Quel est le lien entre la fête de Shavouot et la Pentecôte ?

La Communauté juive et la communauté chrétienne célèbrent une fois encore la même semaine et le même jour la fête juive de Shavouot (fête des semaines) le 20 mai (la célébration commence samedi soir 19 mai) et la fête chrétienne de la Pentecôte dimanche 20 mai.

Origine et sens

En hébreu, fête des semaines, est l’un des trois fêtes de pèlerinage prescrites par la Bible.

( « Tu célébreras la fête des Semaines, prémices de la moisson des blés, et la fête de la récolte au retour de l’année. » Ex 34,22 ;    » Le jour des prémices, (Yom HaBikurim) quand vous offrirez à Yahvé une oblation de fruits nouveaux, à votre fête des Semaines, vous aurez une sainte assemblée ; vous ne ferez aucune œuvre servile. » Nb 28,26) À l’origine fête agricole des prémices, (« Tu observeras la fête de la Moisson, des prémices de tes travaux de semailles dans les champs, et la fête de la Récolte, en fin d’année, quand tu rentreras des champs le fruit de tes travaux. » Ex 23, 16-17)

Cette fête ne correspond donc pas à un événement historique comme Pessah ou Souccoth mais la tradition y a rattaché le don de la Torah au Sinaï.

Cette fête est considérée comme le « Zman matan Toraténou » (le temps du don de notre Torah). Les Hébreux, rassemblés au pied de la montagne, reçurent les Dix Commandements gravés sur les tables de pierre, qui constituent les principes de base du judaïsme. Par extension, c’est à cette date que fut donnée à Israël la Torah toute entière, avec ses 613 Mitsvot. Ainsi, Chavouot est la fête de la Révélation, du don de la Torah et de l’acceptation de la Loi par l’ensemble du peuple.

Cette tradition renforce le lien avec Pessah : 50 jours après l’exode a lieu le don de la Torah, puisque  sa date n’est pas fixe dans la calendrier mais dépend de la date de Pessah : 7 semaines après la fête. Ainsi la délivrance matérielle inauguré avec la sortie d’Egypte s’achève par la libération spirituelle avec le don de la Loi. (E. Guggenheim, Le judaïsme dans la vie quotidienne, Paris, Albin Michel, coll. « Présences du Judaïsme », 1992 p. 164)

Le Midrash enseigne qu’il ne faut pas lire Hag hashavouot (« la fête des semaines ») mais Hag hashevouot (« la fête des serments ») car en ce jour, Israël a fait le serment irrévocable d’être fidèle à Dieu et Dieu a fait le serment irrévocable d’être fidèle à Israël. Les sages de la tradition l’ont donc comparé à un mariage entre Dieu et le peuple juif.

À l’époque du Temple, on offrait deux pains de blé. C’était le début des offrandes des « bikourim » (prémices) décrites dans la tradition comme une festivité solennelle et de grande importance.

La pratique contemporaine

Aujourd’hui la fête de Shavouot est célébrée comme un jour de fête avec comme tradition particulière de demeurer éveiller la première nuit de la fête pour étudier la Torah.

Une bénédiction particulière est insérée dans la birkat HaMazon. Enfin, au second jour de la fête, pendant l’office du matin, on récite la prière de Yizkor en souvenir des parents disparus.

Les lectures à la synagogue sont: le premier jour : Ex19,1-20,22 et Nb28, 26-31 avec comme Haftara , Éz1:1-28 et 3:12 ; le deuxième jour Dt15:19-16:17 (ou Dt 14:22-16:17)
Dans certaines communautés, on lit également à l’office le livre de Ruth.

Le lien avec la fête chrétienne

       Le livre des Actes situe explicitement le don de l’Esprit Saint sur les apôtres en ce jour de la fête  de Shavouot :

« Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Or il y avait, demeurant à Jérusalem, des hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel.  Au bruit qui se produisit, la multitude se rassembla et fut confondue : chacun les entendait parler en son propre idiome. Ils étaient stupéfaits, et, tout étonnés, ils disaient :  » Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ?  Comment se fait-il alors que chacun de nous les entende dans son propre idiome maternel ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d’Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d’Égypte et de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu ! « »  Actes 2:1-11

L’énumération de toutes les origines des auditeurs présents nous montre bien qu’il y a là les pèlerins montés à Jérusalem pour cette fête.

L’image du feu — conforme à la tradition juive de l’époque sur l’épisode de la révélation sinaïtique  — matérialise ce don de l’Esprit Saint, qui s’accompagne de sa manifestation par la glossolalie. Il faut en effet rappeler que l’expression inusuelle de « ils virent des voix », les commentaires juifs déduisent que soixante-dix langues de feu sortaient du Sinaï, que la voix se faisait entendre dans les soixante-dix langues du monde.

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