« Les lumières sombres, comprendre la pensée réactionnaire » d’Arnaud Miranda (NRF)

Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 6 mai 2026, OFC 2026, n°23 sur Les lumières sombres, comprendre la pensée réactionnaire d’Arnaud Miranda, NRF Le Grand continent, bibliothèque de Géopolitique

Le livre d’Arnaud Miranda inaugure la « Bibliothèque de Géopolitique » de la NRF en partenariat avec le think tank Le Grand continent. Intéressante en soit, la lecture de ce livre trouve des justifications nouvelles à chaque spasme de la politique nord-américaine, depuis la suppression de l’agence de développement USAID, la création puis la suppression du ministère de l’efficacité gouvernementale (DOGE), la création de la riviera de Gaza ou la guerre avec l’Iran.

A. Miranda produit une analyse des courants néo-réactionnaires et cherche à comprendre les ressorts de leur succès. Celle-ci apparait intimement lié au développement d’Internet : « la réussite de ce courant issu d’Internet nous force à prendre au sérieux la place qu’occupent les nouveaux médias de la production intellectuelle et idéologique (…) ». Le détour par la contre culture des années 60 est instructif : « dans les années 60, la contre-culture venue des Etats Unis mais ayant conquis le monde entier était incarnée par la libération sexuelle, la drogue, le rock n’roll. En 2025, elle a plutôt le visage masculin de la néo-réaction, de l’illibéralisme et de la tentation monarchique. En se présentant comme la seule véritable pensée subversive face à une prétendue hégémonie du progressisme dans les médias traditionnels, la droite semble avoir été la grande gagnante culturelle de l’ère Internet ».

Les différents courants de pensée analysés par A. Miranda ont en commun la mise en cause de la démocratie et plus généralement le refus du politique comme champ autonome, la centralité du capitalisme considéré comme indépassable, l’impact des révolutions technologiques. La mise en cause de la démocratie a plusieurs facettes : liberté et démocratie sont devenues incompatibles (Peter Thiel) ; la démocratie n’apporte pas de réponse satisfaisante à la question centrale qui est celle de la régulation de la violence. L’Occident a perdu foi en lui-même.

La centralité du capitalisme découle de son caractère indépassable. Les politiques keynésiennes déployées depuis 1945 ne font qu’en freiner le développement (Nick Land, séduit par ailleurs par le capitalisme chinois). Les seules normes légitimes sont celles qui découlent du droit de propriété. Le formalisme » (1ère composante de la doctrine politique de C. Yarvin) consiste à entériner ce qui existe déjà au profit des puissants (« might is right »). L’Etat n’est qu’une « bonne vieille entreprise, propriétaire d’un gros paquet d’actifs » (C. Yarvin).

Il faut détruire la « cathédrale » (C. Yarvin) construite depuis Roosevelt et après 1945 et qui abrite la structure idéologique du progressisme qui contrôle le gouvernement américain. L’idéologie progressiste, d’inspiration cryptocalviniste et promouvant l’égalité, la paix, la justice sociale, etc., tient grâce au lien existant entre l’Université, les médias et le gouvernement. Les premiers doivent être nationalisés et toute la puissance d’internet doit permettre d’affranchir complètement l’Etat de la domination de la Cathédrale.

Les technologies changent la donne notamment en ce qu’elles accélèrent le déploiement du capitalisme (N Land) et permettent d’envisager la conquête de nouveaux espaces (numérique, espace interstellaire, espace maritime, Thiel et Andreessen). L’entrepreneur est appelé à jouer un rôle quasi-messianique : « devenir des surhommes technologiques… nous croyons en la transformation délibérée et systématique de nous-mêmes en des être capables de faire avancer la technologie… nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des conquérants » (Andreessen).

Ces courants de pensée ont des émules hors des Etats-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Aux Etats-Unis, ils sont une composante de la base politico-idéologique de l’Administration Trump mais pas la seule. Toutefois l’audience qu’ils ont acquise en deux décennies justifie pleinement qu’on cherche à mieux les comprendre.

Philippe Orliange

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