À Bari, les évêques expérimentent l’Église méditerranéenne

Cinquante-huit évêques du pourtour méditerranéen sont attendus du 19 au 23 février à Bari, ville portuaire au Sud de l’Italie. La rencontre intitulée “Méditerranée, frontière de paix” permettra d’échanger et d’engager une réflexion commune sur la migration. Par Florence de Maistre.

25 septembre 2017 : Card. Gualtiero BASSETTI, nouveau président de la Conférence épiscopale italienne. Rome, Italie. September 25, 2017: Card. Gualtiero BASSETTI, new president of the Italian Bishops Conference. Rome, Italy.

“L’initiative revient à la conférence épiscopale italienne et à son président, le cardinal Gualtiero Bassetti, c’est une première ! J’ai été sollicité pour participer à cette rencontre. C’est important, d’autant que mon diocèse compte plus de 100 km de littoral méditerranéen”, indique Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier. La réunion se tient à Bari, capitale des Pouilles, du 19 au 23 février prochain. Cinquante-huit évêques représentant les conférences épiscopales des dix-neuf pays qui bordent la Méditerranée ont ainsi répondu à l’invitation. Le document préparatoire adressé aux participants précise la démarche : “pour un dialogue fraternel et pour regarder ensemble les joies et les difficultés que vivent les peuples de notre grand lac de Tibériade”.

Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, et Mgr Carré représenteront la France. À noter également, la présence du Cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque du Luxembourg et président de la Comece (Commission des épiscopats de la communauté européenne), celle de Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger et président de la CERNA (Conférence des évêques de la région Nord de l’Afrique), ainsi que celle du cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l’Église catholique chaldéenne (Irak). Le pape François rejoindra le rassemblement pour la conclusion des travaux et présidera la messe à la basilique de San Nicola le 23 février. Il est déjà venu à Bari en juillet 2018 à l’occasion d’une Journée œcuménique de prière pour les chrétiens persécutés au Proche-Orient.

7 juillet 2018 : Le pape François entouré des dix sept chefs d’Eglises impliquées à différents titres au Moyen-Orient (orthodoxes, catholiques et représentants du protestantisme) pour une journée oecuménique de prière et de réflexion. à Bari, Italie. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. July 07, 2018: Pope Francis as he hosts a daylong prayer for peace in the Middle East with an unprecedented gathering of Orthodox patriarchs and Catholic leaders in Bari, Italy.

La Méditerranée : état des lieux d’un espace partagé

Temps de prières et de réflexions, tables rondes, rencontres avec les communautés locales sont au programme de ces cinq jours, envisagés comme un “laboratoire de synodalité”. Chaque participant a reçu un document qui revient sur les multiples facettes de la Méditerranée, territoire commun et partagé. Puis, le texte convoque écoute, dialogue et conversion. Pour favoriser la rencontre fraternelle et le partage d’expérience, envisager des solutions concertées, chacun a, en amont, répondu à un questionnaire sur la vie pastorale de sa région, la façon dont se vit la foi, la charité fraternelle, sur les défis, les nouveaux besoins pressentis, ainsi que sur les relations de l’Église locale avec la société civile.

3 février 2019 : A son arrivée à Abu dhabi, le pape François est accueilli par le cheikh Ahmed Mohamed el-Tayeb. Abu Dhabi, imam de la mosquée al-Azhar. Abu Dhab, Emirats arabes unis. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. February 3, 2019 : Pope Francis is welcomed by the Grand Imam of al-Azhar, Ahmed Muhammad Ahmed el-Tayeb, upon his arrival at the Abu Dhabi airport, United Arab Emirates.

Au cœur du document préparatoire, mais surtout au cœur des préoccupations de tous les acteurs, se pose la question migratoire. Les appels du pape sont fortement relayés : “La Méditerranée est depuis toujours un lieu de transitions, d’échanges, et parfois aussi de conflits. Nous en connaissons tant. Aujourd’hui, ce lieu nous présente une série de questions, souvent dramatiques. Celles-ci peuvent se traduire dans certaines interrogations que nous nous sommes posées au cours de la rencontre interreligieuse d’Abou Dhabi [le 4 février 2019, le Pape et l’imam Al-Azhar ont signé un document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune] : comment prendre soin les uns des autres au sein de l’unique famille humaine ? Comment alimenter une coexistence tolérante et pacifique qui se traduise en fraternité authentique ? Comment faire prévaloir dans nos communautés l’accueil de l’autre et de celui qui est différent de nous parce qu’il appartient à une tradition religieuse et culturelle diverse de la nôtre ? Comment les religions peuvent-elles être des chemins de fraternité au lieu de murs de séparation. Ces questions, ainsi que d’autres, exigent d’être interprétées à divers niveaux, et exigent un engagement généreux d’écoute, d’étude et de confrontation pour promouvoir des processus de libération, de paix, de fraternité et de justice” (Discours du Saint-Père 21 juin 2019, Naples).

Imaginer des solutions communes pour construire la paix et la fraternité

16 avril 2016 : Visite du pape François à Lesbos en soutien aux migrants. Après une minute de silence, le pape François , le patriarche oecuménique de Constantinople BARTHOLOMEE 1er et HIERONYMOS II II, arch. othodoxe d'Athènes et de toute la Grèce, jettent à la mer des couronnes de fleurs en mémoire des victimes des traversées en Méditerranée. Lesbos, Grèce. DIFFUSION PRESSE UNIQUEMENT. EDITORIAL USE ONLY. NOT FOR SALE FOR MARKETING OR ADVERTISING CAMPAIGNS. April 16 2016 : Pope Francis, Patriarch Bartholomew and Archbishop Hieronymos throw wreaths into the sea during a service in memory of migrants who have died trying to Europe, on the island of Lesbos, Greece.

Les organisateurs de cette première rencontre à Bari souhaitent manifester une Église méditerranéenne présente et active, d’où l’importance de renforcer les structures de communion existantes et peut-être d’en inventer de nouvelles. La démarche s’inscrit dans la même dynamique que celle du groupe “Euregio” qui rassemble, depuis une quinzaine d’années, neuf évêques des diocèses transfrontaliers d’Aix-la-Chapelle, Liège, Luxembourg, Metz, Namur, Nancy, Trêves, Troyes et Verdun, dont l’objectif est de contribuer à la construction d’une Europe plus fraternelle. En avril dernier, le groupe publiait une lettre “à nos frères et sœurs européens”. Au paragraphe de la question migratoire, les chrétiens étaient invités à “poser le regard du Christ sur ces personnes en souffrance”. Par ailleurs, tous les deux ans depuis 1989, la Commission Mixte Méditerranée rassemble les évêques et les directeurs des services nationaux de la pastorale des migrants, du dialogue islamo-chrétien et de la mission universelle des deux rives de la Méditerranée. Le thème de la dernière rencontre était : la contribution des migrants à l’édification de l’Église locale. Mgr Pierre-Marie Carré de ponctuer : “Je pars à cette première réunion des évêques de la Méditerranée sur la migration prêt à découvrir les possibilités d’œuvrer davantage ensemble. J’en ai le désir”.

Sur le même thème

  • Migrants à Calais

    Migrants

    La mobilité humaine n’est pas un phénomène nouveau et l’Église manifeste depuis longtemps un grand intérêt pour les migrants, se préoccupant de leur sort, au travers notamment d’un accompagnement pastoral adapté. Le phénomène migratoire est indéniablement une réalité complexe, difficile à gérer, mais nous aurions tort d’oublier que celui-ci, avec la grâce de Dieu, est l’Avent « d’un nouveau ciel […]