Avec les couples en espérance d’enfant

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grands cris (…), les mots du poète traduisent une douce émotion, ravivée à chaque lecture. Elle devient un vrai crève-cœur, une profonde souffrance pour les couples qui désirent accueillir un bébé, sans le voir arriver. Une présence simple et une écoute sincère permettent d’accompagner ces couples. Par Florence de Maistre.
Accueillir la réalité et la diversité des parcours
“Lorsque nous avons appris que nous ne pouvions pas avoir d’enfant, nous avons recherché de nouveaux repères pour notre couple. Nous avons participé à un pèlerinage à Sainte-Anne d’Auray, suivi le parcours Chemins d’espérance proposé par le diocèse de Nanterre et lu différents ouvrages dont le témoignage d’Olivier et Joséphine Mathonat, fondateurs des week-ends Esperanza”, indique Mathieu, marié avec Cécile depuis 7 ans et demi. Tous deux exercent dans l’enseignement. Lui est responsable de niveau en lycée, elle est professeure des écoles. Ils reconnaissent avoir beaucoup reçu dans les différentes démarches vécues en Église et souhaitent donner à leur tour. Ils coordonnent nouvellement les week-ends Esperanza pour offrir aux couples qui souffrent d’infertilité un moment de partage, de ressourcement et de soutien. Là, chacun est accueilli tel qu’il est, quels que soient les réalités traversées et les parcours suivis : procréation médicalement assistée, adoption, naprotechnologie, etc. Le désir d’enfant touche au plus intime du couple. Les choix posés pour y répondre, entre obstacles médicaux et questions existentielles, ne souffrent aucun jugement.
Rejoindre des frères
Les participants aux week-ends Esperanza se retrouvent, sans se connaître au préalable, comme des amis, dans un logement prêté pour l’occasion. En février dernier, c’est un couple, qui après quinze ans d’attente a accueilli un petit garçon dans son foyer, qui a mis sa maison au bord de la mer à la disposition du temps fort ! Tous ces couples ont déjà des réseaux amicaux, mais tous vivent ce décalage avec ceux qui sont déjà devenus parents. Les rythmes de vie sont différents. Les préoccupations aussi. Même en famille, les couples sans enfant se sentent souvent incompris, à part et parviennent rarement à évoquer leur malaise. L’unique condition pour rejoindre les week-ends Esperanza ? Choisir de suivre l’enseignement de l’Église ! “L’idée est de se rebooster ensemble, sans étaler nos parcours, parfois lourds, ni remettre en cause ce que dit l’Église, même si c’est difficile. Nous blaguons vite sur tous les commentaires indélicats de nos proches et partageons aussi profondément le deuil du rêve d’enfant que nous portons depuis notre mariage”, confie Mathieu. Ni groupe de parole, ni retraite spirituelle, la proposition atypique permet de vivre un temps fraternel, entre prières et discussions ouvertes.
Désirer suivre l’enseignement de l’Église
Ce week-end est conçu comme un havre de paix : pour ces deux jours au moins, le couple choisit de mettre de côté les nombreux tiraillements qui le tenaillent. Certains écoutent la voix de l’Église et l’assument pleinement. D’autres ont plus de mal. C’est un lieu de tension, de friction entre le désir profond et la réalité qu’ils sont appelés à vivre. À un moment de leur parcours, Mathieu et Cécile ont été amenés à se poser à nouveau la question d’une intervention médicale, à réinterroger encore le respect des corps et le respect du mystère de toute vie née de l’amour des époux et de l’acte conjugal. “Nous désirons suivre ce que dit l’Église : elle est notre mère. Ce n’est pas qu’une question d’obéissance ! Elle nous rappelle que la technologie n’est pas tout : nos corps sont bons, voulus par Dieu comme ils sont. Le côté médical des parcours de procréation peut être assez violent. C’est une intrusion dans notre intimité, jusqu’où et à quel prix ?” interroge le coordinateur des week-ends Esperanza, en rapportant les témoignages d’autres couples très éprouvés par les traitements de lutte contre l’infertilité.
Se porter dans la prière
Rencontrer d’autres personnes qui traversent la même épreuve aide à progresser ensemble. Chacun prend conscience qu’il n’est pas isolé. Autre grande découverte pour ces couples : chacun est appelé à être heureux, même sans enfant ! “Nous avons fait connaissance avec des couples assez géniaux qui nous ont renvoyé à notre propre appel : quelle partition souhaitons-nous jouer ?”, soulève Mathieu. Des amitiés se créent entre les participants, un groupe Whatsapp permet d’échanger quelques nouvelles, de continuer à se porter dans la prière. En amont, Mathieu et Cécile ont demandé à leurs familles de prier pour les couples accueillis. Sur place, les organisateurs proposent de prier à l’intention de leurs proches célibataires. “C’est une façon de vivre une communion différente et de nous décentrer. Cécile me rappelle souvent la chance que nous avons d’avancer à deux. Notre vocation : être saints en couple, s’accompagner vers le Ciel en respectant les promesses de notre mariage”, révèle Mathieu. Sur ce chemin de foi, nombre de figures sont inspirantes. L’enseignant évoque comment les itinéraires de couples différents aident à passer des caps, en citant notamment Baudoin et Fabiola de Belgique, Élisabeth et Félix Leseur, Madeleine et Raoul Follereau, ainsi que le livre témoignage d’Olivier Mathonat. Sans oublier la bande dessinée “Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants… ou pas” de la graphiste Claire S2C qui revient avec un ton décalé sur son parcours de naprotechnologie.
Témoigner de la tendresse du Seigneur
Mathieu et Cécile ont eu la grâce de trouver une oreille attentive auprès de leur curé et de leur évêque. C’était important pour eux de leur partager la réalité méconnue qu’ils traversent et d’être écoutés. Ils regrettent que le sujet n’ait pas été abordé dans leur préparation au mariage et ont toujours du mal à se retrouver dans les intentions de prière où les familles, les fiancés sont confiés, mais rarement les couples en espérance d’enfant. “Nous avons besoin de sentir la délicatesse de l’Église, besoin qu’elle prenne soin de nous, qu’elle nous rappelle que nous sommes aimés comme nous sommes avec nos combats et nos misères, et que nous sommes à deux vraiment une famille”, insiste Mathieu. Les témoignages de couples heureux, sans enfant, qui s’engagent sont également éloquents. Le responsable des week-ends Esperanza ponctue : “Nous nous sommes fait reprendre quand il fallait par des personnes dans notre cas, avec des mots qui n’auraient pas été recevables d’un prêtre ou d’un parent. L’Église doit trouver les relais pour dire la tendresse de Dieu et de l’Église à tous ses enfants”. Au cœur de sa blessure, le couple en espérance d’enfant trouvera ensuite le lieu où le Seigneur l’appelle à rayonner. “La fécondité s’élargit par mille manières de rendre présent l’amour de Dieu dans la société”. (Pape François, exhortation apostolique Amoris Laetitia sur l’amour dans la famille)
Contact
Sanctuaire Sainte-Anne-d’Auray
- Prochain pèlerinage à Sainte-Anne-d’Auray pour les couples en espérance d’enfant :
- 29 – 30 août 2026, messe à 11 h 00
Esperanza : https://esperanza-couples.fr/
- Prochain week-end : 26 – 28 juin 2026
Communauté du Chemin Neuf : soirée CANA’P couple en espérance d’enfant



