70 ans de Caritas internationalis

“Lutter contre la pauvreté, entretenir la maison commune”. Depuis sa fondation, il y a soixante-dix ans, Caritas internationalis répond aux besoins des plus vulnérables dans le monde entier, lutte contre la pauvreté, encourage le développement de la personne humaine. Rencontre avec Benoît-Xavier Loridon, directeur de l’action et du plaidoyer international au Secours catholique – Caritas France. Par Florence de Maistre.

Qu’est-ce qui caractérise Caritas internationalis ?

Caritas internationalis est une organisation de la charité de l’Église catholique. C’est notre mission principale. Les caritas appartiennent aux conférences épiscopales de chaque pays, à charge pour chacune d’en développer les deux volets : les actions d’urgence et de solidarité auprès des personnes vulnérables, et celles du plaidoyer pour plus de justice et de paix. C’est-à-dire les démarches menées pour lutter contre les causes de la pauvreté, conflits, déplacements de population, insécurité alimentaire, de logement, etc. Nous travaillons avec d’autres, société civile et réseaux d’Église ensemble. Caritas internationalis est une confédération qui a débuté avec seulement 13 membres, des communautés chrétiennes locales, en décembre 1951. On en compte aujourd’hui 162 à l’œuvre dans 200 pays et territoires ! Elles se sont organisées au fur et à mesure en sept grandes régions officielles [Caritas Amérique du Nord, Caritas Europa, Caritas Océanie, Caritas Afrique, Caritas Amérique latine et Caraïbes, Caritas Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mona), et Caritas Asie] chargées de coordonner les caritas nationales, de donner du sens aux actions, de développer les échanges de pratique, de créer du liens entre les acteurs. Tous les quatre ans, Caritas internationalis met en place une campagne mondiale qui rassemble les structures nationales autour d’un même thème. Sur le plan institutionnel, Caritas a le statut de membre observateur à l’Organisation des Nations unies (Onu), elle siège également à l’Unesco et au sein d’autres grandes organisations internationales. C’est une reconnaissance du réseau de l’Église mondiale. Un réseau avec ses forces et ses faiblesses, mais un réseau unique au monde ! À ma connaissance, il n’a pas d’autres équivalent que celui de la Croix-Rouge.

Qu’est-ce qui est prévu à l’occasion des 70 ans de Caritas internationalis ?

Un webinaire [séminaire en ligne]* est proposé à tous les membres des caritas depuis le 28 octobre dernier jusqu’au 12 décembre, jour de l’anniversaire des 70 ans de Caritas internationalis. Chaque semaine une conférence en ligne est organisée par chacune des sept grandes régions, avec l’objectif de présenter ses spécificités, ses derniers projets réalisés et ceux portés actuellement. Une attention particulière pour donner la parole aux jeunes et aux femmes est à souligner. Pour ma part, je n’ai pas pu y participer mais au dernier conseil d’administration de la Caritas internationalis, des collègues qui suivent ces rendez-vous ont partagé leur enthousiasme sur la qualité de ce qui est montré et la possibilité offerte d’échanger avec les autres caritas. Les premiers échos témoignent de la réussite de ce webinaire, d’une bonne participation dans l’esprit caritas. Le 13 décembre, à l’université pontificale urbanienne à Rome, une conférence est prévue avec le lancement officiel de la nouvelle campagne 2022-2024, en présence du Card. Luis Tagle, archevêque émérite de Manille, président de Caritas internationalis et préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Cette nouvelle campagne va s’appuyer sur l’encyclique Laudato’ si et nous amener à travailler sur les causes de la pauvreté en lien avec la protection de la maison commune, puisque crise sociale et crise environnementale sont liées.

Comment traversez-vous la crise sanitaire ?

Avec la première vague du Covid, centrée au tout début en Europe, nous avons eu beaucoup de liens avec nos partenaires, dans un rapport un peu inversé. C’est eux qui nous ont demandé ce qu’ils pouvaient faire pour nous aider. C’était un beau regard, un brin étrange, avant qu’ils ne soient à leur tour concrètement touchés par les dégâts du virus. Tout a été très compliqué, toutes zones confondues. La crise sanitaire nous a forcé à coupler nos actions d’urgence et celles de développement, avec un accompagnement à moyen terme de petits projets d’environ trois mois. C’est une autre manière de travailler ensemble. Nous avons essayé de mettre plus de souplesse dans toutes nos activités. Nous avons gardé le contact avec nos partenaires grâce aux visio-conférences. Nous avons essayé de développer notre écoute et avons ressoudé de nombreux liens avec plus confiance. Face aux difficultés et aux crispations, les acteurs se serrent les coudes ! Quelques mois après le début de la pandémie, le Secours catholique – Caritas France a interrogé plus de cinquante de ses partenaires internationaux sur le vécu de la crise, les actions menées, les nouvelles initiatives, qui a donné lieu à la publication, fin octobre, du document “Covid 19 : une communauté de destin ?”

Qu’en retenez-vous ?

Ce que l’on peut retenir, c’est que si nous disposons du meilleur système de santé en Europe, si l’on est une puissance financière, la pandémie touche invariablement les riches et les pauvres. Elle nous met tous sur un pied d’égalité. Les actions ont été multiples et variées, comme en France, et l’on peut souligner les solidarités mises en place au quotidien, intergénérationnelles, ainsi que le développement d’action numérique comme la possibilité de donner en ligne en faveur des plus fragiles. Tous nos partenaires rappellent qu’une des causes de la pauvreté se trouve dans les enjeux climatiques. Pour qu’il y ait transition sociale, il en faut aussi forcément une écologique. D’où la pertinence de travailler ensemble, y compris entre les pays du Nord et du Sud. Nous sommes repartis sur le terrain depuis cet été, d’autres depuis le printemps, d’autres pas encore. Une des spécificités de la pandémie, c’est de toucher aussi à la réception des droits humains, avec un effet double peine. Certains gouvernements en ont profité pour faire du ménage, réduire les droits démocratiques, donner un tour de vis. Il y a des pays où depuis la crise sanitaire, je n’ai plus un seul contact : les personnes sont parties, emprisonnées, ou bien elles se cachent… Il y a un net recul, et la pandémie n’est pas finie !

Qu’est-ce qui se joue au seuil de cette nouvelle année ?

Nous allons rebondir avec la nouvelle campagne liées aux deux encycliques Laudato’ si et Fratelli Tutti. Nous avons déjà pris deux virages. Le premier : on parle moins de l’aide pour l’aide mais nous souhaitons développer l’entraide. Lorsqu’un programme vise à renforcer les capacités des acteurs, c’est une mission qu’on appelle de “dignité”. Mais cela va plus loin. Il s’agit de les émanciper, de les accompagner afin qu’ils prennent leur chemin en toute autonomie. Pour nous, c’est un métier différent. C’est un virage porté collectivement en termes de philosophie, mais la pratique, la maturité, les moyens mis en œuvre sont différents. Et puis, de même que l’on évolue de l’aide vers l’entraide, la mission ne se réduit pas qu’à la lutte contre la pauvreté mais aussi à l’entretien de la maison commune, avec cette prise de conscience du lien entre environnement et société sur lequel tout le monde travaille et dont nous saisissons justement aussi.

Que souhaitez-vous pour les années à venir ?

La paix et avoir des résultats sur cette double crise ! Comme notre réseau est énorme, nous avons à améliorer les échanges, les pratiques et la coordination. Grâce au réseau de l’Église dans chaque pays, Caritas bénéficie d’une force importante, là où personne d’autre ne peut aller. Si tout seul on va plus vite, comme dit le proverbe, ensemble on va plus loin. Et nous avons encore du travail sur ce point. Nous n’allons peut-être pas sauver le monde, mais nous semons des graines et c’est déjà bien ! Je vois aussi un besoin d’ouverture dans les pays où l’Église est trop dans un “entre soi”. Or, elle a besoin de se remettre en cause pour innover, avancer, prendre les décisions avec les personnes en précarité accompagnées, c’est-à-dire renforcer le pouvoir d’agir en gouvernance partagée. L’Église s’occupe des pauvres, y compris les femmes et les jeunes, mais où sont-ils dans l’Église ? Nous, acteurs, membres de l’Église avons à faire bouger les choses !

70 ans de charité à l’œuvre dans le monde

Le réseau mondial Caritas international naît le 12 décembre 1951 sous l’impulsion du pape Pie XII. Son objectif principal : promouvoir une meilleure coopération entre les œuvres de charité de l’Église catholique. Ses treize membres fondateurs sont alors l’Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, le Luxembourg, le Portugal, l’Espagne, la Suisse et les États-Unis. En mars 1967, dans son encyclique Populorum progressio, le pape Paul VI indique déjà que “Notre Caritas internationalis est partout à l’œuvre” (Vers le développement solidaire de l’humanité – 1- L’assistance aux faibles). Le pape Jean-Paul II lui confère sa personnalité juridique canonique, consacrée au service des pauvres et à la promotion de charité et de la justice, dans sa lettre apostolique Au cours de la Cène du Seigneur (2004).

“Caritas a à juste titre gagné l’estime et la confiance des fidèles et de beaucoup d’autres personnes à travers le monde pour son témoignage de foi généreux et constant et sa capacité concrète à répondre aux besoins des pauvres.” (Benoît XVI) Le pape François souligne : “Caritas est la caresse de l’Église à son peuple, la caresse de la Sainte-Mère Église à ses enfants, sa tendresse et sa proximité.” Caritas regroupe aujourd’hui 162 membres qui travaillent avec les pauvres, les personnes vulnérables et marginalisées, indépendamment de leur race ou de leur religion.

Sept webinaires auront lieu pour les 70 ans de Caritas internationalis

  • Caritas Amérique du Nord : Sept décennies de lutte contre la pauvreté et pour la dignité humaine
  • Caritas Europa : La solidarité en action en suivant les signes des temps
  • Caritas Océanie : Promouvoir le développement humain intégral – caritas océanie dans l’esprit de Laudato’ sì
  • Caritas Afrique : Caritas promeut la justice sociale à travers des opportunités durables et un renforcement des communautés
  • Caritas Amérique latine et Caraïbes: Caritas engagée dans la lutte contre la pauvreté et pour la défense de notre maison commune
  • Caritas Moyen-Orient et Afrique du nord : Caritas au carrefour du chaos, témoin de la justice, de la paix et de l’espoir
  • Caritas Asie : Marcher ensemble dans un esprit de fraternité et de solidarité.

https://www.caritas.org/70years/?lang=fr

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