Mgr Lalanne : « Ne pas importer le conflit israélo-palestinien »

Mgr Stanislas LALANNESur demande de la Présidence de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, a représenté l’Église catholique lors de la rencontre de la Conférence des Responsables de Culte en France (CRCF) avec le Président Hollande, le 21 juillet 2014. Il commente la déclaration des évêques d’Ile-de-France suite aux actes antisémites commis à Sarcelles la veille. Propos recueillis par E. Nghiap.

Dans la déclaration que vous avez cosignée avec les autres évêques d’Ile-de-France, vous appelez à ne pas importer le conflit israélo-palestinien. Où en sont les relations entre les différentes confessions religieuses dans votre diocèse ?

Si nous, évêques de la Province de Paris, avons fait une déclaration signée par nous tous, c’est que nous voulions manifester de manière claire et catégorique notre opposition à tous propos et actes antisémites. Ce qui s’est passé à Sarcelles mais également dans d’autres lieux, sont des événements graves. Par cette déclaration, nous souhaitons affirmer notre désapprobation face à ces violences qu’on ne peut justifier par un contexte international tendu. Il est très important de ne pas importer les conflits qui se déroulent au Proche-Orient.

Il faut également souligner que les exactions qui ont eu lieu sont menées par des petits groupes, extrêmement minoritaires mais très organisés et très violents. Il ne faut donc pas faire d’amalgame entre eux, qui doivent être jugés pour leurs actes, et l’immense majorité des citoyens, pacifiques, quelle que soit leur confession religieuse. Il n’y a pas de « conflit » entre les juifs et les musulmans de France. Il faut absolument bannir ces expressions car elles ne reflètent pas la réalité. Dans mon département du Val-d’Oise et en particulier à Sarcelles, j’ai été témoin d’un véritable « vivre ensemble », et ce malgré quelques petites tensions. Les relations sont cordiales et même fraternelles. Tout cela montre que la coexistence est possible, même si l’on a une culture ou une religion différente. C’est ce que nous, évêques d’Ile-de-France, avons voulu souligner. Une belle humanité se manifeste dans les relations qui se vivent dans un dialogue interreligieux.

Concrètement, comment se vivent ces relations entre les différentes communautés ?

Nous sommes toujours en dialogue les uns avec les autres, nous exprimons notre solidarité et notre proximité aux juifs et à tous les citoyens dans des périodes d’épreuve et de crise. Il ne faut pas oublier que d’excellentes relations se vivent entre tous en période « normale », dans le quotidien. Par exemple, il y a quelques semaines j’ai été invité par le Rabbin Laurent Berros au premier « Shabbat de la Fraternité ». C’est le signe qu’une véritable amitié est née avec les responsables religieux juifs ainsi qu’avec différents imams. Ce sont dans ces relations quotidiennes que se fonde l’avenir. Une ville comme Sarcelles compte environ 60 000 habitants, avec plus ou moins un tiers de juifs, un tiers de musulmans et un tiers de chrétiens, dont des chaldéens. C’est une chance pour nous tous d’avoir cette richesse culturelle.

Comment vivent les chrétiens d’Orient dans votre diocèse ?

Il faut savoir que les chrétiens chaldéens, originaires d’Irak et de Turquie, sont implantés dans notre département depuis une trentaine d’années. Ils sont environ 11 000. Beaucoup habitent à Sarcelles où ils ont une paroisse. Nous avons des liens très forts avec cette communauté et des actions sont régulièrement menées ensemble. Or, après les événements du 20 juillet, des dégâts ont été constatés sur des commerces leur appartenant. En réalité, les actes, bien que majoritairement antisémites, ont dépassé ce cadre pour toucher la population de manière plus large. Et ceci est tout autant condamnable.

Je pense également aux événements tragiques que vivent nos frères en Irak. La communauté présente en France est déjà fortement touchée par l’exil que vivent ceux qui ont dû fuir Mossoul. Il est donc intolérable de s’en prendre à nos compatriotes, alors qu’ils vivent une grande peine avec leurs frères d’Irak. Nous condamnons donc les violences qui se sont déroulées à Sarcelles, ainsi que celles qui se déroulent en Irak et nous affirmons notre solidarité et prions pour nos frères chrétiens au Moyen-Orient.

En tant que délégué par la présidence de la CEF vous étiez présent à la rencontre du 21 juillet avec les responsables de culte et le Président de la République. Comment s’est-elle passée ?

J’ai senti une réelle inquiétude des responsables de l’État face à un risque de fragmentation de l’unité nationale ainsi qu’une peur partagée par tous, face à une certaine montée potentielle de l’antisémitisme et de sa banalisation. Lors de l’entretien, j’ai perçu une écoute attentive de la parole de chacun. Cela montre l’intérêt que toutes les religions ont à être écoutées et qu’elles sont pleinement parties prenantes de la coexistence entre tous.

Nous sommes dans un contexte international difficile mais il s’agit de ne pas de l’importer en France. On ne peut en aucun cas justifier les actes commis, par une situation internationale instable ou par des difficultés sociales vécues par la population. Je rencontre beaucoup de personnes qui sont en difficulté financière, sociale et cela créé des tensions plus grandes. Mais rien ne peut justifier les violences de dimanche.

Nous avons un travail éducatif à faire. C’est la non-connaissance de l’autre qui provoque des peurs et des crispations. C’est en connaissant l’autre, sa religion, sa culture, ce qu’il vit qu’on peut l’apprécier, le connaître et le reconnaître. C’est donc un travail éducatif et de respect à long terme qui doit être engagé et cela, pas seulement par des déclarations nationales mais par tous.

Nous avons tous déclaré en tant que responsables religieux notre souci du bien commun, notre souci de la paix mais les relais doivent être locaux. C’est en commençant à se rencontrer de manière locale, dans des petits groupes ou des associations qu’on pourra simplement se rencontrer, parler et construire quelque chose ensemble. En tant qu’évêque, j’invite donc chaque responsable local et chaque chrétien à agir pour ce « vivre ensemble ».

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