Le gâteau du président, film de Hasan Hadi (2025)

Fiche de l’Observatoire Foi et Culture du 01 avril 2026, OFC 2026, n°18 sur Le gâteau du président, film de Hasan Hadi (2025)

OFC 2026, n°18 - 1er avril 2026 Le jour se lève sur des marais où, parmi les roseaux, glissent silencieusement de frêles esquifs à fond plat, surgis du fond des âges. Les images, sublimes, nous font nous-mêmes entrer dans ce monde amphibie, peuplé depuis des millénaires. Nous sommes en Mésopotamie. Plus précisément, l’Irak des années 90. Soudain, des avions de chasse survolent les étendues liquides. Les bombardements ne devraient pas tarder.

Lamia, neuf ans, se lève rapidement. Salue sa grand-mère (nous apprendrons bientôt que ses parents ont disparu), saute dans une barque, vogue vers son école, arrive dans sa classe où des garnements affluent pour, sous la férule d’un professeur aussi brutal que corruptible, scander des slogans à la gloire de Saddam Hussein. La révolution est en marche, la guerre menace, les traditions demeurent, l’oppression suinte à tous les échelons, il faut bien vivre.

Malgré ses tentatives pour échapper à une angoisse prémonitoire, Lamia se retrouve tirée au sort pour confectionner le gâteau qui marquera le jour anniversaire de Saddam. Seul problème : en ce temps de rationnements, elle n’a ni ingrédients ni argent pour se les procurer. Or le maître exige et la classe attend. Elle dispose de deux jours. Famille et relations ne peuvent rien pour elle, elle doit se débrouiller avec Saeed, son ami de cœur, fils d’un estropié et apprenti détrousseur.

Ensemble, un coq en bandoulière et le cartable au dos, forts de leur fragile ingéniosité, ils vont essayer l’impossible. Dupés par les leurs, se mettant en danger, hantant les hôpitaux comme les pires bouges, arrêtés ou ignorés… Dans les ingrédients du gâteau, il y aura des reniements, des morts, des larcins et des dévouements insensés. Au passage, bien des figures inoubliables auront été croisées, de la grand-mère ridée à un chauffeur de taxi au grand cœur, le rire se mêlant au désespoir. Et le visage de Lamia, vulnérable et déterminée, exigeante et désarmée, ne nous quittera plus.

Ainsi le cinéma peut-il renouveler notre vision sur une humanité toujours plus riche que nous ne l’aurions cru. La thématique du regard est d’ailleurs omniprésente¹ : un homme ayant perdu la vue sous les bombes américaines au moment de découvrir sa fiancée rit de ne plus pouvoir être déçu par l’apparence de celle-ci, deux enfants jouent et rejouent à se regarder le plus longtemps possible sans cligner des yeux, jusqu’à une fin ouverte et bouleversante.

Peut-être le plus bel enseignement du film réside-t-il en ce que nous avons toujours besoin d’un vis-à-vis humain pour tenir à la vie. Dans l’affrontement des regards, c’est toujours Lamia qui perd. Mais la façon dont elle rouvre les yeux pour regarder à nouveau son ami, lequel ne peut fermer les siens face à elle, dépasse de beaucoup les gâteaux des puissants.

Denis DUPONT-FAUVILLE
22 mars 2026

¹ Après avoir reçu la Caméra d’or et le prix du public à la Quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes, l’œuvre est en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger.

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