Cluny 910-2010, un événement et un message spirituel

Abbaye de Cluny

Le 13 septembre à Cluny, la messe paroissiale célébrée par Mgr Benoît Rivière, l’évêque d’Autun, Chalon et Mâcon, sera ouverte à tous les visiteurs qui se presseront dans la cité de Bourgogne du sud. Avant que, l’après-midi, les 12 portes de la ville s’ouvrent symboliquement pour le lancement des longues* célébrations des 1100 ans (910-2010) de ce haut-lieu de la chrétienté de l’Europe du Moyen-Age.
« Si Cluny est renommé, ce n’est pas à cause de l’art roman mais parce que c’est d’abord un monastère. On fait de cet anniversaire un ambitieux événement patrimonial, culturel, touristique, mais nous souhaitons et nous voulons que ce soit un événement spirituel », déclare Mgr Pierre Calimé, porte-parole du diocèse d’Autun-Chalon-Mâcon. Et de rappeler que « La grande œuvre de Cluny, c’est la vie de milliers de moines confiant leur vie à la règle de Saint Benoît. Au-delà de l’architecture, des arts, de la science, des routes et des chemins, Cluny 2010 doit être, au moins pour le croyant et l’homme de bonne volonté, l’occasion de redécouvrir ce qui est le cœur du cœur de l’Abbaye : « Tu veux la vraie vie ? »

Saint Odon

Durant son audience générale tenue le 2 septembre, Benoît XVI a repris le cycle catéchétique consacré aux grandes figures de l’Eglise médiévale en évoquant la figure de saint Odon (né vers 880 et décédé en 942), qui devint en 927 le second abbé du célèbre monastère. Au nombre des vertus de saint Odon figuraient, a dit le Pape “la patience et le détachement des choses du monde, le zèle envers les âmes et l’engagement pour la paix…, le respect des commandements, l’attention aux pauvres, aux jeunes et aux personnes âgées… ». Puis le Pape a rappelé que l’abbé clunisien “fut un guide spirituel pour les fidèles de son temps, face à l’immensité des vices du monde…. Le remède qu’il proposait était un changement de vie radical, une existence basée sur l’humilité, l’austérité, le détachement des biens éphémères pour adhérer aux choses éternelles”.

« La règle de Saint Benoît reste valable aujourd’hui, y compris pour des laïcs. L’archevêque anglican de Cantorbury, Rowan Williams, la résume ainsi : le moine doit être transparent (sans tromperie sur lui-même) ; il doit être artisan de paix (qu’est-ce que je fais circuler autour de moi ?); il doit être responsable (de lui-même et de ses actes). Ce qui est dit du moine peut être dit de n’importe quel chrétien, de n’importe quel citoyen, de n’importe quel honnête homme (ou femme !) public ou privé », ajoute Mgr Calimé. D’où la préparation de futurs ateliers de travail avec des chrétiens pour étudier la Règle ainsi que l’idée d’un colloque sur l’ordre de Cluny et son rayonnement, « colloque plus monastique qu’historicisant », précise encore Mgr Calimé.
Si le programme des manifestations n’est pas encore complètement défini, il semble déjà acquis que le 2 novembre, une messe sera célébrée dans les bâtiments abbatiaux avec le culte des défunts et que, le 23 avril, la fête de Saint Hugues, le sixième abbé du monastère, sera marquée.

Relier spiritualité et travail humain

Nommé aujourd’hui dans une partie voisine de la Saône-et-Loire, le père Frédéric Curnier-Laroche est resté trois ans et demi curé de Cluny et délégué épiscopal à l’art sacré. Du fait de sa formation d’historien de l’art, c’était, reconnaît-il « un lieu idéal » pour relier foi, expression artistique et histoire. Les visiteurs et les pèlerins étant souvent déçus de la vision qu’ils trouvent à leur arrivée sur le site, une animation est nécessaire pour leur permettre d’effectuer un « retour aux sources ». « Les moines, rappelle encore le Père Curnier-Laroche vivaient dans la communion le lien travail et prière selon la règle de Saint Benoît. Ils ont apporté la culture de la vigne, le déboisement, une organisation économique qui a profité à la région. En même temps ils menaient d’importantes recherches intellectuelles de traduction et de connaissance des peuples. Le tout porté par la grande spiritualité des grands abbés de l’ordre ». Les festivités à venir seront donc une chance pour « nous aider à retrouver cette unité entre les affaires de Dieu et les affaires humaines ».

*Le calendrier des manifestations est en cours d’élaboration jusqu’à la fin 2010

La plus vaste église de la chrétienté
Fondée en 909 ou 910 par douze moines, l’abbaye bénédictine fut achevée au XIIe siècle. Elle restera jusqu’à la construction de Saint-Pierre de Rome le plus vaste édifice religieux de la chrétienté occidentale. Maison-mère de plus d’un millier de monastères, elle atteignit son apogée au XIIe siècle avant de tomber dans l’oubli et de servir de carrière de pierres au moment de la Révolution française. Il ne subsiste malheureusement que les parties construites sous l’Ancien Régime et le clocher sud du grand transept, soit moins de 10% de la surface de l’abbaye à l’origine.

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