Rencontre avec des gardiens de cimetière

Accueillir les familles, entretenir les différents espaces, veiller sur les défunts : les gardiens et conservateurs de cimetière œuvrent avec un infini respect et une grande humanité, au service de tous. À l’occasion de la fête de la Toussaint, ils témoignent. Par Florence de Maistre.
Kamel, 61 ans, gardien du cimetière de Gaillac (Tarn)
“J’ai été le gardien du cimetière du Bourget (Seine-Saint-Denis) pendant trente ans, avant de rejoindre celui de Gaillac (Tarn) ces treize dernières années. Le plus important pour moi ? Les relations humaines : elles se vivent très fortement dans ce métier. Le rapport à la mort est tellement personnel ! Les gens se confient facilement, certains se mettent entièrement à nu, sans barrière. On garde leurs défunts, on veille sur eux. J’ai quelquefois passé des heures entières avec des personnes qui venaient exprès pour discuter. Toutes voient la mort arriver trop vite. On se dit qu’on a tout le temps, mais le jour est là et c’est déjà trop tard. Je comprends bien cet état d’esprit pour l’avoir moi-même éprouvé. Toutes les émotions peuvent s’exprimer lors des obsèques. Je me rappelle l’enterrement d’un jeune d’une vingtaine d’années et de ses parents très croyants. C’est l’espérance en une vie meilleure qu’ils ont manifestée. Le cimetière serait un monde de tristesse ? C’est au contraire l’espérance qui s’y vit ! À mes débuts, des grands-parents se promenaient dans les allées avec leurs petits-enfants et leur racontaient les anecdotes familiales. Les jeunes générations viennent tout juste à la Toussaint avec un pot de chrysanthèmes. Qu’en est-il le reste de l’année ? C’est comme les carrés par confession. L’État les demande aux communes dans la mesure du possible pour contenter les administrés. On est déjà séparés de notre vivant, on pourrait être enfin unis, non ? Je sais être apprécié pour mon sourire. C’est ma façon de recevoir les peines de chacun. Avec l’arrivée de la retraite, je vais pouvoir partager avec mes petits-enfants toute cette richesse humaine.”
Anthony, 47 ans, responsable technique des cimetières de Cherbourg-en-Cotentin (Manche)
“Je suis responsable des cimetières des Aiguillons, de Saint-Martin et des Ragotins, soit 18 000 concessions. Je rends service aux citoyens au moment où ils sont dans la peine, lorsqu’ils perdent un être cher. J’interviens avec une équipe de huit personnes, renforcée par six autres de l’été à la Toussaint, afin que tout soit bien présentable pour cette fête. Nous sortons les drapeaux pour l’occasion et en plaçons sur les tombes des morts pour la France. Outre les tâches ordinaires, du fossoyage aux créations végétales, il s’agit surtout d’être disponible pour rencontrer les familles. Oui, nous avons un rôle de veilleur et de surveillance au quotidien. Nous nous efforçons de rassembler toutes les conditions pour que les défunts reposent en paix, dignement. La fête de la Toussaint est un moment de recueillement. Les familles rendent hommage à leurs défunts, puis repartent comme apaisées. Il faut tout de même avoir un mental solide, une carapace : on enterre des personnes âgées, des jeunes, des enfants, des bébés… Et ne pas laisser les émotions nous envahir, nous atteindre. Nous bénéficions d’un accompagnement psychologique, si besoin. Nous sommes parfois les témoins de gestes très personnels, touchants, de familles qui restent longtemps après la descente du cercueil. C’est un métier de passion et de dignité. Pour la jeune génération, le rapport à la mort semble différent : on vit, on meurt, c’est comme ça. Elle n’oublie pas les personnes aimées, mais ne se déplace plus sur les tombes. Chacun vit comme il peut avec son deuil. Pour certains, le cimetière ravive parfois malheureusement trop la douleur.”
Une conservatrice de cimetière, 61 ans, dans l’Ouest parisien
“La période de la Toussaint est très chargée ! J’ai la chance de travailler avec toute une équipe, ce qui permet un travail de qualité tant du côté de l’accueil des visiteurs que de la gestion des concessions. J’ai choisi cette mission à la suite d’un vécu personnel fort. Ce qui m’a guidé ? La recherche d’un lieu où mes compétences et expériences seraient le plus utiles au service public. Le monde funéraire s’est imposé. Je pensais n’y rester que trois ou quatre ans et cela en fait déjà seize ! Je suis une conservatrice passionnée par toutes les relations développées avec les visiteurs. En ce lieu, au sein d’une société qui perd ses valeurs, nous continuons à accompagner les familles les plus en difficulté à ce moment de leur vie. La perte d’un enfant fait partie des situations les plus délicates. Un départ sans proche laisse aussi dans la peine. Mais il y a des gestes touchants, des inhumations où l’accompagnement de toute une communauté, quelles que soient les confessions, est extraordinaire. Les hommages rendus au fidèle disparu, les discours remarquables, les fleurs très colorées laissent parfois une impression de fête. La Toussaint est toujours un moment privilégié d’écoute et d’échange. Nous avons aussi développé deux parcours. L’un pour découvrir les personnalités de notre cimetière, l’autre autour des soldats morts pour la ville. Il s’agit de redonner vie à cette histoire locale, entre témoignages et devoir de mémoire. Les cimetières n’ont rien de lugubre ! Je pense à écrire un livre pour poursuivre ce travail de transmission. D’ici là, rendez-vous à la prochaine édition du Printemps des cimetières !”
Évènement
Le Printemps des cimetières est une manifestation dédiée au patrimoine funéraire et à la découverte des cimetières. L’édition 2027 se tiendra du 21 au 27 mai dans toutes les régions en France autour du thème métiers et savoir-faire.
La Toussaint en questions
- Qu’est-ce-que la Toussaint ?
- D’où vient la fête de la Toussaint que nous célébrons le 1er novembre ?
- Comment devient-on un Bienheureux ou un Saint ?
- Comment vivre la Toussaint en famille
- Qu’est-ce que la sainteté ?
- Le culte des saints est-il le même chez tous les Chrétiens ?
- Toussaint et Halloween, est-ce la même chose ?
- Que commémore-t-on le jour de prière des défunts ?
- Quelles sont les origines du jour de prière pour les défunts ?
- Mort, deuil et espérance : quelles différences pour les chrétiens ?
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