Trois couples figures de sainteté

vivre la sainteté

Vivre l’appel à la sainteté en couple, quel défi ! Saints canonisés par l’Église, saints de nos familles, connus ou non, des couples mariés mettent leurs pas dans ceux du Christ et répondent ensemble à leur vocation : s’édifier dans l’amour. Focus sur Frédéric et Amélie Ozanam, Félix et Élisabeth Leseur, Raoul et Marguerite Follereau. Par Florence de Maistre.

Frédéric et Amélie Ozanam : “un émerveillement renouvelé de la beauté de l’amour”

“Ni vous sans moi, ni moi sans vous”, écrit Frédéric à Amélie dans sa lettre du 26 avril 1841. Ils se sont fiancés cinq mois auparavant et vivent ce temps privilégié des premiers émois par voie épistolaire. Agrégé de lettres, il est nommé professeur à la Sorbonne à Paris. Elle est à Lyon chez ses parents. Il a déjà fondé la Société Saint-Vincent-de-Paul. Au service des plus démunis, il donne du sens à sa vie chrétienne, mais il s’interroge encore sur sa vocation profonde. Il rejette le mariage bourgeois et l’égoïsme à deux qui semble enfermer ses contemporains. Amélie n’est pas pressée de se marier non plus, toute dévouée à sa famille et à son frère paralysé. Tous deux ont soif de se donner en vérité. Ils se disent oui le 23 juin 1941. Il a 28 ans, elle est de onze ans sa cadette. Dans la vie conjugale, ils découvrent le chemin que Dieu leur a réservé pour grandir et rayonner de son amour. Ils partagent un quotidien de grande simplicité avec mille et une tendres attentions. Frédéric offre des fleurs chaque 23 du mois pour marquer leur jour J. Amélie soutient et accompagne la réflexion intellectuelle de son mari.

Le couple traverse diverses épreuves dont deux fausses couches et plusieurs séparations géographiques pour raisons de santé ou de travail, au cours desquelles chacun s’épanche dans des lettres intimes. La naissance de leur fille Marie unit encore plus le couple dans l’action de grâce. La vie de famille dilate le cœur des époux, qui au moment de la révolution de 1848, sont engagés au service de l’Église, unis à la détresse du monde. Puis Frédéric connaît la maladie avant d’être emporté à l’âge de quarante ans. Amélie poursuit son œuvre, rassemble ses écrits et les fait connaître. Le 22 août 1997, le pape Jean-Paul II proclame Frédéric Ozanam bienheureux : il est fêté le 9 septembre. Le P. Marcel Vincent, biographe, relève : “le couple Ozanam a vécu dans un émerveillement toujours renouvelé de la beauté de l’amour humain, pensant qu’il n’y avait rien de plus beau ni de meilleur sur terre et au ciel, parce que cet amour pouvait faire comprendre l’amour divin”.

Amélie Ozanam
Frederic Ozanam

Félix et Élisabeth Leseur : se confier dans l’amour du Seigneur

“Cette vie, je l’ai consacrée à Dieu ; je me suis donnée à lui dans un élan de tout mon être ; j’ai ardemment prié pour ceux que j’aime, pour celui que j’aime par-dessus tout… Il y a autour de moi beaucoup d’âmes que j’aime profondément, et j’ai une grande tâche à remplir auprès d’elles. Beaucoup aiment Dieu ou le connaissent mal. Ce n’est ni en polémiquant ni en discourant que je pourrai leur faire ce qu’Il est pour l’âme humaine. Par la sérénité et la force que je veux acquérir, je prouverai que la vie chrétienne est belle et grande et qu’elle apporte la joie avec elles”, écrit Élisabeth Leseur, née Arrighi, dans son journal tenu entre 1866 et 1914. Celui qu’elle aime par-dessus tout partage sa vie. Il s’agit de Félix Leseur qu’elle épouse le 31 juillet 1889 en l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés à Paris. Les jeunes mariés s’aiment tendrement, partagent la même sensibilité intellectuelle et artistique. Elle est animée d’une foi profonde, sûre que Félix retrouvera celle de son enfance.

Concerts, bals, soirées théâtrales, réceptions mondaines, voyages : tout semble sourire à ce couple élégant et vif du Paris de la Belle Époque. Malgré une santé fragile et profondément blessée par l’impossibilité d’enfanter, Élisabeth accompagne son mari partout. Elle désire plus que tout le rendre heureux et se laisse étourdir par les feux de la réussite. L’époux aimant communie avec l’intelligence et le courage de sa femme, sans comprendre sa grandeur d’âme. Il cherche à la détourner de la foi, qu’il confond avec de la mièvrerie. C’est alors qu’Élisabeth y revient secrètement, offrant chaque peine et souffrance pour le salut de Félix, multipliant les attentions envers ses convives et son entourage. À quelques mois de leur vingt-cinquième anniversaire de mariage, Élisabeth retourne au Père. Les mots de son journal témoignent de son espérance, de cette force d’amour qui vient de Dieu. Bouleversé, Félix se convertit, entre chez les Dominicains et est ordonné prêtre, selon la prophétie de son épouse. Élisabeth devient Servante de Dieu en 1936. Pour Bernadette Chovelon, biographe du couple, “dès le début de son mariage, Élisabeth a été persuadée que l’athéisme militant de son mari retomberait sur lui en pluie de grâces”.

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Elisabeth Leseur

Raoul et Marguerite Follereau : “Bienheureux ceux qui aiment. Le Seigneur les bénira”

“La plus grande chance de ma vie, ce fut ma femme. Lorsque nous décidâmes de nous marier, nous avions trente ans à nous deux ; nos parents furent sages qui en sourirent. Plus de cinquante ans ont passé ; c’est nous qui sourions aujourd’hui. Jamais je ne fis un seul voyage sans elle. Elle m’a accompagné dans toutes les léproseries du monde ; elle fut mon soutien, toujours”, confie Raoul Follereau dans La seule vérité, c’est de s’aimer, publié aux éditions Flammarion en 1966. Raoul et Madeleine se rencontrent en 1917 à Nevers, alors qu’adolescents, ils vendent des bleuets au profit des blessés de guerre. Le jeune homme manifeste déjà de grands talents d’orateur et une foi vivante. Sa première conférence “Dieu est amour” est suivie de plusieurs publications précoces, dont en 1922 Le livre d’amour, dans lequel il écrit : “Bienheureux ceux qui aiment. Le Seigneur les bénira”. Raoul et Madeleine se marient le 22 juin 1925 et s’installent à Paris. Il devient un auteur prolixe et un fervent défenseur de la culture gréco-latine. Elle est discrète, empreinte de simplicité, et de toutes les aventures !

La première les entraîne en Amérique du Sud, avant de partir en reportage en Afrique du Nord sur les traces de Charles de Foucauld en 1936. La spiritualité de l’ermite du Hoggar édifie le couple. Ils découvrent aussi là la réalité des lépreux, qu’ils reçoivent comme un appel intérieur : servir tout homme et bâtir la paix. Dès 1943, Raoul et Madeleine s’engagent dans la défense des lépreux, alertent l’opinion, récoltent des dons, visitent les léproseries du bout du monde. Le couple uni mais sans enfant endure tout : les milliers de kilomètres, les dangers, les visions d’horreur des corps mutilés par la maladie. Ensemble, ils sourient, réconfortent les plus jeunes, témoignent de leur affection et sèment la joie. Yvon Pinson, vice-postulateur de la cause de béatification de Raoul et Madeleine Follereau souligne : “Au lieu d’attendre une procréation qui ne venait pas, une fécondité naturelle qui ne viendrait plus, les Follereau ont ouvert leur cœur et se sont tournés vers les plus pauvres des hommes, les lépreux et cela par amour, devenant pour eux un père et une mère”. Raoul s’éteint en 1977, Madeleine en 1991, tous deux en réputation de sainteté.

Raoul Follereau

Pour aller plus loin

Sacrés couples, Pascal Ide, Éd. de l’Emmanuel 2021

Couples de feu et de foi, Raphaëlle Simon, Éd. de l’Emmanuel 2020

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