Vicariat apostolique d’Arabie méridionale : une Église de migrants face aux tensions régionales

Dans un contexte régional marqué par la montée des tensions et la guerre en Iran, Mgr Paolo Martinelli, O.F.M Cap., vicaire apostolique d’Arabie méridionale (Emiras arabes unis, Oman et Yémen), livre un témoignage précieux sur la vie des quelque 1,2 million de catholiques de son vicariat, tous migrants. Entre inquiétudes liées à la situation géopolitique, fragilités économiques et fidélité à la prière, il décrit une Église résiliente, profondément ancrée dans la solidarité et le dialogue.
Votre Excellence, comment les catholiques du Vicariat apostolique d’Arabie méridionale vivent-ils concrètement les tensions régionales croissantes et la guerre en Iran, tant sur le plan spirituel que dans leur vie quotidienne ?
Les fidèles catholiques du vicariat partagent les mêmes conditions que tous ceux qui vivent dans ces pays (Émirats arabes unis, Oman et Yémen), en particulier les nombreux migrants. Environ 1,2 million de catholiques appartiennent à cette juridiction, en grande majorité des personnes issues de la migration — nous sommes véritablement une Église de migrants, y compris l’évêque. Dans l’ensemble de la région du Golfe, les migrants représentent une part très importante de la population : aux Émirats arabes unis, environ 90 % ; à Oman, près de 50 %. Au Yémen, après plus d’une décennie de guerre civile, presque tous les migrants ont quitté le pays.
Les autorités civiles ont fait preuve d’une grande proximité avec la population, en apportant des assurances tant sur la situation actuelle que sur l’avenir. Dans le même temps, de nombreux migrants restent préoccupés par la possible perte de leur emploi si la situation venait à se détériorer. D’un point de vue spirituel, nos fidèles demeurent solides. Les églises sont restées ouvertes, avec des célébrations régulières et la poursuite des activités paroissiales. Toutefois, il nous a été demandé d’éviter les grands rassemblements, ce qui a conduit à la suspension de certains grands événements du Carême, tandis que les cours de catéchisme ont été transférés en ligne.
Dès le début de la guerre, j’ai écrit à tous les fidèles pour les encourager à rester calmes, à faire preuve de solidarité et à demeurer unis dans la prière, en les invitant à réciter chaque jour le chapelet pour la paix. J’ai été profondément touché par les nombreuses initiatives organisées spontanément par les fidèles, en particulier en ligne. J’ai également rencontré virtuellement les adolescents, qui sont peut-être les plus affectés par cette situation. Environ un millier d’entre eux se sont joints à cette rencontre, et certains ont partagé leurs questions, leurs peurs et leurs espérances. Ce fut un moment vraiment émouvant.
Dans un contexte marqué par la peur et l’instabilité, quel rôle spécifique l’Église peut-elle jouer en tant qu’artisan de paix et de dialogue entre les communautés et les religions de la région ?
Notre Église locale est une réalité véritablement multiculturelle : des fidèles de plus de 100 nationalités y vivent côte à côte, apportant avec eux des cultures, des traditions, des langues et des rites différents, souvent dans des espaces limités. Le dialogue et l’acceptation mutuelle font partie de notre ADN en tant que communauté chrétienne. De plus, les pays dans lesquels nous vivons – les Émirats arabes unis et Oman – possèdent une longue tradition d’accueil de personnes issues de cultures et de religions diverses. À Abou Dhabi, le pape François a signé le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune avec le grand imam d’Al-Azhar. C’est également ici qu’a été construite la Maison de la famille abrahamique, un complexe unique qui comprend une mosquée, une synagogue et une église catholique.

Je crois que notre premier devoir est précisément de promouvoir le dialogue œcuménique et interreligieux — non seulement au niveau des universitaires et des autorités religieuses, mais surtout dans la vie quotidienne. Nos fidèles vivent et travaillent déjà aux côtés de personnes de différentes confessions. Favoriser la compréhension mutuelle, le dialogue et la collaboration en vue du bien commun est plus crucial que jamais.
C’est le véritable antidote à l’instrumentalisation idéologique et nationaliste de la religion. Comme l’a récemment déclaré le pape Léon XIV : « Nous devons nous engager dans un dialogue incessant pour la paix. Certains vont jusqu’à invoquer le nom de Dieu dans ces choix de mort, mais Dieu ne peut être enrôlé par les ténèbres. Au contraire, il vient toujours apporter lumière, espérance et paix à l’humanité, et c’est la paix que doivent rechercher ceux qui l’invoquent. »
Quel message souhaiteriez-vous adresser aux catholiques de France, et plus largement à l’Église en Europe, pour les encourager à soutenir les communautés chrétiennes du Golfe et à s’unir à elles dans la prière et la solidarité ?
Tout d’abord, je remercie chaleureusement le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, pour sa lettre personnelle m’assurant de la prière et de la proximité des chrétiens de France envers nos communautés du Golfe.
Nous vivons dans des pays à majorité musulmane ; nous servons le bien commun de ces nations et cherchons à être une présence de paix dans cette région. Nous professons notre foi en tant que chrétiens, en suivant l’exemple de saint François d’Assise, qui rencontra le sultan al-Malik al-Kamil au cœur des événements dramatiques des croisades.
Nous demandons à tous les chrétiens d’Europe de continuer à prier pour nous et pour la paix, et de promouvoir une culture de la rencontre et du dialogue partout où ils se trouvent. Ayez le courage de redécouvrir les racines chrétiennes de l’Europe et d’être un exemple vivant de dialogue entre les cultures, les religions et les peuples. Sans Dieu — ou en exploitant l’idée de Dieu — l’humanité perd son sens.
Ayez le courage de vivre votre foi avec joie, en promouvant le bien de tous et en valorisant la féconde réciprocité des différences. Que les chrétiens d’Europe redeviennent un signe d’une civilisation renouvelée et d’un nouvel humanisme. Aujourd’hui, en Europe, au Moyen-Orient et dans le monde entier, nous avons besoin de témoigner et de faire l’expérience de la beauté du vivre-ensemble dans la diversité des cultures et des religions.

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