« La personne en situation de handicap est un trésor pour l’Église »

Au sein de la Pastorale de la santé du diocèse d’Angoulême, Bruno Lemaire est responsable depuis deux ans de la Pastorale des personnes handicapées (PPH). Sa mission : accompagner les adultes handicapés dans leur vie quotidienne à la lumière de l’Évangile. Il a ouvert en parallèle des chambres d’hôtes en pension complète pour personnes handicapées à Rouillac (Charente).

INTERVIEW

Quand avez-vous pris les rênes de la Pastorale des personnes handicapées ?

Bruno LemaireAprès plusieurs années d’activités professionnelles en région parisienne, nous avons décidé – avec ma famille – de nous installer, il y a cinq ans, en Charente. À mon arrivée dans le diocèse d’Angoulême, Monseigneur Claude Dagens (NDLR évêque émérite du diocèse d’Angoulême) savait que j’avais eu des responsabilités au sein de la pastorale de la santé à Versailles. Il m’a proposé de prendre en charge cette mission dès 2014. J’ai réuni une équipe de dix membres composée de personnes issues du monde professionnel, de personnes en situation de handicap ou des parents proches. Nous gérons un travail de coordination.

Quelles démarches avez-vous lancé à votre arrivée ?

J’ai réalisé un état des lieux des initiatives existantes sur le diocèse. En octobre 2015, nous avons envoyé un questionnaire à de nombreuses responsables dans l’Eglise. Sur les vingt-cinq réponses, nous avons réalisé une synthèse globale qui nous a permis de dégager des priorités en septembre 2016. Nos quatre axes tournent autour du thème de l’inclusion car nous souhaitons favoriser davantage le covoiturage, améliorer les liens entre les paroisses et les établissements qui accueillent sur leurs territoires des personnes handicapées, favoriser l’intégration des personnes handicapées dans les équipes d’animation et les conseils paroissiaux et aussi rendre plus facile l’accessibilité des sites.

Pourquoi le thème de l’inclusion est-il si important ?

Nous nous sommes rendus à Lourdes en septembre 2016 avec huit personnes pour un rassemblement : « Passionnément vivant ». Des personnes en situation de handicap prenaient la parole. L’objectif : était aller vers une Église inclusive. Le thème de l’inclusion nous a semblé évident car il ne s’agit pas seulement d’accueillir l’Autre mais d’évoluer et faire faire bouger son regard sur le handicap.

Sous l’impulsion de ce déplacement à Lourdes, vous avez eu l’idée de lancer un premier colloque : « Dans le pays des bulles, faisons-les éclater » à Angoulême en avril 2018…

Ce colloque a été un temps de parole pour tous. Nous n’avions qu’une seule règle : donner la parole qu’aux personnes en situation de handicaps (moteurs, mentales et psychiques). Nous avons eu la chance d’écouter le témoignage de Marie-Caroline Schürr, qui a rédigé un livre sur son handicap intitulé : « Out of the box ».

Quelles difficultés rencontrent-elles au quotidien ?

Des difficultés d’ordre pratique comme se déplacer, manger ou même être respecté. Lors du colloque, nous avons aborder la question de la différence. Le handicap peut faire peur. Ces réactions sont compréhensibles. Car nous ne savons pas toujours comment nous y prendre. On porte des barrières mais il n’y a pas de barrières à avoir avec le handicap.

Vous avez été bercés par le film de Jean Vanier : « Le sacrement de la tendresse » de Frédérique Bedos sorti en janvier 2019. Un film qui aborde le thème de l’exclusion…

Le film nous a justement inspirés le titre de notre prochain colloque : « Au cœur de l’inclusion, la rencontre de la tendresse » qui aura lieu le 30 mars 2019.  Nous cheminons en église et on se laisse guider. Nous devons plus travailler sur le thème de l’exclusion. La personne en situation de handicap est un trésor pour l’Église et le service de la pastorale pour les personnes handicapées aide les personnes handicapées qui doivent prendre toute leur place dans l’Église.

Quels sont les projets que vous souhaitez développer ?

Nous voulons développer un partenariat avec l’Association parentale au service du handicap (ADPEI) et renforcer nos liens avec les aumôneries de jeunes professionnels dans des établissements spécialisés. Nous avons cette grande chance en Charente d’avoir trois communautés de l’Arche qui sont implantées. Cette association met la spiritualité en avant dans la vie communautaire.

Quelles difficultés rencontre le service de la Pastorale actuellement ?

De nombreuses personnes en situation de handicap vivent en foyer de vie ou en internat. Notre difficulté, d’une part est de trouver aussi des établissements qui peuvent accueillir des personnes handicapées, d’autre part et que celles-ci concilient à la fois leur handicap et une spiritualité. L’Arche dynamise l’Église de Charente. Dans la région Nouvelle-Aquitaine, trois des quatre communautés de l’Arche sont situées dans le Département : à La Merci, Les Sapins et Cognac. Elles regroupent quatre-vingt membres dans chaque communauté. Quand Jean Vanier a créé l’Arche en 1964, le Carmel de Cognac a offert à Jean Vanier une ferme à Courdiac. Ce lieu est devenu la deuxième communauté de France.

Vous avez eu des demandes pour des jeunes qui demandent le sacrement. Comment gérer la situation de handicap dans ce cas précis ? Quelles alternatives ?

Nous avons conduit deux sessions de préparation à la confirmation avec Mgr Gosselin en octobre 2016 et septembre 2018. Atteints de polyhandicaps ou de handicaps mentaux, ils ne pouvaient pas rédiger de lettre. Nous nous sommes adaptés à leur handicap. Nous avons réalisé de courtes vidéos que j’ai envoyées à Monseigneur Hervé Gosselin.

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