Etre catholique et homosexuel

Supérieur du Séminaire Saint-Cyprien à Toulouse et Secrétaire du Conseil National des Grands Séminaires, le Père Jean-Marc Micas apporte son éclairage.

Peut-on être homosexuel et « bon catholique » ?

Bien sûr ! Chaque personne est sur un itinéraire de vie qui tend vers la perfection de Dieu. Les saints ne sont pas nécessairement ceux qui, dès le début de leur existence, sont cohérents dans tous les aspects de leur vie avec la perfection que Dieu révèle, et propose à chacun de vouloir pour lui-même et les autres. Par contre, ils acceptent de se mettre en chemin vers elle : en partant de là où ils sont, ils désirent mettre en œuvre tout ce qui est humainement possible pour cela (désir, volonté, choix, efforts, etc.), et ils avancent humblement, consentant au réel de leur vie sans le « canoniser » (le déclarer bon si ce n’est pas le cas), demandant à Dieu de les aider dans leur croissance. Un « bon catholique » est quelqu’un qui accepte d’être toujours en « chemin de perfection »… On peut être alors « bon catholique » alors même que la cohérence n’est pas encore là.

L’Eglise peut-elle ordonner prêtre un homme homosexuel ?

Elle fait le choix de ne pas le faire. Les textes qui organisent la pratique des séminaires sont clairs : toute personne dont il est avéré que l’orientation affective et sexuelle « profondément enracinée » est de type homosexuel ne doit pas être présentée à l’ordination. Pourquoi ? La réponse est beaucoup plus complexe. Elle exigerait de considérer de manière extrêmement fine une multitude de situations affectives, psychologiques, sexuelles, etc. Faute de pouvoir le faire, toutes ces « situations » sont regroupées sous les termes génériques d’homosexualité et de personnes homosexuelles. Pour expliquer la réponse de l’Eglise (son choix de ne pas ordonner une personne homosexuelle « en général »), il faudrait aussi expliquer ce qu’est un prêtre (au-delà de ce qu’il fait au service des autres dans l’Eglise), dans sa « configuration » au Christ, époux de l’Eglise avec qui il noue une relation « sponsale » (époux – épouse) qui mobilise son affectivité en même temps que toutes les autres dimensions de sa vie. L’Eglise considère donc qu’une personne dont l’affectivité et l’élan sexuel sont « homo-orientés » ne peut répondre à ce qui est requis d’un homme qui aura pour mission symbolique essentielle de représenter le Christ, époux de l’Eglise épouse.

La position de l’Eglise pourrait-elle évoluer à ce sujet ?

L’Eglise est dépositaire d’un message qui est une bonne nouvelle pour l’humanité et la société de tous les temps et de tous les lieux. Ce message, Elle l’a reçue dans un long processus commencé avec les Patriarches d’Israël et achevé avec Jésus-Christ. La Bible en est le dépôt écrit et l’Eglise dans son histoire en est le signe vivant. Ce message contient une vision de l’humanité et de son destin (de sa vocation). L’Eglise considère que sa mission est d’offrir ce message qu’elle a reçu (et donc pas inventé) à temps et à contretemps. L’évolution de la société l’oblige sans cesse à vérifier si sa manière de comprendre elle-même le message qui lui est confié, et sa manière de le proposer sont adéquats (fidèles à la volonté de Dieu qui le lui confie, et adapté aux hommes pour qui il est fait). Elle peut décider d’évoluer, de changer telle ou telle disposition, parfois telle ou telle insistance dans son enseignement. Elle n’a jamais cessé de le faire. Il y a cependant des domaines (ce qui relève de la foi et de la manière de la mettre en pratique au quotidien) qui ne sont pas soumis aux changements des cultures et aux évolutions de la société : ils sont le patrimoine même que Dieu a confié à l’Eglise pour qu’il soit transmis. C’est ainsi qu’elle considère ce qu’elle comprend de la signification de l’amour humain, du mariage entre un homme et une femme chargé de porter symbolique la révélation de la manière dont Dieu s’unit à l’humanité et dont le Christ épouse l’Eglise.

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