Mgr Dognin : « On gagne à écouter les migrants »

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Evêque accompagnateur de la Pastorale des migrants, Mgr Laurent Dognin, évêque auxiliaire de Bordeaux, a pris la parole lors du forum « Migrants et non-migrants : agir pour le changement dans l’Eglise et dans la société », introduit par le groupe  » Place et Parole des Migrants « . Il fait des propositions concrètes pour donner plus de place aux migrants dans les communautés chrétiennes.
 

Quels constats faites-vous ?

Il y a beaucoup de souffrance de part et d’autre, du côté des migrants, comme du côté des français de souche. Ces peurs mutuelles sont souvent liées à des méconnaissances qui entraînent des amalgames. Il y a énormément de diversités dans les migrations. C’est très compliqué. On n’est jamais en contact avec « les migrants » mais avec les personnes migrantes. Il me paraît important de rentrer dans une meilleure connaissance des personnes avec lesquelles nous sommes en relation. Le témoignage de ce que vivent les migrants est important.
 

Que représentent les migrants pour l’Eglise ?

J’ai souligné le fait que les migrants sont une grande richesse pour l’Eglise. Premièrement, parce que les migrants accueillent les migrants, notamment au sein des aumôneries nationales. Elles font un gros travail pour faciliter leur insertion dans l’Eglise et en France. Il y a aussi le témoignage de la foi : les migrants partagent énormément de choses entre eux. A Bordeaux par exemple, les Tamouls accueillent les Tamouls : l’évangélisation de cette minorité indienne et sri-lankaise chrétienne se développe par les migrants eux-mêmes. Deuxièmement, les migrants chrétiens qui arrivent en France, avec une autre expérience d’Eglise, enrichissent l’Eglise en France. Ils nous bousculent dans notre manière d’annoncer l’Evangile. Je fais la proposition d’accueillir les migrants chrétiens et de les écouter : ils ont quelque chose à apporter à notre Eglise. Je pense par exemple aux prêtres et aux religieux et religieuses étrangers. Comme évêque, on est heureux de les accueillir dans un diocèse : on a besoin d’eux ! Mais je trouve qu’on ne les écoute pas assez dans ce qu’ils ont à nous dire sur notre Eglise. Je crois qu’on gagne à écouter les migrants.
 

Comment le dialogue avec les musulmans entre-t-il en compte ?

L’islam est en ce moment un grand point d’accrochage dans l’accueil des migrants. Ce n’est pas propre à l’Eglise mais à la société française. Il faut savoir qu’il y a de grandes luttes au sein de l’islam. L’affrontement des mouvances chiites et sunnites ainsi que les mouvements extrémistes font des milliers de morts chaque année dans le monde, avec des attentats de toutes sortes. Les chrétiens en font aussi les frais, comme nous le savons. Ce conflit se répercute en France. Les musulmans y sont extrêmement divisés. Il est possible de dialoguer avec certains, mais pas avec d’autres. D’ailleurs, on ne dialogue pas avec « l’islam » mais avec des musulmans. On peut avoir avec certains d’entre eux des échanges très spirituels, même si nous n’avons pas du tout la même foi. Il peut y avoir quelque chose de constructif pour mieux vivre ensemble. Les peurs tombent quand on comprend mieux ce qui est en train de se passer, ce qui ne nous empêche pas d’être très vigilants à l’égard de certaines mouvances extrémistes.
 

Certains reprochent aux chrétiens d’être « naïfs » sur cette question…

L’accueil du migrant est une demande du Christ ! Ce qu’Il nous dit sur l’accueil de l’autre nous bouscule et on ne peut pas y déroger. Si notre naïveté est de vivre l’Evangile, alors je veux bien être naïf ! Mais la naïveté serait plutôt de rester dans l’ignorance. Quand on fait des amalgames, que l’on n’approfondit pas les phénomènes, que l’on n’essaie pas de les comprendre, ce n’est pas sérieux.
 

C’est aussi une question politique. Quelle peut être l’attitude chrétienne ?

Nous avons un rôle à jouer : discerner les problèmes qui peuvent se poser à des êtres humains. Quand les lois provoquent des injustices, nous devons le faire savoir. Les chrétiens défendent la dignité de la personne et l’unité des familles. On ne peut pas accepter que les gens soient maltraités. Nous devons informer les élus, mais de façon pertinente, sur ce qui est source d’injustice. Les chrétiens y contribuent, au sein d’associations et avec d’autres. En contact avec les personnes, on voit bien les effets de la loi. Il y a le problème du « travail pour tous », soulevé à plusieurs reprises dans le forum, y compris pour les sans-papiers. On ne peut avoir ni travail ni logement sans papiers. C’est pourquoi se développe le travail au noir. C’est notre rôle de souligner les incohérences et de dire à l’Etat que quelque chose ne va pas. Mais quand on intervient au niveau politique, il faut être vigilant à ne pas se laisser manipuler, à garder une certaine hauteur de vue.
 

Des propositions concrètes pour les diocèses

Donner la parole aux prêtres étrangers. « Comment voyez-vous l’Eglise en France ? Qu’est-ce qui vous choque ? Vous donne de la joie ? suggère Mgr Dognin. On est souvent très étonnés par leurs réponses ».

Monter des groupes « Place et Parole des Migrants » au niveau local. « Je trouve ça intéressant » approuve Mgr Dognin. Au-delà des problèmes administratifs, il les encourage à s’exprimer « sur des sujets importants » de la vie (famille, éducation, foi…)

Proposer la lectio divina. « Partager la Parole de Dieu mais pas seulement entre migrants ! » précise-t-il.

Développer les « fêtes des peuples ». « Si des non-migrants y participent » nuance-t-il, en regrettant que souvent seule la paroisse qui accueille se mobilise.

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