« Persécutés et oubliés ? », le rapport bisannuel de l’Aide à l’Église en détresse sur la situation des chrétiens opprimés pour leur foi

Le 27 octobre 2026, l’Aide à l’Église en détresse (AED) a publié son rapport intitulé « Persécutés et oubliés ? ». Menée dans dix-huit pays, cette étude portant sur la période d’août 2024 à juin 2026 alerte sur les violations croissantes de la liberté religieuse à l’encontre des chrétiens.
Un rapport pour que les chrétiens persécutés ne soient plus oubliés
Tous les deux ans, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) publie un rapport sur la persécution des chrétiens suivi l’année suivante d’une étude consacrée à la liberté religieuse au sens large. L’édition 2024-2026, intitulée Persécutés et oubliés ?, examine les défis auxquels sont confrontés les chrétiens dans 18 pays. Selon l’AED, 220 millions d’entre eux sont directement exposés à la persécution : harcèlement, menaces, enlèvements, détention, tortures, déplacements forcés, meurtres, églises et chapelles profanées ou détruites. Ces violences visent des croyants en raison de leur foi.
Rédigé par les équipes de l’AED International, le rapport porte en 2026 sur la Turquie, la Syrie, l’Irak, l’Iran, le Pakistan, l’Inde, la Corée du Nord, la Chine, le Vietnam, la Birmanie, l’Érythrée, le Soudan, le Mozambique, le Nigeria, le Burkina Faso, le Mali, l’Égypte et le Nicaragua.
Ces pays ont été retenus pour trois raisons :
-
-
- la diversité des menaces : ils illustrent la variété des dangers auxquels les chrétiens sont confrontés, de la violence djihadiste à la répression étatique ou au nationalisme religieux.
- la représentativité géographique : l’échantillon couvre l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie.
- le poids géopolitique : plusieurs de ces pays, comme la Chine et l’Inde, ont une influence nationale, régionale et internationale majeure.
-

Les quatre grands axes du rapport : «Persécutés et oubliés ? 2026 »
Les régimes autoritaires
La répression atteint des niveaux sans précédent dans des pays à forte influence régionale ou internationale. Elle est d’abord administrative, législative, policière et judiciaire : on peut empêcher les chrétiens de vivre librement leur foi avant même de les emprisonner.
-
-
- En Chine, la surveillance est de plus en plus étroite. L’Église officielle subit de fortes contraintes et l’Église clandestine est plus surveillée encore, avec des vagues d’arrestations signalées fin 2025. L’objectif du régime est de limiter la transmission de la foi et de soumettre l’Église à l’idéologie du Parti.
- Au Nicaragua, la répression s’est intensifiée : surveillances, expulsions, suppression du statut juridique d’organisations, confiscation de biens. En 2023, Mgr Rolando José Álvarez avait été lourdement condamné pour avoir critiqué le Président, puis libéré grâce à la diplomatie vaticane. En 2026, certaines régions interdisent même les ordinations sacerdotales.
-
Le nationalisme religieux
Cette idéologie affirme que, pour être pleinement citoyen, il faut appartenir à une ethnie et à une religion. Les autres deviennent des citoyens de seconde classe, voire, selon l’expression du rapport, des « étrangers indésirables dans leur propre pays ».
-
-
- En Inde, les lois anti-conversion se multiplient dans ce pays. Une religieuse en habit dans la rue peut être soupçonnée de prosélytisme. Plus de 700 actes de violence antichrétiens ont été recensés en 2025.
-
La continuation de la propagation du djihadisme à travers le monde et notamment en Afrique subsaharienne
L’Afrique subsaharienne est devenue, selon l’AED, le premier épicentre mondial du djihadisme, qui s’est déplacé du Moyen-Orient vers les pays du Sahel. Six des dix pays les plus touchés par le terrorisme dans l’Indice mondial du terrorisme sont africains : le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Mali, la Somalie et la République démocratique du Congo (RDC).
-
-
- Au Burkina Faso, où chrétiens, musulmans et croyants traditionnels vivaient en paix, parfois dans une même famille, la situation est devenue impossible. À Ouagadougou, on ne sort plus au-delà de 50 km.
- Au Nigeria, on compte plus de 3,5 millions de déplacés internes, dont au moins un million de chrétiens.
-
L’influence des conflits et les guerres sur les chrétiens
Même lorsqu’ils ne sont pas directement visés, les chrétiens sont poussés à l’exode. Au Liban, le sud du pays a été évacué à cause des bombardements, et des milliers de familles ignorent si elles pourront revenir. Une famille qui part abandonne son commerce, son école et sa paroisse. Il ne reste que les plus âgés, les plus fragiles et les moins formés, ce qui crée « des déséquilibres régionaux profonds« , soulève Benoit de Blanpré, directeur de l’Aide à l’Eglise en détresse.

L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme reconnait à chacun la liberté de pensée, de conscience et de religion […] Or, cet article essentiel de la déclaration est objectivement bafoué dans beaucoup de régions du monde et les chrétiens en sont particulièrement les victimes. Cette violation est une catastrophe humanitaire ! C’est le droit le plus fondamental.
Benoît de Blanpré, Directeur de l’Aide à l’Eglise en détresse
[témoignage] Peter Bhatti : une vie de combat pour les minorités au Pakistan
Originaire du Pakistan et installé au Canada depuis 1997, Peter Bhatti s’est imposé comme une voix de premier plan pour les minorités religieuses persécutées. En 2002, il a fondé l’organisation non gouvernementale International Christian Voice (ICV), dont il assure la présidence internationale. Celle-ci a pour vocation de sensibiliser l’opinion publique et d’apporter un soutien institutionnel aux minorités du Pakistan. Peter Bhatti s’y rend chaque année et y organise des conférences et des séminaires. Il est également le frère aîné de Shahbaz Bhatti, ancien ministre fédéral des Minorités religieuses, assassiné le 2 mars 2011, à l’âge de 42 ans, en raison de son engagement contre les lois relatives au blasphème. Shahbaz Bhatti avait notamment défendu Asia Bibi, première chrétienne condamnée à mort pour blasphème au Pakistan.
Dans la préface du rapport, Peter Bhatti explique que l’assassinat de son frère a profondément bouleversé sa vie. Lors de son passage à Paris, il a souligné : « Mon frère Shahbaz s’est battu pour que tous les Pakistanais soient des citoyens à part entière, quelles que soient leur couleur et leur religion. C’est pour son combat en faveur des minorités chrétiennes qu’il a été assassiné en 2011. »
Un témoignage sur la situation au Pakistan
Peter Bhatti rappelle que le Pakistan a été fondé comme une république démocratique et non islamique. À la suite du décès de son fondateur, Muhammad Ali Jinnah, les dirigeants successifs ont, selon lui, progressivement institué des politiques de persécution à l’encontre des chrétiens et d’autres minorités. Selon ses mots : « Le premier porte-parole a été forcé de quitter sa position de « speaker », parce qu’il était chrétien. Depuis, les Pakistanais chrétiens et d’autres minorités continuent de faire face à des persécutions et des discriminations. » Il identifie les lois sur le blasphème comme la première cause de discriminations et de persécutions. « À cause de ces lois sur le blasphème et des personnes persécutées, des églises sont brûlées, les gens sont déplacés et forcés de quitter leurs maisons. 26 églises ont été détruites », précise-t-il. Il dénonce également les enlèvements de jeunes filles chrétiennes, suivis de conversions forcées et de mariages imposés.
Peter Bhatti décrit aussi une inégalité profonde de traitement devant la loi. Lorsqu’un musulman est accusé de blasphème, les sanctions demeurent, selon lui, exceptionnelles. En revanche, l’accusation portée contre un chrétien peut entraîner des conséquences collectives touchant sa famille, sa paroisse et son quartier, souvent en dehors de tout cadre juridique. Sous la pression de groupes organisés, des communautés entières seraient contraintes de fuir, tandis que leurs lieux de culte seraient incendiés.
Peter Bhatti évoque le cas d’une jeune fille de 14 ans enlevée. Malgré un recours introduit devant la plus haute juridiction du pays, la décision aurait été rendue en faveur de son ravisseur ; la jeune fille vivrait depuis lors sous son emprise. Il reconnaît l’existence de voix musulmanes engagées en faveur de la réforme, telles que celle de Salmaan Taseer, gouverneur du Pendjab, assassiné un mois avant Shahbaz Bhatti. Toutefois, la crainte de représailles ou d’attentats contre leur personne limite, selon lui, la capacité des réformateurs à agir. Il considère dès lors que la pression de l’opinion internationale constitue un levier déterminant, comme en témoigne la libération d’Asia Bibi, dont il a facilité l’installation au Canada.
Une action concrète en faveur des victimes
International Christian Voice accompagne les victimes des lois sur le blasphème et des déplacements forcés, afin de leur permettre de retrouver des conditions de sécurité et d’entamer une nouvelle vie au Canada. Les réfugiés ne pouvant pas s’y rendre directement, transitent par des pays tiers, tels que la Malaisie ou la Thaïlande, où ils peuvent attendre entre dix et douze ans sans solution durable. L’expiration de leur visa les place dans une situation irrégulière et les expose à un risque d’expulsion.
Selon Peter Bhatti, environ 200 à 250 personnes ont été accueillies jusqu’en 2025, un total qui pourrait bientôt atteindre 300. Il estime cependant qu’un soutien accru « de la communauté internationale permettrait d’étendre cette action et d’améliorer la protection des personnes concernées ».

[dans nos archives] retrouvez le rapport « Persécutés et oubliés ? » de 2024

le Père John Suakor, prêtre du Nigeria, originaire de l’état de Benue

ça peut aussi vous intéresser
Magnifica Humanitas : la première encyclique de Léon XIV sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle
Un an après son élection, le pape Léon XIV signe sa première encyclique, document fondateur de son pontificat. Publiée le 25 mai 2026, « Magnifica Humanitas » s'attaque aux grands bouleversements technologiques et anthropologiques de notre temps, convoquant l'héritage de Léon XIII pour répondre aux défis d'un monde transformé par les algorithmes.
la liberté religieuse est un droit fondamental enraciné dans la dignité de la personne qui doit être garanti par l’ordre juridique
pape Léon XIV
dans la lettre encyclique Magnifica Humanitas
mai 2026

