Le Temps d’un toit, tremplin vers un nouveau départ

Focale diocèse Bayeux Lisieux

L’association « Le temps d’un toit » accueille depuis novembre 2013 sur l’agglomération caennaise les personnes migrantes. L’objectif : trouver des logements disponibles et servir de tremplin aux familles qui démarrent une nouvelle vie, accueillir et accompagner. Reportage auprès des membres de l’association qui viennent en aide aux migrants.

IMG_20180316_113257 (002)« Nous sommes des chrétiens qui nous mobilisons », lance Agnès Ravenel, déléguée à la pastorale des migrants et présidente de l’association Le temps d’un toit, elle est accompagnée par Marie-Odile Champod  secrétaire très active .Cette association a été créée à l’initiative  de la  Pastorale des migrants. Au siège, rue Nicolas-Oresme à Caen, les bénévoles viennent de se réunir pour leur assemblée générale. L’objectif de l’association est d’accueillir à titre transitoire des personnes migrantes le temps de s’installer de manière pérenne en France.

Vingt logements disponibles

En moins de cinq ans, l’association a acquis vingt logements dont deux maison partagées. Si dix appartements sont aujourd’hui mis à disposition gratuitement par des propriétaires à Caen, Lisieux et Trévières, dix autres sont loués dans le privé. L’association a su relever avec brio les défis. Au total, ce sont plus de 80 personnes accueillies dans les appartements dont 24 familles.

Les débuts ont pourtant été difficiles. Avant de devenir une association en 2013, l’équipe diocésaine de la Pastorale des migrants connait de multiples rebondissements. Elle interpelle dès 2008-2009 l’évêque et les communautés religieuses du diocèse sur la question de l’hébergement des migrants déjà nombreux sans solution de logement à Caen. L’appel reste malheureusement sans réponses. La demande est renouvelée, plusieurs fois, le projet est discuté et repris dans les six diocèses de la Province qui font la même démarche auprès de leur évêque. Dans le diocèse de Bayeux et Lisieux, ce n’est qu’en 2013 que l’aventure prend un nouvel élan.Grâce à Diacona 2013, Monseigneur Jean-Claude Boulanger évêque de Bayeux-Lisieux, met à disposition de la Pastorale des migrants, une petite maison indépendante dans le périmètre de la maison diocésaine, à condition de créer une association loi 1901. Fidèle aux valeurs de « fraternité », l’évêque est présent lors de l’assemblée générale consultative et de l’inauguration du premier appartement prêté.

Le projet connait en septembre 2015 un nouveau tournant. Dans une déclaration, le Pape François demande à « chaque paroisse d’Europe » d’accueillir une famille. Un partenariat se noue entre la pastorale des migrants le Secours Catholique, la société Saint-Vincent-de-Paul et le CCFD-Terre solidaire. Leurs buts : interpeller toutes les paroisses du diocèse. Peu d’échos. Le Temps d’un toit change alors son fusil d’épaule et se met seul à la disposition des paroisses. « Avec ses 25 donateurs réguliers, notre paroisse a commencé à donner tous les mois. » L’initiative fait des émules, depuis sept paroisses ont répondu positivement dans le bassin caennais.

Qu’est-ce qu’un migrant ?

19 octobre 2016 : Des migrants et réfugiés cherchent du réseau pour leurs téléphones aux abords des clôtures les séparant de l'autoroute. Vue de la "jungle" à quelques jours du démantèlement final du plus grand bidonville d'Europe. Calais (62), France.

« Un migrant est une personne qui a quitté son pays pour des raisons politiques, économiques ou climatiques et traverse des frontières pour s’installer dans un autre pays, explique Agnès Ravenel. Il ne faut pas confondre ce terme avec celui de « réfugiés », rappelle-t-elle. Dans l’agglomération caennaise, les nationalités sont diverses. La plupart viennent d’Afrique de l’ouest ou subsaharienne, d’anciens pays d’Europe de l’Est (Albanie, Kosovo) ou même d’Asie (Mongolie). « Une vraie carte du monde. »

Le diocèse de Bayeux-Lisieux est aussi en première ligne à un autre niveau. Alors que de nombreux jeunes migrants tentent d’embarquer quotidiennement pour l’Angleterre à Ouistreham, les membres de l’association se proposent d’accompagner ceux qui déposeraient une demande d’asile à la préfecture, dans l’attente d’une réponse de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Mais ceci arrive rarement : l’objectif des jeunes, soudanais pour beaucoup restant l’Angleterre, malgré les conditions extrêmement difficiles qu’ils rencontrent .

Des solutions à courts termes

« Nous n’avons pas de dispositifs d’hébergement d’urgence, pointe Agnès Ravenel. Nous étudions les dossiers des migrants qui veulent rester sur le territoire français. » Alertés par les Centres d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) ; les travailleurs sociaux ou interpellés directement par les migrants, le téléphone des membres de l’association sonne régulièrement pour demander de l’aide. Squats, bidonvilles et rue, « Le Temps d’un toit » intervient souvent « en bout de chaîne » quand toutes les solutions administratives sont épuisées. 

La solution des appartements apparait alors comme une solution de repli. La durée de séjour est limitée à 6 mois une fois, renouvelable : « Nous passons un contrat avec les bénéficiaires. Ils sont accueillis à titre transitoire, et nous demandons une participation modique aux charges, nous refusons de faire  de l’assistanat », soulève-t-elle. Rester dans les appartements permet aux familles démunies, de rebondir. Dans l’attente d’attribution d’un logement social, elles sont bien souvent, obligées de patienter. « Avant de pouvoir obtenir un HLM, il faut que le couple obtienne sa carte de séjour. S’il un seul des deux l’obtient, le logement social n’est pas accordé. »

Les dix appartements locatifs sont payés grâce à la centaine de donateurs réguliers et à l’engagement des 450 adhérents. « Nous nous assurons d’avoir la sécurité du financement sur une année », mentionne-t-elle. L’association, n’a pour le moment, jamais obtenu de financements publics. La solidarité a été moteur au cours des derniers mois : « Certains propriétaires étaient frileux à l’idée de loger des migrants. On a trouvé des appartements par le bouche-à-oreille et grâce à l’aide d’un agent immobilier qui nous accompagne dans nos recherches. » Elle ajoute : « Ce qui est moins facile, c’est parfois la réaction des voisins. Pourtant, les familles sont dispatchées dans la ville, ce qui empêche un effet communautariste »

Acquérir de nouveaux appartements

L’association vient d’acquérir un local de stockage de matériel. Indispensable pour meubler les appartements vides. « Dès que nous lançons un appel auprès de nos membres, ils réagissent rapidement, il faut aller chercher le mobilier et le stocker. » Toujours à la recherche de bénévoles actifs, l’association veut augmenter son nombre d’adhérents, ses dons pour acquérir de nouveaux appartements. Elle reste cependant limitée par ses moyens financiers. « Il faut aussi assurer le suivi des appartements et des travaux si nécessaires. » Et l’avenir ? : « Tant qu’il y aura des migrants dans la rue, nous continuerons … S’il y a des forces vives aussi », plaisantent-elles.

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