La Bataille de Gaulle, film d’Antonin Baudry

Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 19 août 2026, n°34 à propos de La Bataille de Gaulle, un film d’Antonin Baudry

Un succès qui interroge

Il peut sembler étonnant de parler en août de films qui sont sortis sur les écrans en juin ; pourtant, il est notable de souligner que, contrairement à la plupart des films qui quittent les salles après quelques semaines et voient le nombre des spectateurs décroitre, c’est l’inverse qui se produit pour ce diptyque.

OFC 2026, n°34 - 19 août 2026

Certes, il ne s’agit pas de chefs-d’œuvre du 7ème art, remarquables pour l’innovation ou l’écriture, cependant, si ce sont des films honnêtes, faits avec le sens du spectacle et de l’épique, il semble que bien des Français vont voir, certes, des films, mais surtout de Gaulle. Dans ces temps gris que sont notre présent, et même sombres quant à l’avenir (de la paix, de la planète), des temps dont les leaders sont à leur image, gris et sombres, sinon ternes, entretenir la flamme d’une geste héroïque, à la fois ne valorise guère les politiques actuels – on sait ce que de Gaulle pensait des partis – et entretient la nostalgie, sinon l’espérance d’un chef à la hauteur.

Le risque c’est d’oublier que tout ne fut pas rose pour le gaullisme ni pour son chef lui-même. Après la Libération, il dût quitter rapidement l’exercice du pouvoir. Rappelé en 1958, les années 68-69 furent de désaveu. « La France s’ennuie » écrivait Pierre Viansson-Ponté ; surtout, alors 2 que de Gaulle avait pour dessein la grandeur et l’indépendance de la France – et les films soulignent combien cela guida son action, en particulier ses rapports avec les Alliés – dans les trente glorieuses, n’était-ce pas plutôt le confort et ses colifichets qui occupaient l’esprit des Français ? De Gaulle lui-même l’exprima dans ce type de propos dont il avait le génie : « La ménagère, elle veut avoir un aspirateur, un frigidaire … et en même temps, elle ne veut pas que son mari aille bambocher de toutes parts…La ménagère veut le progrès mais elle ne veut pas la pagaille. Eh bien c’est vrai aussi pour la France : il faut le progrès, il faut pas la pagaille !… » (15 décembre 1965, campagne pour le 2ème tour de l’élection présidentielle).

Alors, est-ce une œuvre cinématographique que l’on va voir ? Plutôt une épopée, un projet, dont on pense qu’ils font tant défaut actuellement. Le personnage fut exceptionnel, on ne peut le nier, mais l’époque tout autant : sans la concomitance des deux de Gaulle serait-il devenu de Gaulle ? Nul ne peut y répondre, mais on peut estimer, de manière générale, que bien des choses viennent de la rencontre d’un homme et d’une époque. La vie politique a-t-elle besoin d’hommes d’exception ? Face à certains événements sans doute. Le devoir appelle alors à résister. Mais, dans les temps ordinaires, il peut y avoir quelque risque à espérer une figure exceptionnelle. Le premier risque est la déception, ce qui n’est pas si grave ; l’autre risque est de trop attendre d’un individu oubliant que chacun a des capacités d’action que la projection de toutes les attentes dans l’homme providentiel risque d’éroder. Cependant, les êtres humains estiment souvent préférables de s’en remettre à d’autres qu’à eux-mêmes, dommage. Et puis, il ne manque jamais de personnes se jugeant dotées d’un statut ou de qualités les prédisposant à conduire les autres. Ces interrogations sont d’autant plus pertinentes lorsqu’il s’agit de l’Eglise, au risque d’oublier que seul le Christ est son Maître et Seigneur, et que lui même conduit vers un autre, le Père.
Dans la biographie qu’elle a consacrée à Etty Hillesum (Pygmalion, 1999, réédition Points Seuil 2026), Sylvie Germain reçoit cette leçon de celle dont elle écrit la vie : « Etty Hillesum a compris que la vraie grandeur ne consistait pas à figurer dans l’Histoire en lettres d’or – ou de feu et de sang – mais bien plutôt à devenir minuscule et léger, fluide et transparent comme un rai de lumière, un fil lancé dans l’invisible. […] La vraie grandeur est silencieuse, infiniment discrète, elle réside dans la conquête de l’intelligence et de la sagesse de l’amour, de la patience et de la générosité de l’amour » p. 182-183.

Cela dit, on ne sera pas déçu par les deux films d’Antonin Baudry. La peinture du courage, de la volonté ; des scènes spectaculaires – on peut citer, parmi bien d’autres, la bataille de Bir Hakeim ; une distribution de haut vol ; etc. Il est heureux que la France conserve sa capacité de produire ce type de films et ne se limite pas à des comédies formatées pour la télévision, dans le même temps où les Etats-Unis se perdent dans les blockbusters de super-héros tournés grâce à des fonds verts et à l’IA.
Cependant, pour qui veut découvrir un grand film, ambitieux dans son sujet comme dans son traitement, certaines chaînes du câble permettent de voir Les échos du passé de Mascha Schilinski. Un film certes moins aimable, mais une œuvre véritable. Sans oublier Soudain de Ryūsuke Hamaguchi, sorti sur les écrans le mercredi 12 août.

+ Pascal Wintzer, OFC

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