Message de Véronique Dufief aux participants

Mes chers amis,

J’aurais tellement désiré être parmi vous aujourd’hui, et je ne le peux pas.

Je ne le peux pas précisément parce que je suis fragile et alors même qu’il y a dans mon cœur tant d’amour à donner, inemployé.

C’est ma maladie, aujourd’hui, qui me prive de vous.

Ce que je viens de dire et qui sera lu par quelqu’un d’autre que moi, chacun de nous pourrait le dire. Chacun de nous est habité par la nostalgie de n’avoir pas tout à fait (ou pas du tout) sa place parmi les autres, parmi les siens.

Sur tous nos parkings, il y a des places « handicapés », qui sont souvent bizarrement vides. Où sont-ils donc les handicapés que nous sommes ? Quelle est leur place réelle dans ce monde où nous avons tous tellement de mal à vivre ?

Si parfois quelqu’un acceptait de s’asseoir dans une de nos chaises roulantes, peut-être que le monde « roulerait » mieux !

Si parfois quelqu’un venait avec nous jouer aux chaises musicales, échanger la sienne contre la nôtre, peut-être qu’on entendrait mieux la petite musique de la fraternité !

Si parfois quelqu’un mettait sur ses oreilles le casque de notre silence, peut-être que le monde sentirait mieux ce cœur qui bat en chacun de nous !

Si parfois quelqu’un chaussait les lunettes de ceux qui voient avec le cœur, peut-être que nous pourrions tous ensemble pour la première fois chanter avec Edith Piaf la vie en rose !

Notre projet n’est pas de faire éternellement du sur-place dans les parkings. Nous avons besoin de vivre tous ensemble, de pouvoir nous dire les uns aux autres combien nous sommes fragiles et éphémères, combien précieuse est toute vie humaine.

Mettons-nous en route pour aller annoncer par toute la terre la bonne nouvelle de la fragilité : dans quelle crèche notre monde veut-il aujourd’hui accueillir ce nouveau-né ?

Véronique