« La vie machinale, pourquoi et comment résister à l’IA » de Gautier Bès
Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 22 avril 2026, OFC 2026 n°21 à propos de « La vie machinale, pourquoi et comment résister à l’IA » de Gautier Bès ( DDB, 2026 )
N.B. Le regard que porte Gautier Bès sur l’IA pourra ne pas être partagé par tous.
Le livre de G. Bès s’ouvre sur une citation de G. Bernanos « l’homme a fait la machine et la machine s’est faite homme, par une espèce d’inversion démoniaque du mystère de l’Incarnation ». Le livre de G. Bès s’inscrit donc dans une filiation intellectuelle vieille de plusieurs décennies mais souligne le caractère quasiment incontrôlable du développement de l’intelligence artificielle, tant du point de vue écologique (cher à l’auteur) que spirituel. « il nous faut ralentir, l’IA va tout accélérer. Il nous faut discerner, elle va nous décérébrer. Il nous faut décroître, elle va doper la production » (p. 20). Du point de vue écologique, l’IA est un gouffre : augmentation de 160% de la consommation d’énergie d’ici à 2030 ; 32 kg de matière nécessaire pour produire une puce de deux grammes. L’IA permet de faire de la « disruption » un but en soi « la disruption est en marche. Rien ne pourra l’arrêter… moi-même qui écris ces lignes, je me ferai disrupter par un algorithme qui sera meilleur rédacteur que moi (un ancien trader, cité p 80).

La délégation croissante à l’IA des activités de transmission des savoirs est un leurre notamment en prétendant effacer l’effort associé à la notion d’apprentissage (« l’IA nous propose de gravir l’Everest en une fraction de seconde ») et en éliminant les interactions humaines consubstantielles à la transmission. L’attention est parasitée par « la viralité des réseaux numériques, le primat des images sur les mots, la prolifération des notifications, des pubs et des vidéos non sollicitées, le glissement du débat vers le clash » (p. 106). Ce parasitage omniprésent empêche de « bien nourrir son cerveau » (cf. études citées page 109).
Du point de vue de la démocratie, l’IA est également lourde de menaces. Elle amplifie massivement la tendance déjà lourde d’aller vers une « gouvernance par les nombres (selon l’expression d’A. Supiot, cité p 144). La politique se réduit à ce qui est quantifiable : la décision démocratique est « écrasée sous des tombereaux de calcul », comme le système chinois de notation sociale permet « l’art de ne pas changer le monde » (p 146).
L’IA distend notre rapport au monde « nous voyons tout à travers les plateformes. Faute de contact avec le monde vivant, le « cybernanthrope se rue dans la voie machinale », réalisant ainsi la prophétie de Bernanos. L’IA fait figure de veau d’or, d’idole libératrice. Or, cette « artificialisation de la vie est aberrante, inégalitaire, ecocidaire et …suicidaire ». La conclusion évoque, trop rapidement sans doute, le « comment résister ». L’évocation de 1 S 17 et du combat victorieux de David contre Goliath montre que l’IA ne peut être battue sur son propre terrain mais seulement en « restant pleinement humains ».
Philippe Orliange

