Documents épiscopat : La guerre et la paix vue de Rome

« Faire mémoire de 1918″, édito de Monseigneur Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises pour le documents épiscopat :  » La guerre et la paix vues de Rome ».

3 novembre 2017 : Portrait de Mgr Antoine de ROMANET, évêque aux armées françaises. France.

Si la guerre accompagne, hélas, l’humanité depuis toujours, la Première Guerre mondiale a été, à bien des égards, un sinistre apogée de la victoire de la haine entre les hommes. Dieu n’ayant pas de camp, sinon celui de l’affligé, l’Église n’avait pas à « choisir » un camp… Cette réalité fut incomprise par les belligérants de l’époque et le pape Benoît XV fut le bouc émissaire de cette situation, l’un et l’autre adversaire l’accusant de connivence avec l’ennemi. Il a fallu que les « soldats de Dieu », ces aumôniers militaires admirables, eux qui étaient sur le terrain au plus près des hommes, cultivent en leur cœur cette certitude que Dieu aime tous les hommes et que, de chaque côté, étaient ses enfants avec leur famille, leur histoire et leur dignité.

Le message porté par l’Église à la suite du Christ est celui de la paix dans toute sa splendeur et sa profondeur. Par ces mots débute et s’achève chaque célébration eucharistique : de « la paix soit avec vous » à « allez dans la paix du Christ », il s’agit de recevoir la paix du Seigneur pour la partager à ses frères.

Il ne s’agit pas ici d’une petite paix étriquée ou d’une paix qui ne serait qu’une absence de guerre. Il ne s’agit pas plus de la paix du fort écrasant le faible ou de la paix des cimetières. Il s’agit de cette paix qui vient du cœur pour rejoindre le cœur du frère, il s’agit de la paix comme fruit de la justice et de la charité. C’est cette paix du Christ que le pape Benoît XV n’a cessé de proposer au cœur du drame absolu de la « Grande Guerre ».

L’analyse de l’inlassable activité diplomatique du pape Benoît XV durant le premier conflit mondial permet de comprendre ce que sa vision a eu d’irréductiblement prophétique, de discerner en quoi son regard, direct et lucide, croise avec fécondité celui que nous portons aujourd’hui sur ces événements. Il nous faut réaliser dans sa pleine dimension toute la grandeur, par trop méconnue, de ce pontificat.

Par cette étude, Olivier Chantriaux met remarquablement en valeur le sens de l’engagement du pape Benoît XV, confronté tragiquement, du début de son pontificat en 1914 jusqu’à son terme en 1922, à la réalité de la guerre et à ses conséquences humaines et politiques.

Le souvenir de ces événements destructeurs et la redécouverte des initiatives papales nous permettent de constater et de comprendre combien il est nécessaire de faire toute sa place au Saint-Siège dans les relations internationales, comme médiateur, acteur de paix et promoteur du salut. C’est peut-être, au fond, une leçon essentielle que l’on peut retenir en considérant l’épreuve foudroyante de la Grande Guerre à travers le regard de Rome.

À cet égard, Benoît XV s’inscrit dans la lignée des grands papes diplomates. Sans jamais se décourager, ce Pape prêche la paix, cherche à favoriser son rétablissement, multiplie les initiatives et, dans l’idée de garantir à l’Église une influence et une autonomie d’action, ouvre ou rouvre des représentations diplomatiques. Ce pontificat quelque peu oublié a été en réalité un moment fondateur pour l’Église dans sa place au sein du « concert des nations », ouvrant par les évolutions ainsi initiées la voie à la conclusion des accords du Latran en 1929. Benoît XV engage ainsi une dynamique essentielle d’implication du Saint-Siège sur la scène internationale, avant que l’Église ne trouve bientôt, dans l’éveil d’une conscience mondiale, un champ d’action ouvert entrant en consonance avec l’exercice de ses prérogatives universelles.

Le retour à Rome opéré par cette étude, en approfondissant la vision prophétique et audacieuse de ce Pape diplomate, nous permet de considérer d’une manière renouvelée les événements de la Grande Guerre et de mieux comprendre le rôle qui incombe au Saint-Siège dans la vie internationale, conformément aux paroles confiées par le Christ à ses apôtres : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » (Jn 14, 27).

Puissent les leçons de l’histoire et la puissance de cette paix du Seigneur habiter nos cœurs et lui donner de déployer ses ailes sur le monde.

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