« Séparés, divorcés, à coeur ouvert », préface de Mgr d’ornellas

Le livre « Séparés, divorcés, à coeur ouvert » est le premier qui paraisse en langue française et parle de façon spécifique des époux qui, après une séparation, ne prennent pas le chemin d’une nouvelle union. Non seulement il parle d’eux mais il leur donne la parole. La préface de ce livre est signée par Mgr Pierre D’ornellas, archevêque de Rennes.

D’humbles témoins de l’Évangile du mariage

Écouter et lire les récits qui nous sont présentés, c’est recevoir avec bienveillance le témoignage de ceux qui les proposent. Comme tous les témoins, ils ne s’imposent pas par leurs analyses, leurs convictions ou leurs déductions. Ils disent simplement les choses telles qu’elles se sont humainement passées. Telle est leur force. Ni plus ni moins. À condition que nous sachions écouter avec respect ces cœurs chrétiens qui ont fait un vrai chemin spirituel avant de pouvoir s’ouvrir si simplement et si discrètement à nous.

Dans leur sobriété et leur vérité, ces témoignages donnent à voir un appel personnel au sein d’une histoire particulière et meurtrie. Ils laissent aussi entrevoir une fraternité concrète qui, au fil des pages, se dessine : une même lumière survient en chaque histoire, celle de la fidélité inattendue. Des éclairages et des réflexions permettent de mieux en comprendre la vérité, mais ils sont seconds par rapport aux témoins eux-mêmes. Car, ici, ce sont d’abord des chrétiens qui nous font part de leur propre expérience.

Au commencement, il y a un acte de foi en Dieu et en sa fidélité dans l’histoire de ces hommes et de ces femmes : « éternelle est sa fidélité » (Ps 118). Bien sûr, il n’est pas automatique. Il s’atteste dans la recherche de ces personnes « mariées à l’Église » et douloureusement divorcées : au fond d’elles-mêmes et sous un poids de souffrance, elles ont senti un appel avec ses hauts et ses bas. Cet appel ne ressemble pas à un éclair, comme une conviction nette et limpide, qui supprimerait d’un coup les sombres nuages dus à la séparation d’un être aimé et à la souffrance des enfants. Il est plutôt une persuasion lente, intime et personnelle : ces chrétiens divorcés sentent au fond d’eux-mêmes qu’ils ne seraient pas en vérité s’ils consentaient à se remarier. Malgré les lancinantes tentations d’accuser l’autre ou de fuir l’insupportable solitude toujours à l’horizon, l’appel résonne cependant dans leur âme comme un besoin de vérité avec eux-mêmes, avec leur histoire conjugale et leur parole d’alliance prononcée. La foi vive lui donne son sens, sa solidité et son origine.

Cet appel a besoin d’être accompagné. Par l’accompagnement, peu à peu se dégage clairement le dessein bienveillant du Seigneur. Présent aux noces, comme il l’était à Cana (cf. Jn 2), et au sacrement de mariage scellant l’union entre un homme et une femme, le Christ sauveur se montre aussi présent au moment de la Croix de la douloureuse séparation. Là, dans cette vive blessure en quête instante de salut, avec douceur et patience, il invite à vivre de sa propre fidélité. Là, progressivement, il console, réconforte et apaise le cœur pour que l’amour conjugal, meurtri par l’épreuve de la séparation, continue à grandir et à se purifier. Là, il permet avec sa grâce que cet amour soit authentique dans le respect de la liberté du conjoint parti et remarié. Là, il suscite l’expression libre d’un « oui » redit comme au premier jour et d’un pardon vraiment offert, sans amertume. Là, le conjoint, pourtant durement éprouvé, reconnaît progressivement qu’il trouve la vie dans son « oui » prononcé à nouveau, régulièrement et fidèlement envers son conjoint parti ; il redécouvre lentement la paix dans son pardon ainsi largement accordé et redonné quotidiennement. Tout cela a besoin d’être discerné avec patience pour que la réponse mûrisse librement.

Le temps est nécessaire pour avancer sur ce chemin où le Seigneur se montre et accompagne chacun en le faisant passer de la souffrance infernale de la séparation qui tombe comme un coup de tonnerre, à un amour plus serein au sein même d’un couple que la grâce du sacrement de mariage a touché et uni pour toujours et qui, pour le moment, vit séparé. Mais, sur ce chemin – et telle peut être la grâce discernée – Jésus lui-même est là ; il appelle doucement à venir à lui dans la confiance ; il offre son « oui » (cf. 2 Co 1, 20) et sa fidélité (cf. Jn 15, 10). Son action, par l’Esprit, reste intime et non spectaculaire. Elle n’en a que plus de vigueur et de vérité.

Le temps a rigoureusement besoin d’être un « allié » du couple brisé en apparence. Après l’affolement et le désespoir de la séparation, le conjoint doit pouvoir parler. À celui qui perçoit un appel à la fidélité, une oreille attentive et amie apporte peu à peu sa lumière bienfaisante. Alors dans l’écoute, le temps devient celui de Dieu, lui qui entend toute détresse. Là, la confiance, même ténue, est offerte sans brusquer. Avec l’accompagnement, l’amitié est indispensable. C’est par elle que le temps devient supportable et apparaît comme un don pour continuer d’avancer. Alors, la paix vient avec l’émergence d’une assurance : le Seigneur est là au moment de la croix comme il le fut au moment des noces. Sa Croix, signe de la plus grande tendresse, accueille et abrite ceux et celles qui perçoivent au fond d’eux un je ne sais quoi murmurant, au sein de l’orage de la séparation, un appel à la cohérence avec leur parole d’alliance prononcée il y a plusieurs années.

Des groupes et des associations offrent ces espaces d’amitié et d’écoute. Ils aident chacun en organisant des retraites, des lieux de paroles, mais surtout une fraternité évangélique. Alors, la joie est partagée car ces chrétiens divorcés qui se rassemblent communient au même appel, celui de la fidélité au sacrement reçu par amour du Christ et par amour du conjoint.

Ces groupes et ces associations ne jugent personne. Ils sont d’humbles et discrets témoignages sur la richesse du sacrement de mariage qui sanctifie l’amour conjugal que le Seigneur a suscité en créant l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance. Pour les personnes mariées comme pour les personnes consacrées dans le célibat, quelles que soient leurs histoires et leurs ruptures, la fidélité inattendue de ces frères et sœurs chrétiens est un gage de confiance en manifestant que le « oui » est toujours possible puisque le Christ nous offre de le vivre avec Lui sans se lasser et sans nous juger. Il nous confie à sa Mère, notre Dame et humble servante, qui, présente au jour de notre mariage ou de notre consécration, marche avec nous sur les chemins humiliés de nos fidélités. Son « oui » est promesse de joie dont le Magnificat est un des plus purs échos (cf. Lc 1, 38.47).

Parmi ces groupes et ces associations pour lesquels l’Église exprime sa gratitude, qu’on me permette de nommer la Communion Notre-Dame de l’Alliance. Mgr Jacques Jullien, alors archevêque de Rennes, a reconnu la présence du Seigneur dans ce même appel résonnant dans des cœurs meurtris qui, dans leur réponse personnelle, se sentaient en communion les uns avec les autres et avec Dieu. C’est ainsi que, il y a un peu plus de vingt ans, il a béni la Communion Notre-Dame de l’Alliance où se vivent une belle vie fraternelle et une forte amitié qui aident chacun à grandir à son rythme – selon les événements endurés – et à vivre dans un amour conjugal véritable et paisible envers son conjoint parti et remarié.

La Communion Notre-Dame de l’Alliance – avec d’autres groupes et associations – est un bien précieux de l’Église qui, avec le psalmiste et tant de chrétiens, en bénit Dieu : « je danserai de joie pour ta fidélité » (Ps 31, 8). Elle est un don pour l’Église appelée à accueillir chaque situation conjugale et familiale, en particulier les plus fragiles. Elle est un beau témoignage prophétique pour aujourd’hui en ces temps où la fragilité du lien conjugal est extrême. Elle atteste paradoxalement l’éminente « dignité de l’amour conjugal » enseignée au concile Vatican II 1 . L’Église en tire grand profit pour accompagner avec amour toutes les personnes divorcées et pour annoncer sereinement l’espérance de l’Évangile du mariage.


1 Cf. Constitution pastorale sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui Gaudium et spes, n° 49

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes
Rennes, le 2 février 2010
En la fête de la Présentation

Préface du livre « Séparés, divorcés à coeur ouvert. Témoignages, réflexions et propositions de fidèles et de pasteurs catholiques » dirigé par Alain Bandelier, Lethielleux , Paris, Parole et silence, Saint-Maur (Val-de-Marne), mars 2010

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