« Un abus de pouvoir de notre part »

Théologienne, Sœur Véronique Margron, o.p., apporte son éclairage sur l’enjeu de l’adoption par les couples de même sexe et rappelle qu’il « ne s’agit pas de juger des personnes, de leur amour ou de leurs qualités éducatives, mais d’une question de droit et de philosophie du droit ».
 
« L’héritage biblique enseigne la complexité de la vie : les histoires de familles comme les histoires d’amour sont difficiles, douloureuses, marquées de bonheurs comme souvent de noirceurs. L’homme peut porter le meilleur et le pire. Aucun schéma ne prémunit des erreurs et parfois de fautes. Au nom de la non-discrimination envers une minorité respectable, peut-on discriminer de futures personnes, les enfants ?

Si l’adoption devient possible pour un couple de même sexe car ce « droit » – qui est le droit de faire une demande et non d’adopter ! – est consécutif au mariage dans le code de la famille. Mais les associations militantes savent que ce droit risque d’être une coquille vide. D’où la revendication pour l’assistance médicale à la procréation. Elles savent en effet que très rares sont les pays, à l’international, qui accepteraient de prendre en compte les dossiers de ces couples. Et en France, nous savons qu’il y a peu d’enfants adoptables. Dans les faits, l’adoption se limiterait essentiellement à l’enfant du conjoint. Mais le geste de la société – rendre possible l’adoption – serait une rupture d’égalité de droit vis à vis des enfants, qui n’auront pas, demain, les mêmes types de familles.

C’est déjà une réalité. Faut-il l’instituer ? Il y a assez de l’histoire réelle, avec les drames et les malheurs de la vie. Nombre d’enfants adoptés s’adaptent bien, grandissent et vivent heureux. Mais les événements produits par la vie sont différents d’une inscription dans la loi. Il ne s’agit pas de juger des personnes, de leur amour ou de leurs qualités éducatives, mais d’une question de droit et de philosophie du droit. Nous sommes sur une ligne de crête. Il y aurait comme un abus de pouvoir de notre part.

Je crois par ailleurs que sur notre sujet nous gagnerions en clarté et peut-être en équilibre à ne pas trop y mêler l’homosexualité. Car la question sociétale est : la société veut-elle donner les mêmes droits à des couples de même sexe et aux couples de sexes différents ? L’orientation sexuelle ne nous regarde pas ici puisqu’il s’agit avant tout du sens de l’institution du mariage. Sinon nous mettons – à nouveau – de l’intime sur la place publique, ce qui renforce les passions et peut aussi provoquer des réactions homophobes réelles. »

Propos recueillis par Florence de Maistre
 

Sur le même thème

  • denier_lyon_2012

    Famille

    Au service des hommes et des femmes de ce temps, l’Église est particulièrement attentive à la famille. Elle en rappelle sans relâche l’importance pour la vie en société comme pour chacun d’entre nous. Elle le fait avec réalisme et confiance. L’Église écoute les familles et regarde comment on y prend soin les uns des autres. […]

  • logo_cef_rvb_horizontal

    Enfants et jeunes

    L’amour n’empêche pas l’exercice de l’autorité, au contraire : l’enfant a besoin d’autorité pour se construire. Tout petit, les interdits et les règles l’aident à canaliser son énergie et à franchir des étapes importantes : les séparations, l’apprentissages des rythmes, la découverte de la vie en groupe… À partir de deux ans, les parents doivent […]