Don Bosco, un prophète de la confiance

Sœur Nadia Aidjian, Salésienne. Intervenante au colloque "Don Bosco et l'Église", 5 février 2015 aux Bernardins

Sœur Nadia Aidjian, Salésienne. Intervenante au colloque « Don Bosco et l’Église », 5 février 2015 aux Bernardins

Février 2015 verra deux temps forts consacrés à la redécouverte de saint Jean Bosco (1815-1888) pour le bicentenaire de sa naissance : une messe télévisée le 1er et un colloque le 5. Sœur Nadia Aidjian, Salésienne, l’une des intervenantes du colloque, explique en quoi son héritage reste une source d’inspiration pour le monde et l’Église. Propos recueillis par Chantal Joly.

Pourquoi, comme religieuse, avoir choisi la famille salésienne ?
L’appel à ce que je donne ma vie pour des enfants démunis devant la vie et souvent marginalisés est né à la Renaude, un ghetto de Marseille où, élève de Seconde à l’école Sévigné, je me rendais tous les jeudis pour animer des jeux et une initiation à la prière. Issue d’une famille d’Arméniens chrétiens réfugiés du génocide, j’avais trouvé auprès des Salésiennes (Filles de Marie Auxiliatrice) qui dirigeaient cet établissement où je suis restée de la maternelle jusqu’au Bac, délicatesse, accueil personnel, goût du travail. Après des temps d’incertitude concernant ma vocation, j’ai eu la conviction profonde que le Seigneur m’appelait à la vie religieuse et dans cette congrégation. Licenciée en Français-Italien, j’y suis devenue enseignante puis chef d’établissement, avant de prendre à deux reprises la charge de Provinciale. Et ensuite Secrétaire Générale de l’Union des Réseaux Congréganistes de l’Enseignement Catholique (URCEC).

Votre mission a notamment consisté à transmettre le charisme du fondateur au personnel laïc des établissements sous tutelle salésienne. Quelle est cette pédagogie ?
Ce sont les laïcs qui, dans les années 80, nous ont demandé d’enseigner ce que nous vivions naturellement. Chez Don Bosco, trois dimensions étaient essentielles : le souci de la dignité de la personne humaine (point n°1 du statut de l’Enseignement catholique), l’attention au social qui l’a fait anticiper la pensée sociale de l’Église en exigeant des patrons de l’époque des contrats de travail pour ses protégés et le bonheur de l’Évangile vécu : tout élève passé chez les Salésiens se souvient des moments de fête et de convivialité. On retrouve, bien sûr, les fondamentaux de l’Évangile mais avec une manière particulière d’être, d’aimer, d’animer, d’écouter. Même si Don Bosco a rédigé quelques pages pour expliquer le style de sa pédagogie basé sur trois piliers (bonté affectueuse/raison/recherche du sens de la vie), aucune théorie spécifique ne s’en dégage. Il s’agit d’un ensemble de comportements expérimentés : proximité de cœur vis-à-vis des jeunes, tout en gardant la distance de l’éducateur, cohésion de l’équipe éducative afin de leur montrer que toute une communauté les soutient, apprentissage de la fraternité à travers le service des plus doués envers les plus en difficultés, etc.

Ni la société, ni la jeunesse, ni l’Église ne sont comparables à celles du temps de Don Bosco. En quoi reste-il selon la formule de Jean-Paul II un « Père et maître de la jeunesse » ?
Les gamins du XIXe siècle qui descendaient de leurs campagnes et se retrouvaient dans les rues ou les prisons de Turin parce qu’ils n’étaient pas préparés à l’industrialisation ne sont pas si différents des jeunes en manque de repères de notre monde technologique post-industriel. Ils ont tout autant besoin d’attention bienveillante. Celle-ci consiste à porter sur eux un regard positif qui voit leurs dons et leurs capacités et les rend responsables de leur vie. Quant à leur évangélisation, Don Bosco avait la passion d’en faire « de bons chrétiens et d’honnêtes citoyens ». Il leur enseignait la religion, mais en prenant le temps d’expliquer la signification des gestes et la symbolique des mots.
Avec les générations actuelles confrontées à la déchristianisation, notre premier travail de « passeurs » est également de les éveiller à l’intériorité et la transcendance. Si on commence à apprendre à des tout petits à écouter Dieu dans le silence et que ça continue au long de leur scolarité, on les retrouvera à Taizé, à Lourdes, aux Journées Mondiales de la Jeunesse, ou dans des volontariats humanitaires. Combien de jeunes nous disent qu’ils prient ou lisent un passage de l’Évangile le soir ! Trop souvent, nous avons peur de parler avec eux de Dieu, du sens de l’existence. Or ils se posent ces questions. À l’invitation du Pape François, nous devons donc aller aux périphéries géographiques comme aux périphéries existentielles.

On ne voit très souvent chez Don Bosco que l’éducateur de talent. En quoi fut-il missionnaire ?
Invité par le Pape Pie IX à fonder une congrégation pour continuer son œuvre d’évangélisation, il proposa en 1859 à 17 garçons de l’aider à poser cette première pierre. En 1872, sa rencontre avec Marie-Dominique Mazzarello aboutit à la fondation des Filles de Marie Auxiliatrice. Après une première implantation en France, à Nice, de nombreux jeunes hommes et femmes s’embarquèrent en 1875 pour la Patagonie, sans espoir de retour mais avec une confiance absolue. Aujourd’hui, dans plus de 100 pays, le message de Don Bosco est universel. De plus, partout, les jeunes y sont éduqués à la dimension missionnaire de l’accueil de l’étranger ou invités à un service d’éducation dans les communautés salésiennes sur les cinq continents.

Les temps forts du bicentenaire de la naissance de Don Bosco (1815-2015) Layout 1
– Des événements pour les jeunes : « FesticClip » le week-end du 30-31 mai, traversée éducative en voilier du 20 au 28 juin, « Campobosco » du 20 au 24 août, etc.
-Des événements pédagogiques dont plusieurs colloques : à Paris « Don Bosco et l’Église » au collège des Bernardins le 5 février et « Don Bosco et la Société » à la Mutuelle Saint-Christophe le 5 juin ; à Lyon un colloque universitaire sur sa pensée pédagogique, du 14 au 16 octobre.
-Des événements liturgiques : à Paris messe télévisée le dimanche 1er février à Paris et le samedi 7 mars 83e représentation de « La Passion » au théâtre de Ménilmontant ; à Nice messe le lundi 25 mai ; à Lourdes rassemblement du 29 octobre au 1er novembre.

 

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