La nouvelle évangélisation nécessite un nouveau langage
Président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, Mgr Rino Fisichella souligne deux priorités pour mener à bien sa mission : trouver un nouveau langage et travailler dans l’unité. Rencontre à l’occasion d’une soirée au Theologicum de l’Institut Catholique de Paris, le 13 décembre 2010.
Quel regard portez-vous sur « le présent de l’Eglise et du monde » ?
Sans doute sommes-nous dans une période de changements. Une époque se termine, une autre commence. A ce moment-là existe la possibilité de donner une orientation à ce qui vient. C’est pour cela qu’il ne faut pas voir simplement la situation de crise. La crise peut être aussi positive. « Crise » en grec signifie « juger », être capable de prendre position. Le réalisme évangélique nous fait dire qu’il y a beaucoup de choses positives dans le présent du monde, de l’Histoire et de l’Eglise : progrès scientifique, technologique, recherche de spiritualité… L’indifférence religieuse et l’agnosticisme sont très forts. L’agnosticisme est un préambule pour arriver à l’athéisme. Jusqu’à la fin du monde, nous dit Saint Paul, la lutte existera entre le bien et le mal mais il ajoute dans sa Lettre aux Galates que le bien vaincra toujours.
Comment concevez-vous la « nouvelle évangélisation » ?
Dans le Motu Proprio « Ubicumque et Semper », le Saint-Père dit que nous avons une responsabilité pour le monde entier mais il parle plus précisément des effets de la sécularisation dans les Eglises d’ancienne tradition. La France est toujours dans une dynamique. Sa situation ecclésiale est vraiment vivante. On y trouve de nombreux mouvements et des communautés nouvelles, nés après le Concile Vatican II. Si l’on parle de la participation à la vie de l’Eglise, bien sûr il y a des difficultés. Mais il faut voir aussi le revers de la médaille : le dynamisme ! Il ne s’agit donc pas de regarder passivement la crise mais de donner une réponse. Le dicastère veut être une aide pour chaque Eglise. Comme dit le Saint-Père dans sa lettre, nous voulons collaborer avec les Conférences épiscopales. Dans la lettre est évoquée la possibilité de créer au sein des Conférences épiscopales une « Commission pour la nouvelle évangélisation ». Ce n’est pas à faire dans la minute. D’autant plus qu’en 2012 aura lieu le Synode des évêques sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi. Nous verrons plus concrètement la collaboration entre les évêques et leurs suggestions, à ce moment-là.
Quels sont vos axes de travail ?
Le dicastère de la nouvelle évangélisation veut surtout parler aux chrétiens, leur donner la possibilité de découvrir à nouveau leur identité et le sens de l’appartenance à l’Eglise. Nous voulons soutenir et accompagner le chemin des chrétiens au moment où la majorité d’entre eux ne comprend plus – ou ne connaît plus – les fondamentaux de la foi. Pour cela, il faut trouver un nouveau langage. Nous avons à employer tous les moyens de communication modernes pour la nouvelle évangélisation. Pour le dicastère, la première chose est de chercher à savoir ce qui existe déjà. Depuis juillet, j’ai reçu des personnes intéressées et déjà engagées dans la nouvelle évangélisation. Il y a des mouvements de laïcs, des mouvements religieux, des personnes consacrées, des projets pastoraux qui y sont dédiés. Il faut faire comprendre qu’on ne peut plus travailler tout seul. On ne peut pas subir le cloisonnement de la culture contemporaine. Nous devons donner des signes d’unité dans l’Eglise : la collaboration dans la complémentarité. Travailler dans l’unité, c’est une nécessité d’aujourd’hui. Plus le signe est fort, plus il est efficace.
Comment avez-vous accueilli la création de ce dicastère le 28 juin 2010 ?

Le pape Jean-Paul II a parlé de « nouvelle évangélisation » pendant près de 25 ans. Le pape Benoît XVI a pris la décision de fonder un nouveau dicastère. Quand il m’a parlé de cette idée et de son projet de m’en confier la présidence, je lui ai dit : « Très Saint Père, c’est un très grand défi ». Je continue à le penser ! Pour moi, c’est un signe prophétique. Cela signifie prendre sérieusement le présent de l’Eglise et du monde. On ne peut pas penser l’Eglise en dehors du monde et on ne peut pas penser le monde sans l’Eglise. Cela créerait un vide qui ne pourrait être comblé. Notre mission est celle de porter au monde aujourd’hui – comme dans 2000 ans et plus – la Parole de Jésus-Christ. Cela veut dire donner une réponse à la question que l’homme se pose toujours : celle du sens de la vie. Cela va provoquer une réflexion sur le présent de l’Eglise et du monde, en pensant au futur.

6 sections linguistiques pour un dicastère
Le 14 décembre 2010, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et Président de la Conférence des évêques de France, a invité Mgr Fisichella à présenter la mission qui lui est confiée par le pape au Conseil Permanent.
Le dicastère comprend 6 sections linguistiques : italien, français, allemand, anglais, espagnol et polonais. Avec le Secrétariat du Synode, l’équipe prépare l’Instrumentum Laboris. Ce document de travail pour les Eglises sortira en novembre ou décembre 2011, soit un an avant le Synode des évêques sur le thème « Nova evangelizatio ad christianam fidem tradendam – La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne », en octobre 2012.
