Les évêques s’interrogent sur l’indifférence religieuse et la visibilité de l’Eglise

Introduisant les échanges, Mgr Claude Dagens a rappelé le contexte et l’importance du sujet : l’indifférence religieuse grandit dans une société sécularisée. La Tradition chrétienne et l’Eglise catholique sont méconnues, souvent marginalisées ou dévalorisées. Dans le même temps, si de nouvelles formes de visibilté apparaissent, la visibilité de l’Église décroît.
« Devant cette situation où la présence et la mission de l’Eglise sont à l’épreuve, ne faut-il pas prendre des initiatives pour manifester la visibilité de l’Eglise ? Face à l’indifférence qui grandit, ne faut-il pas renforcer tout ce qui contribue à la présence de l’Eglise ? », s’est interrogé Mgr Dagens, soulignant que relever ces défis signifiait passer d’une « inquiétude justifiée à un discernement spirituel, à une lecture de notre histoire. »
« Si le travail spirituel est le travail de l’Esprit de Dieu, il n’y a rien à craindre. L’Esprit-Saint est aussi à l’œuvre chez des hommes et des femmes qui ne font pas partie du monde catholique. En quel Dieu croyons-nous vraiment ? … Nous ne cherchons pas à faire face à l’indifférence, nous essayons de la comprendre ».
Il a souligné la nécessité de préciser la notion de visibilité de l’Eglise qui doit, avant tout, renvoyer au Christ. « La visibilité ne peut être une fin en soi » a-il insisté.

L’expérience spirituelle est un terrain privilégié de l’évangélisation

Le père Jean-Pierre Longeat, abbé de Ligugé, a ensuite évoqué l’expérience spirituelle comme terrain privilégié d’évangélisation : « Ce qui nous indiffère, c’est ce qui nous atteint pas » a-t-il déclaré, se rapprochant de la pensée de Saint-Benoît : Qui est l’homme qui cherche la vie ? Le Christ est là au milieu de la multitude. Nous ne sommes plus seuls puisque quelqu’un est venu et m’a parlé… « La tentation de l’indifférence se confronte au désir d’Amour du cœur de l’homme ».
« L’amoureux n’a pas besoin de se montrer pour être au milieu des autres, a-t-il rappelé. Cela se voit sans que cela se montre ! ». Les fruits abondent au-delà d’un «sérail ecclésial».
Il s’est ensuite interrogé sur la recherche de visibilté : « Plutôt que vouloir maîtriser la visibilité sociale, ne vaut-il pas mieux inviter chacun à stabiliser sa filiation divine? Nous ne sommes pas faits pour avancer en solitaire. L’unité fraternelle se réalise dans le partage du bien commun. Ceux et celles qui sont en marge au bord du chemin attendent l’essentiel. Le langage de l’Amour est une œuvre d’art ».

Conditions et exigences de l’inscription chrétienne dans notre société sécularisée

« L’indifférence, a affirmé le philosophe Guy Coq, est ne pas être capable de rendre compte. Est-on indifférent à ce dont on ne soupçonne pas l’existence ? ».
Il a lancé un appel pressant à la mémoire et à l’histoire précisant que « faire de la visibilité un but en soi est dangereux » et que « l’excès de visibilité de l’Eglise est contraire avec une présence ». Il ne faut pas entrer dans une logique du paraître car la visibilité est une conséquence, elle n’est pas le but. Dans une période de « décomposition sociale », Guy Coq a rappelé la nécessité pour nos communautés chrétiennes d’être des lieux de construction.
Deuxième volet : les mémoires sont en crise. Guy Coq parle de « mémoire sombre de l’Eglise » faisant référence par exemple à l’Inquisition. Cette mémoire « brouille l’image de l’Eglise d’aujourd’hui, filtre le négatif et occulte le positif ». Le christianisme est inscrit dans la culture. Il faut avoir une relation juste avec le passé qui éclaire l’avenir.

L’évangélisation peut se déployer dans le monde aujourd’hui

Gérard Testard, ancien président de Fondacio international, a fait part de son expérience vécue par la communauté nouvelle et perçoit un «printemps pour notre pays». Comment penser la mission en termes de présence. Il a cité cinq approches : le témoignage, l’annonce kerygmatique, les spectacles pour les jeunes, la liturgie et le service des pauvres. « Il faut se tenir à la fenêtre du monde pour le comprendre et s’engager … développer la confiance et la convivialité, donner du crédit à la parole, vivre en tout temps la communion, parler plutôt du Christ avec les jeunes avant de parler de l’Eglise», a-t-il partagé.

 

En novembre 2007, l’Assemblée plénière décidait de la création d’un goupe de travail sur « l’indifférence religieuse et la visibilté de l’Eglise » dans la société actuelle présidé par Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulème.
De quoi parle-t-on quand on parle d’indifférence religieuse et de visibilité de l’Eglise? Que sommes-nous appelés à rendre visible et audible dans une société sécularisée?
Mercredi 6 novembre, trois experts ont apporté leurs témoignages et leurs éclairages : le père Jean-Pierre Longeat, abbé de Ligugé, le philosophe Guy Coq et Gérard Testard, président de Fondacio International.

 

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Un groupe de travail sur l’indifférence religieuse et de la visibilté de l’Eglise

En novembre 2007, l’Assemblée plénière décidait de la création d’un groupe de travail sur le sujet de l’indifférence religieuse et de la visibilté de l’Eglise présidé par Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême. En avril 2008, un dossier a été remis aux évêques, à une quinzaine de diocèses et à la Conférence monastique de France intéressée par le sujet.
Lors de l’Assemblée de novembre 2008, les évêques sont invités à réfléchir ensemble à ce sujet essentiel pour l’Eglise et la société autour de trois temps forts : une table ronde, le 5 novembre, avec 3 experts, un temps d’échanges en carrefours le 6 novembre et une séance en Assemblée plénière le même jour pour décider des suites données à cette réflexion.

*Participent également à ce groupe : Mgr Jacques Blaquart, évêque auxiliaire de Bordeaux, Mgr Yves Patenôtre, archevêque de Sens-Auxerre et prélat de la Mission de France, Mgr Pascal Wintzer, évêque auxiliaire de Poitiers, le Père Hugues Derricke, prêtre de la Mission de France, secrétaire : père Jean Quris.

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