Covid-19 : aumôniers de prisons interdits d’accès, mais pas inactifs !

pere_jean-francois_penhouet_largeurAlors que les mesures de confinement s’intensifient pour faire face à la pandémie, les aumôniers de prisons s’organisent pour continuer à accompagner les personnes incarcérées.
Message du père Jean-François Penhouët, aumônier national des prisons.

Le 21 mars 2020

Nous sommes aux premiers jours du confinement et déjà, çà et là, existent des mouvements divers : refus de réintégrer les cellules à l’issue de promenade, voire tentative de mutineries, plus ou moins échafaudées à partir des réseaux sociaux. Privés nous-mêmes de la liberté de nous mouvoir, de rencontrer physiquement nos proches, nous pouvons mieux réaliser la souffrance de ceux qui vivent à deux dans 9 m2 et qui se retrouvent sans possibilité de parloir avec leur famille. L’Administration Pénitentiaire a facilité l’accès au téléphone, à la TV et aux cantines par un pécule dédié attribué spécialement pendant cette période.

Nous imaginons aussi l’angoisse des personnels de surveillance et de soins contraints de travailler au contact physique sans protection le plus souvent. Beaucoup de jeunes surveillants viennent de prendre leur premier poste après leur formation à l’ENAP.

Aumôniers interdits d’accès, pas inactifs

Nous, aumôniers, partenaires de l’Administration Pénitentiaire, sommes interdits d’accès comme les autres intervenants. Ce qui n’est pas sans question ! Comme le disait un confrère orthodoxe, si les soignants sont autorisés à rentrer, ne pourrions-nous pas nous considérer comme des « médecins des âmes » ? Cette interdiction ne nous laisse pas inactifs, tant au niveau national que régional ou local. Les contacts avec l’Administration Pénitentiaire se font à tous ces échelons. Mais les réponses aux questions posées se font attendre parfois longuement. On note des initiatives locales surtout pour que le courrier venant des personnes détenues puisse être acheminé vers les aumôniers. A charge pour ceux-ci de répondre ! Nous restons sur notre faim quand même pour les personnes extrêmement vulnérables : l’Administration ne pourrait-elle envisager qu’un aumônier puisse rentrer et par un canal de téléphone interne s’entretenir avec elles, voire les rencontrer dans une salle spécialement aménagée (hygiaphone ?)

L’Aumônerie adhère à un réseau d’associations intervenant en prison, le GNCP (Groupe National de Concertation Prison) dont est membre Le Secours Catholique. Plusieurs de ces associations se sont lancées dans un plaidoyer en différents domaines : arrêter les comparutions immédiates grandes pourvoyeuses d’incarcération ; revoir les conditions d’aménagement de peines ou améliorer les dispositifs de fin de peine. Tout ceci dans le but de désengorger les prisons : la surpopulation engendre mal-être, violence et promiscuité qui favorise la diffusion du virus.

Communiquer

Tout être humain pour vivre a besoin d’être en relation. Beaucoup de propositions sont faites, venant souvent de chrétiens, pour envoyer des messages aux personnes détenues. L’idée est généreuse. Mais pour le moment, elle se heurte à la difficulté de la transmission aux détenus de ces messages. Le règlement est très clair : seul un aumônier peut correspondre confidentiellement avec une personne de son établissement. Et comment distribuer de multiples messages anonymes non adressés ?

Les médias catholiques (journaux, TV, radios) ne sont pas en reste. Tous ont proposé de chercher avec l’Aumônerie comment ils pouvaient participer à lutter contre cet isolement renforcé. Les moyens sont ténus. Radio Notre Dame, Radio Vatican langue française m’ont interviewé et proposent d’ouvrir leurs ondes. Mais les postes de radio sont peu nombreux en détention ! Le Jour du Seigneur attend de mieux connaître ce qu’il lui sera possible de réaliser comme émissions le dimanche matin.

Bref, nous sommes dans l’incertitude et l’attente, mais non inactifs. Nous imaginons les risques de violence et de suicide à l’intérieur. Nous maintenons tous les contacts possibles. Nous nous joignons à la prière de toute l’Eglise qui est dispersée, mais unie dans la foi malgré tout, cette Eglise dont une partie est derrière les barreaux.

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Ressources

La Figure de Saint Vincent de Paul

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"S'il s'en trouve parmi vous qui pensent qu'ils sont envoyés pour évangéliser" les prisonniers et non pour les soulager, pour remédier à leurs besoins spirituels et non temporels, je réponds que nous devons les assister en toutes manières par nous et par autrui : faire cela, c'est évangéliser par paroles et par œuvres, et c'est cela le plus juste ..."

Saint Vincent de Paul ( 1581-1660), Premier aumônier des prisonniers

Avec le Père Lataste, un autre regard sur la prison

Père Lataste

"Il est donc vrai.. les plus grands pécheurs ont en eux ce qui fait les plus grands saints. Qui sait s’ils ne le deviendront pas un jour?"

Père Lataste ( 1581-1660), fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

Les personnes qui désirent rentrer en contact avec un aumônier sont invités à se rapprocher de l’administration de l’établissement pénitentiaire concerné, en précisant dans l'adresse: "Aumônerie catholique des prisons".
Annuaire de l'administration pénitentiaire