La pensée sociale de Jean-Paul II par Mgr Descubes

Mgr Jean-Charles Descubes, Lourdes, mars 2010

Le 7 juin 1979, Jean-Paul II, en visite en Pologne, déclarait à Auschwitz : « Comment peut-on s’étonner que le pape né sur cette terre ait consacré sa première encyclique aux droits de l’homme ? »

Lors de la rencontre du Conseil épiscopal pour l’Amérique latine (CELAM) à Puebla cette même année, Jean-Paul II relance l’expression « doctrine sociale de l’Eglise » et, par là, la pensée sociale elle-même.

Tout au long de son ministère au service de l’Eglise universelle, Jean-Paul II travaillera à faire comprendre que la pensée ou doctrine sociale est inhérente à l’anthropologie chrétienne, un élément du message chrétien comme tel. La doctrine sociale est « annonce de Dieu et du mystère du salut dans le Christ » et donc « révélation de l’homme à lui-même. » C’est « sous cet éclairage et seulement sous cet éclairage (qu’) elle s’occupe du reste … » (Centesimus annus 1991, 54).

Outre de nombreux discours et interventions, quatre des encycliques de Jean-Paul II traitent directement ou indirectement de la question sociale (1) :

– Redemptor hominis (4 mars 1979) : L’amour du Christ pour l’homme révèle sa dignité à l’homme.

– Laborem exercens (14 septembre 1981) : L’humanisation du travail est la clef essentielle de la question sociale. Lorsqu’on lit dans la Genèse que l’homme est à l’image de Dieu, on doit aussi comprendre que l’homme qui travaille est à l’image de Dieu créateur. L’homme est le sujet du travail qui a pour fin non seulement de produire un bien ou un service mais de permettre à l’homme de se réaliser comme homme. Aussi doivent être rejetées toute condition de travail indigne et toute perspective de marchandisation de l’être humain. Ainsi se trouve également fondée la reconnaissance d’un droit au travail dont nul ne peut être exclu. La solidarité des travailleurs est nécessaire pour empêcher toute dégradation de la dignité humaine dans et par le travail. Aussi un effort spécial doit-il être entrepris en faveur des plus pauvres : personnes handicapées, non qualifiées, immigrants, etc. Le travail prime sur le capital qui est un fruit du travail, fruit nécessaire pour investir et créer des emplois.

– Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987) : deuxième encyclique directement sociale, la lettre traite du développement des peuples à l’occasion du vingtième anniversaire de l’encyclique de Paul VI Populorum progressio : après un vaste panorama du monde contemporain, le pape invite à prendre la mesure économique mais aussi géopolitique, culturelle et théologique des enjeux du développement ; il s’agit de recherche « un humanisme nouveau qui permette à l’homme moderne de se retrouver lui-même ».

– Centesimus annus (1er mai 1991) : publiée à l’occasion du centenaire de Rerum novarum, la lettre prend acte du tournant qu’a connu la fin du XX° siècle avec la chute du communisme. Est-ce le triomphe du capitalisme libéral ? Jean-Paul II refuse les systèmes qui ne laisseraient pas la place centrale à l’homme. Certes le totalitarisme marxiste et don mépris de la personne ne doivent laisser aucun regret mais l’économie de marché ne répond pas à tous les besoins, ne serait-ce que pour respecter la dignité de l’homme et sauvegarder la création. Pour autant « l’Eglise n’a pas de modèle à proposer » ; sa doctrine sociale, fondée sur l’Evangile, n’appelle à rien d’autre que le développement intégral de la personne. Aussi doivent être réaffirmés la dignité du travail et du travailleur (le cauchemar du chômage constitue aujourd’hui la forme la plus dramatique de la misère imméritée que dénonçait Léon XIII), le rôle fondamental et positif de l’entreprise, la légitimité du syndicalisme et les devoirs de l’Etat, le droit à la propriété privée mais aussi la destination universelle des biens de la terre, de même que l’option préférentielle de l’Eglise pour les pauvres.

On doit aussi à l’initiative de Jean-Paul II le Compendium de la docrine sociale de l’Eglise dont, à la suite d’une demande des évêques américains, il confia la rédaction au Conseil pontifical Justice et Paix. Il sera présenté dans sa version définitive le 2 avril 2004.

Citant la parabole du Jugement dernier (Mt 25, 31-46) dans sa lettre apostolique pour ouvrir le troisième millénaire chrétien, Jean-Paul II écrit : « C’est sur cette page, tout autant que sur la question de son orthodoxie, que l’Eglise mesure sa fidélité d’Epouse du Christ (Novo millenio ineunte 2001, 49).

Jean-Charles Descubes
Archevêque de Rouen
Président du Conseil Famille et Société de la Conférence des Evêques de France


(1) : D’après les Archives de la Commission sociale.

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