La figure paternelle dans la chanson française

Fiche de l’Observatoire foi et culture (OFC) du mercredi 2 octobre 2019 sur « La figure paternelle dans la chanson française ».

OFC - La figure paternelleLe père est-il trop souvent absent ? Est-il un protecteur, une aide, quelqu’un qui écoute et qui accompagne ? Représente-t-il toujours l’autorité qui permet à l’enfant de grandir. Depuis de nombreuses années, la chanson française a évoqué la figure paternelle. Avec nostalgie, des chansons présentent le père comme un héros, du moins comme un modèle de courage. Plus récemment des chansons expriment des reproches et une déception par rapport au père absent et défaillant. Parfois ce père est un inconnu et on le regrette.

D’autres chansons développent le thème de la réconciliation. Après de sérieux conflits, l’affection est de nouveau possible et l’expression de l’amour apporte paix et joie profondes. Enfin, des chanteurs parlent de leur joie d’être père et de favoriser la réussite de leur enfant dans la vie. Voici un parcours à partir de chansons anciennes ou récentes.

• Tout d’abord, évoquons la nostalgie du père, ce héros qui s’est donné de la peine, a trimé pour subvenir aux besoins de sa famille. Les auditeurs de Radio Nostalgie entendent souvent Mon vieux écrite par Jean Ferrat en 1962 et chanté par Daniel Guichard en 1974 : Dans son vieux pardessus râpé/ Il s’en allait l’hiver, l’été/ Dans le petit matin frileux/ Mon vieux. La chanson campe un père silencieux, travailleur, un peu révolté contre tout le monde et contre Dieu. Et le chanteur exprime un regret : « Dire que j’ai passé des années À côté de lui sans le r’garder/ On a à peine ouvert les yeux/ Nous deux. » Un jour le père meurt et laisse un grand vide : « J’aim’rais bien qu’il soit près de moi. PAPA. »

Plus récemment, en 1994, Renaud chante Son bleu, chanson nostalgique sur un père qui se retrouve au chômage, alors que le fils est parti dans le vaste monde : « Cinquante balais c’est pas vieux/ Qu’est-ce qu’y
va faire de son bleu/ De sa gamelle de sa gapette/C’est toute sa vie qu’était dans sa musette.»

• Puis il y a le père que l’on a jamais connu et à qui on adresse un vibrant message d’amour. Calogero, chanteur mélancolique, s’invente une image de père. Dans la chanson Si seulement je pouvais lui manquer (2004), il crie sa douleur : « Je voudrais simplement dire qu’à part ça tout va bien/ À part d’un père je ne manque de rien/ Je vis dans un autre monde/ Je m’accroche tous les jours/ Je briserai le silence. » Dans cette chanson, le chanteur exprime le souhait de connaître son origine : D’où vient ma vie ? Il aurait aimé un père qui l’accompagne. Que ce père signale le désir de rencontrer son enfant : Qu’il m’appelle ! De la même veine, la chanteuse du duo Brigitte, Aurélie Saada, explique que sa chanson Mon intime étranger (2017) lui a permis de renouer avec son père : « Vers mes 17-18 ans, mon père a quitté le domicile et je ne l’ai pas revu pendant vingt ans. Quand les blessures ont commencé à cicatriser, je me suis sentie capable d’en faire quelque chose et d’en parler. Ce fut un long chemin » (La Croix, mercredi 12 juin 2019). En 2007 Étienne Daho chante Boulevard des Capucines. C’est une chanson à la première personne dans laquelle le chanteur laisser percevoir l’émotion de son père qui s’était jadis enfui et qui vient, repentant et admiratif, voir son fils triompher à l’Olympia. Il s’est aperçu sur le tard le succès de son fils et lui demande pardon.

• Une chanson de Chimène Badi, Un père, en 2003, présente le père idéal : « Un père c’est une frontière qui sert/ Un père c’est une barrière qui aide/ Il nous offre les premiers pas/ D’une vie de combat/ Il nous venge chaque fois/ Il nous rassure tout bas. » Deux frères portent un regard très bienveillant sur leur père : Bigflo & Oli. En plus du classique morceau hommage avec ses moments émouvants (Quand on a 8 ans) et ses maladresses, le duo s’est carrément mis à collaborer avec lui, puisque ce « papa-poule » comme il se décrit lui-même, est chanteur de salsa depuis des dizaines d’années.

• Malheureusement, le père est parfois absent. Stromae le déplore dans une chanson grinçante Papaoutai : « Tout le monde sait comment on fait des bébés/ Mais personne ne sait comment on fait des papas ».

• Trois chansons traduisent le bonheur, mais aussi la responsabilité d’être père. Dans Mistral gagnant, Renaud parle à sa fille de cinq ans en lui disant son désir de lui transmettre le goût de la vie. Pascal Obispo, en 2001, tombe en admiration devant son enfant qui vient de naître : « Tu es mon millésime/ Ma plus belle année/ Pour ce bonheur en prime/ Que tu m’as donné/ Je suis à jamais ta terre/ C’est ça être père. » Plus
récemment, en 2016, Claudio Capéo dans Riche chante : « À quoi ça sert d’être riche, quand on est riche d’être père ». Et pour finir, rappelons cet hommage de Georges Brassens à son père dans Ce n’est pas tout d’être mon père (1982) : « Ce n’est pas tout d’être mon père./ Il faut aussi me plaire./ Être mon fils ce n’est pas tout,/Il faut me plaire itou./ Trouver son père sympathique, c’est pas automatique./ Avoir un fils qui nous agrée,/ ce n’est pas assuré. »

La chanson populaire développe sous toutes les facettes le thème du père au sein de la famille. Cela rejoint les préoccupations actuelles dont le pape François se fait l’écho. Le pape François appelle les communautés chrétiennes à être « plus attentives » à « l’absence de la figure paternelle dans la vie des petits et des jeunes », qui crée « des lacunes et des blessures qui peuvent être très graves ».

Lors de l’audience générale de ce mercredi matin, 28 janvier 2015, il affirme : « Les déviances des enfants et des adolescents peuvent en bonne partie être dues à ce manque, à cette carence d’exemples et de guides dans leur vie de tous les jours, au manque de proximité, au manque d’amour de la part des parents. »

Hubert Herbreteau

ART SACRE, PATRIMOINE, CREATION

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