Vous avez dit « communiquer » ?

vignette sacrement du mariageTous deux étaient étiquetés handicapés. Ils m’ont été envoyés et confiés pour préparer leur mariage. Ils sont arrivés en avance créant un malaise à la personne préposée à l’accueil : « ils sont …, enfin, … ils sont handicapés et je ne sais pas quoi faire avec eux. » Je me suis alors demandé qui était le plus handicapé des trois ?

Lorsque je les ai accueillis, ils sont entrés avec des gestes lents. Ils étaient heureux ensemble et ils m’ont partagé : leur rencontre au C.A.T., comment il lui a pris la main pour lui dire qu’il l’aimait et qu’il voulait vivre toute sa vie avec elle.
Vint ensuite le temps de la réflexion, leur quatre années de vie commune et leur désir maintenant d’aller plus loin et de se marier devant Dieu, leur familles et leurs amis.
Une histoire d’amour ordinaire, comme beaucoup d’entre nous peuvent en vivre ! Puis ils ont tenu à expliquer leur singularité : lui ne sait ni lire ni écrire ; lorsqu’il était petit, une suite d’opérations du cœur l’a éloigné de l’école. Pour elle, c’est à la naissance d’une petite sœur que tout s’est bloqué, elle sait tout juste lire et à peine écrire. Ils sont repartis et la personne de l’accueil qui les avait reçus m’a dit (un peu pour se rassurer) : « ils sont très bien ! »

Ils sont revenus plusieurs fois et j’ai mesuré combien les documents et les revues que l’on offre et qui servent de support pour la préparation étaient vraiment inadaptés. Les couples relais n’étaient pas très chauds et très à l’aise pour les rencontrer. Je me suis dit que finalement c’est peut-être l’Eglise qui était handicapée dans ses réponses !

Puis est venu le temps de préparer la cérémonie et lorsqu’elle fut mise au point, restait une inquiétude : le problème des paroles à apprendre par cœur pour l’échange des alliances. C’était vraiment difficile pour eux mais là, je calais, je ne voyais vraiment pas comment faire autrement.

J’ai ensuite contacté en province le prêtre qui allait célébrer le mariage. Je lui ai expliqué cette gêne devant les paroles à prononcer lors de l’échange des alliances et lui m’a répondu tout simplement qu’il avait déjà célébré plusieurs mariages dans de telles conditions et qu’il proposait un échange des alliances en se regardant les yeux dans les yeux avec amour ! Et la je me suis dit : « et bien mon garçon, en te bloquant sur ces paroles à dire, toi aussi tu es resté bien handicapé. »

Et si le handicap n’était que notre difficulté à communiquer avec l’autre et toutes ses différences ?

Jean Destrac, diacre P.P.H. Créteil