Mgr Luc Crepy, évêque du Puy-en-Velay

Ordonné évêque le 12 avril 2015, Mgr Luc Crepy a pris la succession de Monseigneur Henri Brincard décédé en 2014. Au niveau national, il est président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie (CPLP) de la Conférence des évêques de France.

Venant du séminaire interdiocésain d’Orléans puis de la Congrégation de Jésus et Marie à Rome, vous avez été ordonné évêque en 2015, quelles ont été vos premières impressions ? Connaissiez-vous le diocèse du Puy-en-Velay ?

5 novembre 2016 : Mgr Luc CREPY, évêque du Puy, président de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie (CPLP) de la Conférence des évêques de France

J’étais à Rome en avril 2015 quand j’ai appris que j’étais nommé évêque du Puy-en-Velay. Je n’étais venu qu’une fois dans le diocèse en 2012-2013.  A mon arrivée, j’ai visité les acteurs pastoraux et communautés paroissiales. J’ai pu découvrir la réalité locale majoritairement rural.

Quels sont à vos yeux les forces de ce diocèse ?

Nous avons une grande tradition chrétienne ancrée dans le diocèse. Le sanctuaire de Notre-Dame du Puy-en-Velay date du Ve siècles. Au Moyen-Age, le sanctuaire était renommé comme celui de Lourdes aujourd’hui. Le diocèse rayonne aussi par ses pèlerinages mariaux. La Vierge Marie est très priée dans le diocèse. Les communautés chrétiennes sont vivantes et le nombre de prêtres est relativement important pour la taille du diocèse : 80 prêtres actifs pour un diocèse de 230 000 habitants. La plupart sont retraités mais toujours à l’œuvre. Mon prédécesseur Monseigneur Henri Brincard avait lancé un travail pour la formation d’animateurs laïcs en pastorale. Ils sont près d’une quarantaine au total.

Quels sont les défis qui vous attendent ?

Les communes et le diocèse sont confrontés aux mêmes problématiques : la désertification des bourgs, le manque de jeunes ou les suicides d’agriculteurs. La Haute-Loire est située à 800 mètres d’altitude. Il y a peu d’habitants dans certaines contrées, et les hivers sont très durs. Autre difficulté – comme dans de nombreux diocèses – celle des vocations. Nous n’avons qu’un séminariste en formation.

Quelles sont vos priorités pastorales dans le diocèse pour les mois à venir ?

La pastorale des jeunes est un des domaines qu’il nous faut relancer en priorité. Je rencontre les jeunes à travers les aumôneries des collèges, des lycées, et la pastorale des vocations. De nouvelles initiatives se mettent en place comme la pastorale des étudiants. Le Puy-en-Velay n’est pas malheureusement pas une ville universitaire. Les offres de formation se limitent à l’IUT ou des carrières sanitaires et sociales.

Dans les nouveautés : deux ensembles paroissiaux ont été mis en place cette année dont Notre-Dame de La Faye en juillet 2019. Quel intérêt à regrouper les communautés catholiques chrétiennes ?

Le diocèse est découpé en trente ensembles paroissiaux. Cette année, nous avons créé la reconnaissance de deux nouveaux ensembles. Ils existaient déjà dans le fonctionnement mais il ne manquait plus que la création. Un ensemble paroissial n’est pas une fusion de paroisses. Il peut être composé de 4, 10 ou 25 petites paroisses qui gardent leurs structures. Nous avons mutualisé nos moyens au travers d’une équipe de prêtres et une équipe d’animation pastorale (EAP). Dans le monde rural, le grand point d’attention, c’est la proximité de l’Eglise. Le risque, si on fusionne tout en une seule paroisse, c’est que tout se passe dans le lieu central. Mais que ferait-on des 25 autres petits clochers éloignés du point central ? Nous devons garder ces entités locales. C’est pourquoi, nous avons mis en place dans chaque petit clocher des veilleurs. Des hommes ou des femmes pour signifier la présence de la paroisse des villages.

En février 2019, vous aviez publié avec les évêques de la Province Auvergne une lettre pastorale : « Espérer au cœur des mutations du monde rural », rappelant ainsi le rôle de l’Église dans l’accompagnement des changements que connaissent les territoires ruraux (dévitalisation, évolution mode d’agriculture, nouveaux arrivants…).  En quoi était-il important de mettre en route une réflexion de la part de l’Église et de créer une équipe interdiocésaine ?

indexLes diocèses de Clermont, de Moulins, de Saint-Flour et du Puy qui forment la Province d’Auvergne sont des diocèses ruraux. La question de la ruralité est importante et l’Église n’est pas en dehors de cette situation sociale ou économique. Les thèmes de la désertification, de la revitalisation ou de la redynamisation sont des préoccupations qui touchent aussi bien les paroisses que les communes. Il nous a semblé intéressant – avec un groupe de laïcs des quatre provinces – de réfléchir à ces questions. Qu’est-ce que l’Église peut apporter ? Comment peut-elle collaborer ? Comment pouvons-nous être à l’écoute des réalités du monde rural?  Nous avons rappelé qu’il est possible d’espérer au cœur des mutations du monde rural. Nous essayons de voir comment nous pouvons être plus solidaires dans les coins difficiles et comment nous pouvons encourager la vitalité dans les zones rurales ?

La question de l’avenir de la planète est une question cruciale pour de nombreux chrétiens. Le mois de septembre sera consacré au mois de la Création, comment le diocèse du Puy s’engage-t-il au quotidien dans l’écologie ? Des églises ont-elles obtenu le label « Église Verte » ?

Suite à l’Encyclique du Pape, Laudato Si‘, la question de l’écologie a commencé à être portée dans bon nombre de communautés. Les choses prennent du temps pour se mettre en route. J’ai suivi – il y a trois ans – un cycle de formation sur l’écologie intégrale. Nous avons créé dans le diocèse une commission œcuménique « Maison commune » où ses membres se penchent à la fois sur l’écologie intégrale et la transition écologique. Quelques paroisses se sont inscrites pour obtenir le « Label Église Verte ». Pour le mois de la Création, nous avons clôturé les festivités – de manière œcuménique – avec une célébration et un temps de prière à Brioude.

Comment s’organise le dialogue œcuménique ?

La Haute-Loire et l’Ardèche ont été marquées par les Guerres de Religion avec les « Dragonnades de Louis XIV ». La mémoire est encore un peu douloureuse. La communauté protestante a été importante dans ces deux départements. En Haute-Loire, le village de Chambon-sur-Lignon a été reconnu comme un village de « Justes » par la communauté juive. Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux enfants juifs ont été cachés par des familles protestantes. Ce mouvement a été lancé par le pasteur André Trocmé (1901-1971) mais toute la population locale protestante a réalisé un travail de résistance face aux Nazis en cachant ces enfants. Cette communauté protestante est encore très vivante. De forts liens œcuméniques se sont tissés entre nos deux communautés sur ce plateau altiligérien. Nous participons à des rencontres, à des partages d’évangile et à une célébration œcuménique lors de la Semaine de l’unité des chrétiens

… et au niveau du dialogue interreligieux ?

L’Église – au sein de la société – est partie prenante du dialogue interreligieux. Elle travaille à plus de compréhension, de liens sociaux et de paix social. Les conflits entre communautés religieuses sont catastrophiques. Il faut les éviter en multipliant les relations amicales et en favorisant une écoute mutuelle dans le respect des différences de chacun. Nous ne partageons pas la même foi mais nous partageons nos différences. Nous pouvons vivre le dialogue interreligieux si chacun reconnait à la fois la spécificité de sa propre religion et la spécificité de la religion de l’autre. Par exemple, nous avons organisé à l’évêché une rencontre interreligieuse pendant 48 heures au Puy-en-Velay avec l’imam et avec Mgr Jean-Marc Aveline, président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux. Nous avons partagé un repas et rencontré des lycéens. Nous pensons que la question de l’islam doit être abordée avec la jeunesse.

Comment appliquez-vous au quotidien ce dialogue interreligieux ?

Il existe au travers de rencontres régulières avec le groupe de Dialogue interreligieux (DIR). Les chrétiens et les musulmans échangent sur les caractéristiques de la prière chrétienne ou de la prière musulmane. C’est un apprentissage permanent. Il faut tisser des relations avec les autres avant de parler des questions théologiques et apprendre à se connaitre mutuellement.

La ville du Puy-en-Velay est un lieu important de pèlerinage, point de départ historique pour Saint-Jacques de Compostelle. En quoi irriguent-ils la vie des communautés chrétiennes ?  Des autres sanctuaires ? Quelle est l’importance du lieu « Le Camino » pour les pèlerins ?    

06 mai 2011 : La statue Notre-Dame de France domine la ville depuis le rocher Corneille. Le Puy-en-Velay (43), France. May 06, 2011: Notre-Dame de France, Le Puy-en-Velay (43), France.

Depuis la fin du premier millénaire, l’évêque du Puy Godescalc (950) a été répertorié comme un des premiers pèlerins français à s’être rendu à Santiago. A son retour, il a suscité le pèlerinage du Puy à Compostelle. C’est un des grands départs historiques du chemin de Saint-Jacques. Environ 35 000 pèlerins partent chaque année. La moitié (17 000 pèlerins ) vient à la messe matinale de 7 heures pour recevoir la bénédiction des pèlerins. La veille un accueil des pèlerins est assuré au « Camino ». Ce lieu d’accueil a été pensé et construit par Monseigneur Henri Brincard, mon prédécesseur. Dès 17h30, les jacquaires sont accueillis par les bénévoles qui ont déjà réalisé le chemin de Saint-Jacques. Ils leur donnent des conseils pratiques comme le poids du sac, choix d’itinéraire ou les hébergements…

Vous évoquiez le chiffre de 35 000 pèlerins qui partent cela doit dynamiser la pastorale du tourisme…

15 mai 2015 : Silhouette d'une pèlerin sur le chemin du monastère de San Juan de la Pena. Voie d'Arles. Pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle. France. May 15, 2015: On the road to Santiago de Compostela. France.

La fréquentation du chemin de Saint-Jacques de Compostelle dynamise la pastorale du tourisme et des loisirs mais c’est un tourisme très éphémère ! Les pèlerins viennent – la veille de leur départ – au « Camino » où à la cathédrale mais ils sont très pressés de commencer le chemin. Sur la route, ils marchent, ils n’ont pas le temps de discuter avec les paroissiens locaux. C’est seulement le soir qu’ils peuvent profiter d’une rencontre ou d’un temps de prière. Par exemple à Saugue, une équipe accueille en permanence les pèlerins à partir de 15h dans l’église. Une messe est proposée le soir. Nous essayons que le chemin ne soit pas qu’une marche touristique mais qu’il garde pleinement sa dimension spirituelle.

Avez-vous effectué le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle (GR65) ?

Pendant une semaine, j’ai marché 220 kilomètres jusqu’à Conques (NDLR. Diocèse de Montauban). Je compte repartir en 2020 une semaine. Le chemin de Saint-Jacques – dans son intégralité – dure entre deux mois environ. Je ne peux pas m’absenter pendant deux mois ! Mais c’était une très belle expérience ! Quand j’échange avec les pèlerins, au moins sur les 200 premiers kilomètres, je sais de quoi je parle !

Le diocèse a ouvert le procès canonique en vue de la béatification et de la reconnaissance de 24 martyrs dont François Mourier pendant la Terreur (1793-1794).  Qui étaient-ils ? Pourquoi le diocèse du Puy s’est engagé dans cette démarche ?

Pendant la période de la Terreur (1793-1794), de nombreux chrétiens ont témoigné de leur foi. On interdisait aux prêtres d’exercer leur ministère. Certains ont manifesté le courage de vivre et d’être témoin de leur foi. D’autres ont été cachés de fermes en fermes au prix de leurs vies. Dans les vingt-quatre personnes que nous soumettons à l’Eglise – en vue qu’elle reconnaisse leurs martyrs – il existe une famille de sept enfants qui a été guillotinés au Puy-en-Velay car ils avaient hébergé un des prêtres. Dans les familles de descendants, la mémoire est encore vive. Il était important – à la demande des familles de soumettre vingt-quatre noms à la Congrégation des causes des saints.

Au niveau national, vous êtes président de la Cellule permanente de lutte contre la pédophilie, quel regard portez-vous sur le travail effectué ?        

12 février 2019 : Mgr Luc CREPY, évêque du Puy-en-Velay, pdt de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie (CPLP), Mgr Olivier RIBADEAU DUMAS, secrètaire général et porte parole de la Conférence des évêques de France et Ségolaine MOOG, déléguée des évêques de France pour la lutte contre la pédophilie, auditionnés lors de la commission sénatoriale d’information sur les politiques de prévention, de détection, d’organisation des signalements et de répression des cas d'infractions sexuelles susceptibles d’être commises par des personnes en contact avec des mineurs dans le cadre de l’exercice de leur métier ou de leurs fonctions. Sénat, Paris (75), France.

Nous avons travaillé au cours de ces dernières années sur une meilleure compréhension des enjeux des abus sexuels en particulier sur les enfants et les jeunes à travers le témoignage, et l’écoute des personnes victimes. La rencontre avec les personnes victimes a permis de comprendre – de manière très précise et douloureuse – ce qui se joue dans un abus sexuel pour un enfant : la gravité et le traumatisme. C’est un abus spirituel. L’enfant est abusé par quelqu’un en qui il met sa foi et sa confiance.

Il faut passer un stade important de la lutte contre ce fléau à travers un travail d’information et de prévention. Un grand travail a été effectué sur le processus de dénonciation d’un abus par une personne victime. Comment une enquête se met en place ? Comment la justice civile est saisie ? Comment la justice de l’église est saisie ? Comment faut-il ou ne pas prendre des mesures de précaution face à tel auteur d’abus ? Comment accompagner les auteurs ?  Pour les évêques – premiers et derniers responsables dans leur diocèse, il faut savoir ce qu’on fait de ces personnes depuis l’accueil de ces personnes victimes jusqu’à l’accompagnement. Des commissions se sont mises en place à la Conférence des évêques de France (CEF) pour réfléchir à la dimension mémorielle. Comment ne pas oublier ces actes condamnables ? En parallèle, il y aura aussi un geste de réparation pour que les personnes se sentent reconnus par l’Eglise comme victimes.

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