Le corps, lieu de symptômes

pluieJocelyne Marlier* nous fait part de quelques observations quant au rapport au corps des enfants souffrant de troubles du comportement.

Ce que l’on peut remarquer dans la prise en charge des enfants qui présentent des troubles de la conduite et du comportement c’est précisément l’importance du corps comme lieu de symptômes.

Le corps se présente alors comme lieu de dévalorisation de l’image de soi, comme lieu de souffrance psychologique et/ou physique.

Souffrance dans la violence que l’on subit ou que l’on fait subir et qui vient en lieu et place du langage : « de cette façon, j’entre en relation, je signifie à l’autre qu’il m’intéresse mais comme je n’ai pas de mots pour le dire… je « l’agis » et la désapprobation que je peux lire dans le regard des adultes vient renforcer cette mauvaise image que j’ai de moi… Mais à ce moment là au moins, je compte pour quelqu’un ».

Souffrance également quand je ne maîtrise pas mon corps au travers de l’énurésie ou de l’encoprésie, symptômes de plus en plus fréquents, qui peuvent amener des traitements médicaux douloureux, voire traumatisants. Louise, six ans, a déjà vu plusieurs spécialistes, subit plusieurs traitements. Elle semble vivre « en dehors » de son corps et regarder l’agitation autour d’elle comme une fatalité.

Image dévalorisée également à l’adolescence. Le corps grandit trop vite… Christophe et Marc, les jumeaux, ne savent que faire de ces grandes jambes et de ces grands bras, sinon des gestes « d’épouvante » lorsqu’ils sont en présence des plus petits, « pour rire » disent-ils.
Mais la fatigue dont ils se plaignent régulièrement, le peu d’entrain qu’ils montrent devant la moindre tâche à accomplir témoignent d’un mal être certain.

A l’inverse, Jonathan est inquiet de sa petite taille pour ses 14 ans, bientôt 15.

Ou encore Valérie qui voudrait ne pas porter de lunettes, et supporte difficilement la moquerie des autres enfants. Surtout celle des garçons qui insistent sur ce strabisme jamais opéré car ce serait une opération à risque lui a-t-on dit.

C’est aussi Philippe, victime d’attouchements sexuels, qui fait semblant de prendre une douche en se mouillant simplement un peu les cheveux et ne change pas de vêtements. L’odeur qu’il dégage lui permettra à coup sûr d’être rejeté par ses copains avec quelques réflexions bien ciblées qui prouvent, si besoin était qu’il n’y a pas lieu d’être fier de ce corps que des proches, mis en examen, ont déjà largement souillé. Ou encore des attitudes exhibitionnistes qui sont autant de questions sur une sexualité qui n’ose s’exprimer.

* Jocelyne Marlier a dirigé un établissement pour enfants en grande difficulté, en Lorraine, membre du bureau de la Pastorale des Personnes Handicapées