À la rencontre d’un couple d’éleveurs du diocèse d’Autun

Dans ce diocèse d’Autun très marqué par la ruralité, l’évêque a le souci de la détresse de nombreux agriculteurs. Florence et Frédéric Demeule, auprès de qui Mgr Benoit Rivière vient régulièrement échanger, évoquent des réalités douloureuses sans pour autant bannir le mot espoir.

Frédéric et Florence« Je me lève le matin, je pars voir mes prés, je vois mes vaches. Je ne suis pas encore prêt à lâcher tout ça. Être éleveur, c’est un mode de vie », confie Frédéric. Et pourtant, comme un certain nombre de ses pairs confrontés à une double peine (plus de charge de travail entraînant des problèmes de santé pour un revenu moindre)  il a dû se résoudre à 42 ans à quitter partiellement son métier en ayant l’opportunité de devenir formateur dans un CFA (Centre de Formation Agricole), à 60% de son temps… et à 3 km de sa ferme.

Au cœur de la Sologne bourbonnaise, près du village de Rigny-sur-Arroux où il a repris l’exploitation héritage de sa famille depuis près d’un siècle, les nombreuses plaques de concours agricole qui ornent l’une des dépendances, témoignent de temps nettement moins durs.

L’obligation de se reconvertir

« Je suis tombé dans la marmite petit », sourit Frédéric. Après avoir décroché un bac technique d’études agricoles, il s’est installé en 1996, en pleine période de crise de la vache folle en Angleterre. « J’ai connu, raconte-t-il, les premiers aléas sanitaires après près de quarante années de stabilité. » À ces difficultés s’ajoutent pour les éleveurs le poids de leurs emprunts, leur extrême dépendance vis-à-vis de la grande distribution, toute puissante et peu équitable en matière de marges commerciales, la mode du vegan, la raréfaction des boucheries et, cette année, la canicule qui a obligé dès le mois d’août à puiser dans le fourrage de l’hiver. Cela malgré la commercialisation d’un produit haut de gamme, la viande charolaise, sur laquelle « ils n’arrivent pas à apporter une plus-value ».

Citant un conseiller de la chambre d’agriculture, Frédéric estime qu’aujourd’hui un tiers des éleveurs de Saône-et-Loire sont en précarité. « En une année sur une zone de 100 km, nous avons connu une vague d’environ une dizaine de suicides », ajoute son épouse. Florence, ancienne « responsable qualité » en boucheries, est aujourd’hui responsable de la communication pour une coopérative d’éleveurs. Fille d’agriculteurs, elle a soutenu sans hésiter son mari lorsque celui-ci a dû se reconvertir. Souffrant d’hernies discales, Frédéric est en effet allé à l’encontre de l’inconscient de sa profession en revoyant à la baisse son cheptel et ses terres, de façon à y intervenir le moins possible. Il est passé de 110 hectares, puis 140 hectares à 78 et de 170 puis 220 bêtes à 95. Il sous-traite les travaux mécanisés (foins, moisson, entretien des parcelles) et emploie un salarié pour la période hivernale. Il importe uniquement de la luzerne bio (bourrée de protéines) et pour le reste produit les céréales qui lui sont nécessaires : seigle, avoine, des pois, méteil, triticale.

Garder l’espoir

En avance sur son milieu, Frédéric a également adhéré à une coopérative de filière bio à circuit court, ses charolaises étant vendues dans des boucheries ou des marchés sur un rayon de 100 km. « Plus que des réformes, il faudrait, explique-t-il, réinventer le système en fonction des attentes de la société, en prenant en compte le bien-être des animaux et la biodiversité des paysages ». C’est sans doute avec cette philosophie et cette éthique que l’éleveur forme en agronomie et zootechnie des jeunes en CAP, Bac Pro et Brevets Pro qui rêvent de s’installer comme agriculteurs. « Ils m’apprennent, dit-il, autant que je leur apprends ». « Tu aimes beaucoup les voir évoluer au cours de leur année scolaire », commente Florence. Avec la même admiration, elle souligne : « Tu aimes bien expérimenter. Depuis que je te connais tu améliores ton système ».

Pour ce couple de chrétiens pour qui la foi signifie « garder l’espoir », le projet pastoral diocésain pour le monde agricole de Mgr Rivière (visites pastorales aux agriculteurs, plus grande implication des communautés paroissiales à ce monde, création de petites équipes en doyennés intégrant des agriculteurs actifs) ne peut être que bénéfique. « Ce n’est pas à l’Église d’avoir des solutions mais elle peut apporter une petite lumière et faire que les agriculteurs qui se sentent souvent très seuls soient plus sereins grâce à ces groupes d’échange », estime Florence. Frédéric insiste : « Oui, il y a la solitude mais le pire c’est la culpabilité, le sentiment d’échec qui engendre beaucoup de souffrance ».

Chantal Joly

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