Éléments théologiques sur la vie consacrée

Par Stéphane Laforge

Dans la « Vie consacrée » », texte paru dans la collection Documents épiscopat, Sœur Sylvie Robert propose une réflexion théologique sur la vie consacrée. Elle cherche à resituer le sens de la vie consacrée dans l’histoire et la théologie, et à l’éclairer à la lumière d’une autre vocation : celle du mariage.
« Il faut se méfier des choses que l’on croit connaître.  » Les paroles de Sœur Sylvie Robert sonnent comme une mise en garde. L’attention de cette religieuse de la congrégation des sœurs auxiliatrices, théologienne et professeur aux Facultés jésuites de Paris se porte sur la vie religieuse, plus communément évoquée sous l’expression « vie consacrée ». « Une expression problématique », estime celle dont l’intervention prononcée devant les délégués épiscopaux à la vie consacrée est publiée dans la collection Documents épiscopat. C’est donc avec le désir de prendre du recul par rapport à des discours « parfois tout faits  » et de « rejoindre la profondeur de cette expérience » que Sr. Robert avance une présentation théologique de la « vie consacrée ». « Nous sommes très marqués par les questions et les défis posés à la vie religieuse du fait de la diminution de ses membres, juge-t-elle. Or, la compréhension de la mission (religieuse) doit être posée autrement que sous le prisme d’une réponse aux besoins. »

Repenser l’unité de la « vie consacrée »

La théologienne propose un éclairage sur la diversité des formes que l’expression « vie consacrée » tente d’unifier. S’appuyant sur les définitions proposées par le Code de droit canonique et l’Exhortation apostolique Vita consecrata, elle invite à repenser cette notion d’unité. La théologienne recense les difficultés, liées au recours à la dénomination « vie consacrée », d’ordre pratique, ecclésiologique et théologique : « Des formes de vie ne peuvent pas être intégrées purement et simplement sous ce vocable. C’est le cas des communautés nouvelles, composées de célibataires et de couples. (…) Il n’y a pas de définition positive de « l’état de vie consacrée » -celui-ci n’est ni clérical ni laïc, il est présenté par exclusion des deux ordres constitutifs de l’Église. (…) La vie consacrée comme la vie religieuse subvertit le classement hiérarchique : (…) ses membres appartiennent à l’un ou l’autre des deux états qui définissent la constitution du peuple de Dieu. (…) Nous ne pouvons pas ignorer ou oublier que tout chrétien est « consacré » à Dieu par son baptême et sa confirmation. »

« Les diverses vocations s’éclairent mutuellement »

Sr. Sylvie Robert pointe également le lien couramment fait entre la consécration et les trois vœux (pauvreté, chasteté et obéissance) qui reviennent comme un leitmotiv mal perçu pour définir la « vie consacrée » par rapport à la consécration baptismale. « Cette triade a été trop présentée comme définissant la vie religieuse et perçue comme quelque chose de juridique ou axé sur le renoncement, regrette-t-elle. L’opinion en a une perception négative. En réalité, les trois vœux sont la conséquence d’une expérience spirituelle de fond. C’est un moyen pour offrir le plus vif de notre existence pour que se vive le « Toi seul » dit au Christ, sans aucun autre « toi seul ». La théologienne invite à prendre en considération la diversité des vocations, en particulier celle du mariage. « Les diverses vocations s’éclairent mutuellement », estime-t-elle. La théologienne refuse ainsi toute forme d’idéalisation de la vie consacrée. « Ce serait une erreur, un des symptômes de la désincarnation du christianisme, assure-t-elle. Les laïcs ne sont pas une sous-classe de baptisés. Vie consacrée et vocation au mariage sont deux mouvements eschatologiques complémentaires. »
 

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