Homélie du dimanche 26 avril 2020

Dimanche 26 avril 2020
Troisième dimanche de Pâques

Références bibliques :

Lecture des Actes des Apôtres : 2. 14 à 33 : “Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu…Dieu l’a ressuscité.”
Psaume 15 : “Tu m’apprends le chemin de la vie.”
Première lettre de saint Pierre: 1. 17 à 21 : “Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire. Ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.”
Evangile selon saint Luc : 24. 13 à 35 : “ Comme votre coeur est lent à croire !”

***

La liturgie de ce dimanche nous invite à réfléchir sur notre attitude devant le mystère qui est le nôtre et que nous vivons aujourd’hui. Le Christ ressuscité est au milieu de nous. Il est avec nous, il est en nous par la grâce qui nous est donnée. Nous ne transposerons jamais assez dans notre vie, la plénitude cette réalité qu’est la vie divine que nous avons reçue.

En cela nous sommes bien les frères de ces disciples d’Emmaüs avec les mêmes interrogations, avec les mêmes doutes. Soyons-le aussi avec le même enthousiasme quand notre coeur se réchauffe en recevant la Parole de Dieu et quand nous en témoignons.

NOUS NOUS SERIONS TROMPES DE CHEMIN

Il y a trois ans, lorsqu’il les avait appelés, ils avaient pris la route avec lui. Ils l’avaient suivi avec enthousiasme et espérance. Le vendredi de sa mort, à 3 heures de l’après-midi, quand les ténèbres envahirent leurs horizons, ils pouvaient espérer encore :”Il avait dit que le troisième jour…” Alors, en ce matin du premier jour de la semaine, c’est peut-être ce jour annoncé par le Seigneur. Mais leur foi est bien fragile.

Marie, haletante, revient au Cénacle. Elle a vu un ange, qui lui a dit qu’il est vivant. Cléophas hausse les épaules. Mirage de femme admiratrice ! Pierre se sent le devoir d’aller constater le fait et Jean, entraîné par son amitié, l’accompagne. Tout est en ordre dans un tombeau vide dont la pierre est roulée.

C’est donc vrai. Il n’a pas été enlevé, car les bandelettes n’auraient été pliées ainsi. Il est donc vivant !

A leur retour, les deux apôtres disent ce qu’ils ont vu et les conclusions qu’ils en tirent : »Il est vivant ! » Cléophas hausse encore les épaules. Ils ont vu un tombeau vide. « Mais lui, ils ne l’ont point vu. »

La discussion a dû être vive tout au long de cette journée. Thomas est d’accord avec Cléophas. Il faut le voir et constater. Sinon ce peut n’être qu’une illusion. Thomas reste avec ceux qu’il a rejoint, il y a trois ans, en Galilée. Il ne quittera pas Pierre et Jean. Par contre Cléophas et l’un de ses amis s’en vont et quittent Jérusalem. Le chemin de ce prophète n’était pas le bon chemin à prendre….

UN TOUR D’HORIZON DESABUSE

Les voilà donc tous deux sur la route, en cet après-midi. Ils discutent entre eux. Ils ressassent leurs souvenirs, et recherchent les quelques paroles auxquelles ils pourraient s’accrocher. Mais peu à peu ils s’éloignent de Jérusalem et de ce qu’ils y ont vécu. Jésus de Nazareth était un prophète. Et quelle puissance dans ses paroles et ses actions ! et ces foules qui le suivaient ! et puis la situation s’est retournée. Crucifié, mort, peut-il être encore le libérateur d’Israël, car c’est bien d’indépendance que nous rêvions.

Les événements de ce matin paraissent étranges, mais peut-on faire confiance à cette enthousiasme de femmes au dévouement inconditionnel ? Elles disent mais c’est peut-être bien subjectif, car elles n’ont rien vu. Pas plus que Pierre d’ailleurs.

Les kilomètres se succèdent avec cette relecture des événements passés, une relecture qui les attriste, les enferme et les empêche de s’ouvrir au témoignage des autres disciples qui annoncent déjà la résurrection.

IL LES REJOINT EN LEUR DESESPERANCE

Pour mettre d’accord Pierre, Thomas, Madeleine, Cléophas et les autres, le Christ aurait pu, dès les premiers moments de la matinée, venir interrompre cette discussion, les rendre à l’évidence et confirmer par son apparition l’enthousiasme des uns et réduire à néant le doute des autres. Il aurait peut-être emporté leur adhésion. A moins qu’ils n’aient continué à tergiverser pour sous-peser le pour et le contre avec lui.

Mystère du silence de Dieu. Jésus laisse au contraire le temps calmer les choses. Il donne à chacun la liberté de se placer devant sa propre réalité, devant ses propres conclusions et sa propre décision. La redécouverte n’en sera que plus profonde et plus assurée.

Aux disciples du Cénacle, il apparaîtra quand les apôtres n’auront plus rien à dire ni à se dire. Ils sont dans l’attente, une attente de ce qu’ils ne peuvent imaginer. Ayant épuisé leurs arguments, ils peuvent le recevoir tel qu’il est désormais et non pas uniquement comme l’homme qu’ils ont quitté il y a trois jours après le repas pascal dans cette même chambre haute.

Ce qu’il avait dit à Madeleine s’applique aussi à eux :”Ne me touche pas, je monte vers mon Père. Va l’annoncer à tes frères.” (Jean 20. 17)

Sur le chemin d’Emmaüs, là-bas, les deux amis n’ont plus rien de nouveau à se dire, plus rien à envisager qu’un retour en arrière au point où ils sont rendus de leur désespérance et de leur obscurité. Et c’est alors qu’il les rejoint et c’est lui qui prend l’initiative, qui va « dire » et révéler.

Peu à peu en effet, Jésus va leur dévoiler le sens des événements et les inviter à la lumière de l’Ecriture, à relire leur histoire et l’histoire du salut dans laquelle ils avaient inscrit leur foi, mais selon un contresens du message : “libérateur d’Israël.”

C’est le début du retournement. Ils abandonnent peu à peu leur interprétation, acceptant de recevoir celle de cet inconnu qui brise leur enfermement. Etrange sensation qui est alors la leur, mais dont ils ne peuvent encore savoir d’où elle provient.

ILS NE VOIENT PAS, ILS RECONNAISSENT.

Au terme de cette étape de doute, leur geste d’accueil amical à la porte de l’auberge, les conduit à retrouver le Seigneur. Le repas marque l’étape décisive de l’acte de foi. Ils n’ont pas vu le Christ qu’ils accueillaient. Ils l’ont reconnu dans un geste familier, celui du partage au soir du Jeudi-Saint ou de la multiplication des pains.

Désormais la résurrection est à la fois l’événement dont ils ont la certitude et l’événement qui les fait ressusciter eux-mêmes. Paradoxalement, c’est au moment où le Christ disparaît de leurs yeux que précisément “leurs yeux s’ouvrent.”

Ils reprennent alors la route en sens inverse. C’est maintenant le chemin joyeux de la vie. Ils retournent vers la communauté des Apôtres qui est l’Eglise. Ils la réintègrent et y découvrent qu’il n’ont pas vécu une illusion. Elle va devenir le lieu de la foi partagée. Pierre et les autres leur disent cette évidence :”Il est ressuscité !” Cet acte de foi croise et rejoint le leur.

NOTRE EXPERIENCE

L’Ecriture sur la route, l’Eucharistie à Emmaüs, l’Eglise au Cénacle. Il est clair que ce récit pose les fondements de la vie chrétienne. La route de disciples d’Emmaüs est bien l’image de celle de tous les croyants.

Qui n’a fait cette expérience d’une désillusion de la foi lorsque l’espérance placée en un Dieu qui paraît terriblement absent s’étiole et disparaît au moment où l’épreuve traverse sa vie ? Qui n’a été tenté alors de fuir la communauté qui ne comprend pas et continue de proclamer un message sans en donner les preuves de vérité ? L’on en vient à s’éloigner de l’Eglise, et même à la quitter.

Mais qui n’a fait aussi l’expérience de la présence du Christ attentif aux cris de ses enfants et réveillant leur mémoire de croyants par la révélation de sa Parole vivante ? Qui n’a jamais vécu, dans une célébration eucharistique, la rencontre qui “restaure » et le corps et le coeur ? Qui n’a jamais découvert que la communauté chrétienne à laquelle il appartient est le lieu indispensable où l’on trouve à la fois le réconfort dans le partage fraternel en Jésus-Christ et la force nécessaire pour la mission ?

***

Route d’espérance et de foi retrouvées, la route d’Emmaüs est aussi pour nous, route de la Vie, une route de joie paisible et chaleureuse, génératrice d’un dynamisme renouvelé.

“Garde à ton peuple sa joie, Seigneur, toi qui refais ses forces et sa jeunesse. Tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu. Affermis-nous dans l’espérance de la résurrection.” (Prière d’ouverture de la messe de ce dimanche)

 

Père Jacques Fournier
En proposant diverses lignes de réflexion, ces textes veulent être une réserve de "matériaux" , de "suggestions", pour permettre à chacun , selon le "charisme", une ou plusieurs méditations. Leur auteur a sa vie spirituelle. Chacune et chacun des lecteurs a la sienne selon la grâce de Dieu. Ces textes peuvent également servir à préparer les homélies des dimanches et fêtes à venir, chaque paragraphe formant un tout en soi.
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