pour discerner sur un sujet. Le Pape a convoqué en octobre 2022 un prochain synode sur le thème : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Le secrétariat du synode est composé d’une équipe internationale permanente de quinze membres, tous très polyglottes ! Nous sommes chargés de penser et d’organiser le prochain synode. Je fais partie de l’équipe de direction avec le Cardinal Mario Grech, Secrétaire général du Synode des évêques et le Père Luis Marin de San Martin nommé aussi sous-secrétaire. Les deux sous-secrétaires sont le bras droit du Secrétaire général. Nous sommes sous l’égide d’un conseil d’évêques et de cardinaux issus du monde entier. Notre statut est spécifique par rapport aux autres dicastères car nous dépendons directement du Pape qui préside le Synode.

Quelle est votre mission actuelle ?

Le Pape a promulgué en septembre 2018 Episcopalis communio, une nouvelle Constitution Apostolique qui déploie une nouvelle vision du Synode des Évêques comme un processus mettant en lumière la synodalité comme dimension constitutive de l’Église. Cette nouvelle référence conçoit le synode comme un processus articulé en trois phases : la phase préparatoire, la phase de célébration et la phase de réception. L’accent sera mis notamment sur la phase de préparation qui implique la consultation du Peuple de Dieu et une mobilisation plus forte des églises locales en lien avec les conférences épiscopales, les mouvements et toute la vie religieuse. Pour l’instant, je suis donc très impliquée dans la phase préparatoire qui consiste à penser la démarche de préparation et promouvoir à tous les niveaux la synodalité, à accompagner et répondre à des demandes diverses des églises locales. Avec le contexte de crise sanitaire, les rencontres se déroulent actuellement en visioconférence. J’essaye aussi, au début de cette mission, de perfectionner ma pratique de l’italien.

Quels sont les enjeux de la synodalité ? Existe-t-il des freins dans la mise en place d’une dynamique de synodalité ?

La synodalité est un axe très clair donné non seulement par le Pape mais aussi par les synodes précédents. L’enjeu est que l’Église remplisse sa mission dans le monde d’aujourd’hui tel qu’il est. La synodalité est un appel de Dieu. Il faut la promouvoir à tous les niveaux dans les diocèses, les paroisses, les conférences épiscopales. Comme tous changements, il existe quelques résistances. L’Église est en ré-apprentissage de la synodalité. Dès les premiers siècles après J.C., elle était la manière d’être de l’Eglise. Les évêques travaillaient de manière très collégiale et la gouvernance de l’Eglise était très synodale. Pour des raisons historiques, l’exercice de l’autorité dans l’Eglise est devenu très clérical et personnel. Aujourd’hui, il faut retrouver ce discernement tous ensemble à l’intérieur d’une vision systémique et relationnelle qui ne sépare pas les pasteurs des communautés qu’ils servent et donc des laïcs. Quelles procédures devons-nous adopter pour « marcher ensemble » dans l’écoute réciproque pour écouter l’Esprit? Nous sommes encore en chemin mais rien ne semble figé !

Cette synodalité se traduit également vers une plus grande attention du Pape vers les plus pauvres et les exclus…

C’est l’un des enjeux mis en avant par le Pape François ! Nous ne devons pas être trop européocentrés. La synodalité se nourrit d’une plus grande prise en compte des cultures des églises locales et en particulier des plus pauvres. La synodalité est forcément missionnaire. Pour relever ces défis, il faut porter en premier lieu l’attention aux plus pauvres, et mettre en œuvre les encycliques papales que sont « Laudato Si’ » et « Fratelli Tutti ». La conversion écologique est articulée à la conversion synodale et la synodalité provoque et suppose la fraternité. Nous sommes un peuple en communauté de frères et sœurs !

Après la publication d’un motu proprio institutionnalisant l’accès des femmes au lectorat et à l’acolytat, peut-on dire que le Pape donne des signes de confiances envers les femmes ?

Le Pape a nommé en mars 2021 sœur Alessandra Smerilli, une économiste de renom au poste de sous-secrétaire au Dicastère pour le développement humain intégral. Autre exemple : Sœur Calduch-Benages devient secrétaire de la Commission biblique pontificale. Le Pape donne plus de responsabilités à des femmes au Vatican. C’est un signe d’ouverture. C’est aussi en réponse aux appels exprimés dans les deux derniers synodes. Dans les documents finaux du synode des jeunes et de l’Amazonie, il est mentionné qu’il faut associer davantage les femmes aux décisions dans l’Eglise. Il répond à une question qui travaille les populations dans le monde entier. De nombreuses personnes ont cette aspiration à trouver cette manière d’être ensemble dans l’égalité, le respect mutuel et la réciprocité.

Votre nomination coïncide avec le Centenaire de l’Institut la Xavière, votre congrégation religieuse apostolique issue de spiritualité ignatienne…

Nous ouvrions notre Centenaire le 4 février 2021 en mémoire de Claire Monestès qui a fondé la congrégation des Xavières le 4 février 1921. J’ai été nommée sous-secrétaire deux jours après. Depuis 2019, je coordonnais la préparation des 100 ans. Cet évènement est l’occasion de rendre grâce et de célébrer ce don que nous avons reçu d’être appelées ensemble à suivre le Christ dans la vie religieuse à La Xavière. Notre devise : « Passionnées du Christ, passionnées du monde » nous rappelle que notre mission est au cœur de l’Église. Cette nomination est aussi une forme de reconnaissance pour mes sœurs xavières. De spiritualité ignatienne, nous nous sentons proches du Pape et portées par une même vision missionnaire. A Rome, je n’ai pas de communauté xavière, ce qui est un grand changement de vie pour moi, mais je sens que je suis portée par la prière des sœurs de ma congrégation, et cela me soutient beaucoup !

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