Mgr Mahuza Yava : « Je fais l’expérience de l’universalité de l’Eglise »

Seul Africain dans l’hémicycle, Mgr Charles Mahuza Yava, Vicaire apostolique de l’Archipel des Comores (Mayotte), participe à sa première Assemblée plénière, à Lourdes. Interview d’un chrétien en terre d’Islam, homme du Sud sensible à l’écologie. Entre deux averses…
 

Quelles sont vos premières impressions ?

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En venant, je me suis dit que j’étais en train de faire un saut dans le vide. Je me suis demandé comment j’allais être accueilli en tant qu’Africain qui représente Mayotte, un département français. Je suis arrivé avec beaucoup de crainte, de peur et même une certaine inquiétude. Grande a été ma surprise. A l’aéroport d’Orly, un des évêques m’a abordé. Il a vu mon col romain et m’a salué en m’appelant « Père ». J’ai répondu que j’étais évêque, que j’allais aussi à Lourdes et je me suis présenté. Là, c’était parti. Tout le monde était intéressé. J’ai été très impressionné par cet accueil de mes frères évêques. Je suis en train de vivre dans une ambiance de fraternité et de convivialité. Mes inquiétudes se sont envolées comme si on appuyait sur un bouton. Je suis très heureux, non seulement car je suis accueilli comme un nouveau venu, mais aussi parce que je vois chez les autres cet intérêt de savoir ce qu’est Mayotte, comment y est l’Eglise. Cela m’encourage ! Je me sens accepté dans cette assemblée où personne n’est indifférent. Cela me donne beaucoup de joie.
 

Quels sujets suivez-vous particulièrement ?

Tous ! Où que l’on soit, la famille est une problématique intéressante. Le monde est devenu un village. Nous n’avons pas encore de familles monoparentales mais ça ne m’étonnerait pas que ça arrive un jour chez nous. Nous avons aussi parlé de la situation des familles à la conférence épiscopale de l’Océan Indien. Ce qui est dit est une réalité à affronter. Peut-être devrions-nous voir comment nous comporter, comme Eglise, face à la question de la famille. L’autre point, c’est le dimanche. Nous vivons dans un milieu musulman. Heureusement que chez nous, c’est chômé. Si ce n’était pas le cas, je me demande comment nous pourrions dire que dimanche est le « jour du Seigneur », qu’il est consacré à la prière. Pour les Musulmans, c’est un jour de repos mais pour nous, c’est ce qui nous lie à notre Seigneur. Nous avons aussi parlé écologie. Je dirais que c’est nous, dans le Sud, qui subissons les effets négatifs. Si je me place dans un milieu africain, nous vivons avec la nature. Nous devons apprendre aux gens à respecter le milieu naturel que le Seigneur nous a donné. L’homme n’est pas supérieur à la nature. Nous devons vivre en harmonie avec elle. L’exploitation du bois est un problème. On pourrait peut-être interpeller les gouvernements qui ne font rien. Et si tout le monde pouvait avoir de l’électricité, je crois que cela épargnerait nos forêts. La nature, ça nous parle ! Nous sommes liés à elle. Je n’ai pas encore osé prendre la parole dans l’hémicycle… J’observe et j’écoute.
 

Comment est-ce que Lourdes porte l’Assemblée des évêques ?

Qui dit Lourdes, dit la Vierge Marie. Marie, c’est notre Mère. Qu’elle apporte tout ce que nous en sommes en train de débattre auprès de son Fils. Peut-être qu’elle peut même aller, comme à Cana, Lui dire : « Ils n’ont plus de vin ». C’est un lieu bien indiqué, je pense, pour de telles rencontres. Que nous soyons aux pieds de notre Mère nous donne aussi l’occasion de nous unir en prière. Lourdes est un lieu de prière. Dans une Assemblée comme celle-ci, la prière a bien sûr sa place. Ici, je fais l’expérience de l’universalité de l’Eglise. Congolais, je me retrouve missionnaire aux Comores et à Mayotte, puis dans l’Assemblée la Conférence épiscopale française où je suis accepté. Si certains doutent encore, je peux témoigner que notre Eglise est vraiment universelle !
 

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Un évêque missionnaire

Natif du Congo, Mgr Charles Mahuza Yava est prêtre de la Société du Divin Sauveur, ordre qui a remplacé les Capucins aux Comores. Supérieur provincial de la province salvatorienne africaine (francophone) jusque fin 2009, il a été le maître d’œuvre de ce changement et… l’un des missionnaires. Il se souvient : « J’étais là début janvier 2010. Le 1er mai, j’ai été nommé évêque ! » Sa croix pectorale renferme une relique de Sainte Brigitte dont le sanctuaire en Pologne est animé par les salvatoriens.
 

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