Méditer avec les couples de la Bible

les couples de la Bible

Mensonges, tromperies, machinations : les couples de la Bible interpellent ! Et pourtant, c’est bien à travers leurs faiblesses que la force du récit biblique s’incarne. C’est bien grâce à leurs luttes et à leurs combats, fidèles à la promesse de Dieu, qu’ils parviennent à transmettre la lumière de générations en générations jusqu’au Christ Ressuscité. L’aventure de la vie à deux dans tous ses états : revue de détails avec Jocelyne Tarneaud, bibliste et auteur de Les couples phares de la Bible (éd. Salvador, 2022). Propos recueillis par Florence de Maistre.

“Le mot histoire n’existe pas en hébreu, on utilise celui de génération. Cela signifie qu’il n’y a pas d’autres histoires que celle de la transmission. D’où l’extrême importance de ces couples phares de la lignée de Juda, lui-même choisi pour roi alors qu’il n’était que le quatrième de la fratrie. De lui vient le Christ, fils de David, fils d’Abraham. Ni modèles, ni exemples à suivre, ces hommes et ces femmes sont comme les anneaux de cette chaîne ténue et ininterrompue depuis le premier couple jusqu’aux noces de l’Agneau, l’alliance de Jésus Christ avec son Église.

Le mot couple se dit zoug. Il sonne presque comme une danse ! Sa racine vient de translucide, c’est-à-dire perméable à la lumière venue d’ailleurs. Une lumière qui vient de l’intérieur mais non de manière évidente. Le couple a un véritable besoin d’intimité pour préserver son lien, comme sous un voile qui le montre autant qu’il le cache. Nul besoin de s’exposer sur les réseaux sociaux ! Cette rencontre de deux êtres, de deux âmes libres qui se sont reconnues, animées par un même élan d’amour doit être protégée.”

L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un. Seulement, ce n’est possible que si chacun a soldé sa propre histoire. De là vient l’éclairage de la croix dans notre vie. Nous sommes tous le produit d’une rencontre avec ses blessures et il nous arrive de croire que l’autre nous permettra de les réparer. Moi, je porte ma croix tous les jours pour suivre le Seigneur dans sa chair ressuscitée. Toi, tu portes ta croix tous les jours pour suivre le Seigneur dans sa chair ressuscitée. Nous sommes deux en une seule chair ressuscitée. Voilà l’illumination manifestée dans tous les couples de la Bible.”

Adam et Eve

Adam et Ève (1), de la place dans son cœur pour quelqu’un d’autre

“Le premier couple a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Homme et femme, il les créa. En fait, l’Écriture dit mâle et femelle, c’est-à-dire avec une identité sexuelle très forte, sanctuarisée. C’est touchant, la manière dont la Genèse raconte comment Dieu donne à Adam d’être le roi du jardin pour en prendre soin, cultiver la terre, nommer les animaux. Il le rend responsable de ce lien à la Création. Parmi les animaux, chacun a sa chacune, mais Adam ne trouve aucune aide qui ne lui corresponde. Il fallait qu’il se rende compte que, mâle, il était fait pour cette fécondité sexuée. Il fallait qu’il s’aperçoive par lui-même qu’il avait de la place dans son cœur pour quelqu’un d’autre. Dieu pratique alors la toute première anesthésie générale et prend une des côtes d’Adam pour façonner Ève. Dieu n’a pris ni un os du pied, ni un os du crâne. Il n’introduit aucun rapport de supériorité de l’un ou de l’autre. Il a pris du côté du cœur pour qu’Adam aime : voilà le lien fondamental !

Dieu laisse Adam dans l’éblouissement face à la beauté de la femme, os de ses os, chair de sa chair, et pour qu’il découvre par lui-même le projet de l’amour divin. L’homme et la femme ont été créés pour être en communion. Il y a dans l’amour une dimension transcendantale qui nous dépasse. C’est que saint Augustin dit avec ces mots : mon cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi. Ève est pour Adam, comme une aide parfaitement assortie en face de lui. Elle ne lui est pas soumise. Elle est son appui, son soutien au regard de sa fragilité. Une réalité de soutènement telle, extraordinaire, qu’elle en recueille cette promesse : c’est à travers la femme, les femmes qu’adviendra le Messie, le sauveur qui nous réintroduira dans le jardin d’Eden. Pour l’heure, Adam et Ève, sont tous deux nus et n’en éprouvent aucune honte. Comme tous les amoureux, ils s’émerveillent de leurs différences. La nudité est un don du mariage.”

Adam et Ève (2), l’annonce du besoin de Jésus Christ au sein du couple

“À partir du premier couple, la lumière passe à la génération suivante. Mais quelqu’un a faussé la donne et mis l’égoïsme au cœur de la relation. Le serpent n’est pas le plus rusé des animaux en hébreu, mais le plus nu. Il a rompu avec Dieu. Il n’est plus recouvert de la lumière divine. Au commandement divin, de l’arbre de la connaissance du bien et mal tu ne mangeras pas, Adam précise à Ève de ne pas le toucher non plus. Deux précautions valent mieux qu’une ! Le serpent ambigu parle à l’oreille d’Ève, sème le doute dans son esprit. Nous croyons que cette voix intérieure, orgueilleuse, envieuse, est la nôtre. Ève tombe dans le piège du démon, touche le fruit et ne meurt pas. Dieu aurait-il menti ? Adam consent alors avec elle de le manger. La faute est commise. Ils ont rompu avec Dieu, qui donne la vie. Les voilà débranchés de la source divine, morts à sa lumière : nus comme le serpent.

C’est le drame de toute l’humanité ! C’est la raison de la venue du Seigneur sur terre et de son premier miracle aux noces de Cana… pour sauver un nouveau couple ! Peureux et honteux, Adam et Ève se cousent des pagnes avec des feuilles de figuier, signes de la loi de la Torah. Il arrive dans les couples que l’on cache sa nudité avec une serviette ou que l’on interpose la loi dans sa relation à l’autre : je t’avais bien dit de ne pas faire ça et tu l’as fait quand même, ou inversement. Ce n’est plus l’amour qui sort du cœur. Très vite, le chant d’Adam se transforme en accusation : C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre (…). Dieu ne maudit pas le couple, il indique la situation nouvelle. Il leur laisse la capacité de se retourner, de reprendre le vrai chemin. C’est le kérygme : l’annonce du besoin de Jésus-Christ entre nous ! Pour ne faire qu’une seule chair dans la sienne ressuscitée et être alors pleins de l’image et de la ressemblance avec Dieu !”

Abraham et Sarah

Abraham et Sarah, la confiance malgré tout

“Il est important de comprendre qu’Abraham reçoit la Promesse Va vers toi, quitte ton pays : c’est un Araméen errant. Dans son cœur, Sarah voit l’appel qui habite son époux. Elle le suit : c’est de la folie pure ! Et elle attend. La famine les pousse en Égypte. Elle accepte de se faire passer pour sa sœur, afin que Pharaon séduit par sa beauté comble aussi Abraham. Dieu ne l’entend pas ainsi et ils reviennent sur la terre de Canaan. Elle attend, toujours infertile. N’y tenant plus, elle donne sa servante Agar l’Égyptienne, à Abraham. Cette dernière accouche sur les genoux de Sarah, l’enfant (Ismaël, Dieu entend) est réputé de Sarah. L’illusion reste pendant treize ans. Abraham a 99 ans et Sarah 90 ans quand trois voyageurs annoncent l’arrivée d’un nouveau fils. Elle rit d’incrédulité. On a beau être dans une autre échelle de valeur, ses mots sont clairs je suis usée.

N’y a-t-il rien d’impossible à Dieu ?, souffle l’ange. Isaac (il rira) naît. Au cours de la fête de son sevrage pour ses 3 ans, Sarah s’aperçoit qu’Ismaël joue avec son fils. En fait, le terme est ambivalent. Il le malmène. Sarah comprend qu’avec Abraham proche de la mort, le jeune homme ne s’embarrassera ni de la mère ni du fils pour hériter tout seul. Elle demande à ce qu’Agar et Ismaël soient chassés. Abraham est en colère, il affectionne son aîné qu’il pensait être le fils promis ! Dieu intervient pour lui dire d’écouter la voix de sa femme et sa vision prophétique. Il y a deux héritages pour Ismaël et Isaac. La terre et la descendance promises reviennent à ce dernier. Il aura cet autre rôle très important lors de sa ligature sur le mont Moriah, où il préfigure Jésus Christ montant sur la croix. Il fallait que Sarah renvoie Agar pour qu’Isaac vive en Jésus.

Juda et Tamar

Juda et Tamar, se battre fidèlement

“Chez ces couples bibliques, la femme empêche presque tout le temps le train de dérailler. Elles ont le Messie aux entrailles, comme chevillé au corps. Elles vont contre vents et marées assurer le passage à la génération suivante : Sarah, Rébecca, Rachel même si c’est Léa qui fait le travail, etc. Elles ont toutes des personnalités extrêmes, sont des “borderlines”, toutes prises à l’extérieur d’Israël avec ce statut d’étrangères. Matthieu les nomme au début de son Évangile dans la généalogie de Jésus. Tamar, dont le nom signifie le palmier, symbole de la justice, est la première femme citée. Juda lui a donné deux de ses fils. D’abord Er, puis Onon, d’où vient l’onanisme. Ils la trouvent tellement belle qu’ils craignent les effets d’une grossesse sur sa taille. Et ils en meurent. Juda craint alors de donner à la double veuve son troisième fils Shela, comme le veut pourtant la loi du Lévirat. Il la renvoie chez elle. Après le décès de sa femme, il s’en va visiter ses troupeaux. Tamar sait, par l’Esprit saint, que la Promesse doit passer par Juda. Elle se poste sur le chemin, voilée et déguisée en prostituée.

S’il cède à la tentation, elle lui donnera une descendance. Elle agit au risque de sa vie. Il l’aperçoit, ne la reconnaît pas, comme hypnotisé de désir brut. En échange de ses faveurs, elle obtient qu’il lui confie son bâton, son talit et son sceau : autant dire ses pièces d’identité. Juda devient fou de rage lorsqu’il apprend que Tamar est enceinte : elle est censée être mariée, du point de vue du droit, à Shela. C’est le bûcher qui attend sa belle-fille ! Elle lui redonne alors ses gages. Il s’exclame et confesse: “tu es plus juste que moi !” Dieu a choisi un peuple pour porter la justice et savoir se comporter envers les autres. Reconnaître cette vertu à cette païenne est un éloge immense de la part d’un Israélite. Qu’en retenir pour nous aujourd’hui ? Dans les couples, lorsqu’il y a du mou dans la corde à nœuds, l’un des deux doit se battre, s’investir pour que la situation évolue : essayer de consulter, prier, faire une retraite spirituelle, etc.”

Ruth et Booz

Ruth et Booz, générosité et bonté d’âme

“Élimélek (mon Dieu est mon roi) était fortuné. Alors que la famine sévissait à Bethléem, il aurait dû partager ses biens avec ses voisins. Il fait tout le contraire. Il fuit avec son épouse Noémi (ma douceur) et ses deux fils dans le pays de Moab. Là, le roi l’accueille en lui donnant ses deux filles en mariage, Orpa (la nuque) et Ruth (la colombe). Pendant dix ans, tous mènent bon train. Puis Élimélek et ses fils meurent, laissant trois veuves désemparées. Noémi choisit de retourner à Bethléem et engage ses brus à retrouver un nouvel époux. Orpa rentre chez sa mère. Ruth prononce, elle, cette extraordinaire profession de foi : “Où tu iras, j’irai ; où tu demeureras, je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu”. Noémi comprend que Ruth a un appel qui vient de Dieu. À Bethléem, c’est la misère qui attend la princesse moabite déchue. Elle s’en va glaner ce dont elles ont besoin pour subsister. Elle travaille comme une esclave dans le champ de Booz (Dieu est ma force), qui est veuf et sans enfant. En l’apercevant, le maître des lieux demande à ses ouvriers d’être attentifs à elle. La jeune femme rentre avec une brassée débordante et poursuit sa cueillette tous les jours jusqu’à la fête des battages.

Booz est du clan d’Élimélek, de la famille de ceux qui ont le droit de rachat sur la veuve et sa belle-fille, selon les dispositions de l’époque. Le soir du grand banquet, Noémi demande à Ruth de se laver, de se parfumer, de se parer de son plus beau manteau et d’aller se coucher à la nuit tombée aux pieds de Booz sur son aire à battre le blé. Lui, se réveille avec un grand frisson, comme une urgence, qui est cette motion de l’Esprit saint. Il découvre la jeune femme avec les pieds découverts, signes de la sexualité pour Israël. Il aurait pu lui sauter dessus ! Il s’attache plutôt à organiser le rachat de façon légale, un autre homme ayant droit avant lui. Il parvint à ses fins et épouse Ruth sur le champ. Ils ne partageront qu’un jour et qu’une seule nuit comme époux, celle de la Pentecôte. Elle sera veuve au matin. Le relais est passé, peu importe le comment du pourquoi. Booz a accompli sa mission et peut se reposer sur le sein d’Abraham. Ruth, l’étrangère moabite, fait don à Noémi de son fils. L’enfant deviendra père de Jessé, père de David.”

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