“Le Prix Nobel de Médecine et le Sénat : La science confirme l’éthique” par Mgr Ginoux

Réflexion de Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban, à l’annonce du Prix Nobel de Médecine 2012 décerné au médecin japonais Shinaya Yamanaka et au Britannique John Gurdon pour leurs travaux sur la cellule souche induite (IPS) qui permet d’éviter l’usage d’embryons humains.
 

Ginoux Bernard - Montauban

Tandis que depuis quelques jours les sénateurs français sont à nouveau invités à modifier la loi de bioéthique du 7 juillet 2011 pour autoriser largement la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires le Prix Nobel de Médecine 2012 a été décerné. Ce 8 octobre 2012 il est attribué au médecin japonais Shinaya Yamanaka et au Britannique John Gurdon. Pour quelle raison ces deux scientifiques ont-ils été récompensés et quel lien y-a-t-il entre le Sénat de notre pays et ces savants ?
 

Les cellules souches

Pour parvenir à soigner certaines maladies dégénératives, comme les myopathies ou la maladie de Parkinson, il semble indispensable à beaucoup de chercheurs français, poussés par les laboratoires, d’avoir recours « sans alternative crédible » aux embryons humains et aux cellules souches embryonnaires qui en sont issues. Or, depuis les lois de bioéthique, de 1994 à 2011, la recherche scientifique se prétend limitée parce qu’elle ne peut s’exercer en toute liberté lorsqu’elle touche à l’embryon humain . En fait, la loi s’est assouplie en 2004 et un certain nombre de dérogations ont été largement autorisées mais il reste que le plus grand nombre des embryons congelés (au moins 180.000 et le nombre est toujours en augmentation)) ne seront pas réimplantées parce que les parents ont abandonné leur « projet parental ». Ces embryons sont donc fortement convoités pour la recherche mais ce sont des embryons « humains » et des résistances se sont manifestées pour éviter qu’ils deviennent un matériel d’expérimentation. L’Eglise Catholique n’a cessé de rappeler la dignité de l’embryon qui est une vie humaine et que l’on ne peut tuer, que ce soit pour l’expérimentation ou pour d’autres raisons. L’objectif de cette recherche se fondait sur la nécessité d’avoir, à partir de l’embryon, des cellules souches « pluripotentes » c’est-à-dire des cellules indifférenciées capables de donner naissance à différentes lignées cellulaires d’un tissu donné. Depuis plusieurs années la plupart des biologistes considéraient que la méthode la plus simple était de tirer ces cellules souches de l’embryon. D’autres cependant, en particulier les spécialistes qui exercent sous le patronage de la Fondation Lejeune réalisaient à partir de cellules souches adultes (par exemple venant du sang du cordon ombilical) des expériences concluantes et évitaient ainsi la destruction d’embryons. C’est ce que l’Eglise Catholique demandait en affirmant qu’il y avait là une voie scientifique juste. Mais cet appel n’était pas suffisamment entendu.
 

Une surprise dans le monde scientifique

Au cours de l’année 2007 l’équipe du Professeur Japonais Shinya Yamanaka fait part à la communauté scientifique de la conclusion certaine de ses recherches : la cellule souche induite (IPS). Les travaux poursuivis durant plusieurs années et relayés par d’autres équipes de biologistes démontrent que des cellules adultes peuvent être reprogrammées en cellules souches capables de produire toutes les cellules nécessaires à l’organisme. Aujourd’hui ces travaux sont couronnés de succès. Le professeur Yamanaka est parvenu à ce qu’il désirait : « Je veux éviter l’usage d’embryons humains ». Cette avancée scientifique est remarquable et va permettre un plus grand développement de la thérapie cellulaire. C’est un espoir pour soigner les cancers, la maladie d’Alzheimer, la maladie de Parkinson, et d’autres maladies dégénératives, c’est un progrès considérable pour la biotechnologie. Ce 8 octobre le Prix Nobel de Médecine vient de récompenser l’éminent travail de ces chercheurs qui ont eu le souci de soigner en respectant la vie humaine commençante. La preuve est faite que développement de la science et respect de la vie sont parfaitement compatibles. Nous sommes là dans la vérité de la science parce qu’elle agit pour le bien de l’homme dans sa totalité.
 

Des lois inutiles et néfastes

En revanche les discussions politiques en ce moment tendent à modifier des lois jugées trop restrictives et  veulent faire reconnaître une plus grande liberté de recherche (donc de mort) sur l’embryon, l’être humain le plus faible et le plus démuni. A qui va profiter cette liberté ? Sous couvert de soigner des malades c’est d’abord le pouvoir des techniciens de la biomédecine qui s’étend au détriment de l’humain. La proposition de loi affirme que « les cellules souches embryonnaires ont ……..une importance centrale pour faire progresser les connaissances sur le développement de la vie… ». Or tout ce qu’apporte le nouveau Prix Nobel démontre le contraire : aucun embryon humain n’a besoin d’être sacrifié à la prétendue nécessité scientifique. Pourquoi donc ne pas suivre ce chemin , mesdames et messieurs du Sénat ?
Merci , Monsieur le Professeur Yamanaka de nous l’avoir ouvert ! Merci à l’Eglise Catholique de plaider sans cesse pour le respect de l’être humain de sa conception à sa mort naturelle.

Mgr Bernard Ginoux
Evêque de Montauban

Source : Bulletin du diocèse de Montauban N°18 – 17 octobre 2012

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