Congrès 2018 de l’Aumônerie catholique des prisons : « Sur des chemins de fraternité »

Le congrès 2018 se déroulera du 12 au 14 octobre à Lourdes. Il s’intitule « Aumôniers catholiques, serviteurs de la fraternité » – « catholiques », c’est-à-dire au milieu d’autres formes de religion, « serviteurs », pour souligner que nul n’est au-dessus des autres même s’il est le plus ancien, et « fraternité » car c’est un vocabulaire républicain et chrétien.

photo1Le congrès qui se tiendra en octobre 2018 s’adresse à tous les aumôniers et auxiliaires catholiques. C’est pour eux qu’il est organisé et, comme chacun sait, un congrès n’est pas seulement un cycle de conférences, mais une occasion de rencontres, de témoignages, de partages, une occasion de faire corps, de se ressourcer, de faire la fête, de prier ensemble… « Il faut qu’ils puissent prendre conscience, presque charnellement, de la communauté qu’ils forment solidairement […] pour que la mission, lorsqu’on est dispersé, soit relancée et stimulée.» Comme le souligne Jean-François Penhouet, c’est bien de la mission qu’il s’agit.

Au-delà des aumôniers, il est évident que nous souhaitons que ce congrès ait la plus large audience possible, dans les aumôneries des prisons, dans la pénitentiaire, dans l’Église et dans la société. Si notre orientation de fond demeure la même – assurer une présence gratuite auprès des personnes détenues, au nom du Christ – le contexte de notre mission

change, au rythme des évolutions de la société. Ainsi que l’exprime le sociologue Didier Fassin, la prison apparaît à la fois comme le reflet de la société et comme son miroir, son inquiétante ombre portée1. Nombre de questions touchant au politique pourraient ainsi être soulevées, mais nous avons estimé qu’elles pouvaient être abordées en marge du congrès, à d’autres moments.

Être des aumôniers dans un contexte multiculturel et multi-cultuel

Nous avons fait le choix de nous concentrer sur un fait : sept cultes sont reconnus par l’administration pénitentiaire, ce qui signifie que nous sommes amenés à évoluer au milieu de personnes détenues se rattachant à des confessions différentes, et à agir en partenariat – ou en confrontation – avec les aumôniers des autres cultes. La question qui nous motive devient celle-ci : « Comment être des aumôniers catholiques dans un nouveau contexte, multiculturel et multi-cultuel ? » Nous pourrions ajouter avec Jean-Paul Willaime : « Dans un monde ultramoderne, où les religions s’effacent. » 3 Cette situation n’est pas banale, avec d’un côté davantage d’athéisme, et de l’autre des religions multiples, des expressions religieuses qui sont parfois « radicales » et une forte présence des musulmans.

Quelle réponse apportons-nous ? Sommes-nous témoins d’un vivre-ensemble possible? Le cadre laïc qui est le nôtre, est-il une chance pour cela ?

Nous sommes attendus là-dessus, parce que ces questions touchent la société tout entière et que la prison peut être un lieu prophétique de ce que tous les citoyens sont appelés à vivre. En tant qu’aumôniers catholiques, de quels moyens disposons-nous pour vivre dans cette situation, nouvelle par bien des aspects ? Il reviendra au théologien de nous éclairer sur les ressources que l’Évangile et la tradition de l’Église nous donnent pour vivre ensemble dans la perspective du royaume de Dieu.

Rencontre et fraternité

À ce stade de la réflexion du conseil national, deux mots sont apparus porteurs de sens, le mot « rencontre » et le mot « fraternité». Dans la relation à l’autre, le fait de vouloir le rencontrer est déjà un choix, nous pourrions préférer l’ignorance, la politesse lisse, l’évitement ou la fuite…

Le mot « fraternité » que nous plaçons au cœur de notre congrès, donne l’esprit dans lequel nous voulons rencontrer l’autre. Ce mot nous vient tout droit de l’Écriture. Nous sommes frères parce que nous sommes les enfants d’un même Père. Depuis Caïn, chacun de nous reçoit l’injonction : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » La fraternité s’entend comme une exigence.

Elle est un inconfort, une lutte à mener contre soi-même. Être fraternel, c’est dépasser ses peurs, ses répulsions, ses inimitiés. Car il ne s’agit pas d’être fraternel seulement avec ceux qui partagent nos pensées et nos projets, il s’agit d’être fraternel avec tous, et surtout avec ceux que nous ne comprenons pas et que nous n’aimons pas. Dans la relation à l’autre, le risque est toujours celui de la haine et de la violence. La fraternité ou le fratricide! L’enjeu est là. Entre les deux, le métier d’homme, de citoyen et d’aumônier.

Ce n’est pas pour rien que la fraternité est aujourd’hui sur toutes les lèvres, de tous les discours. L’exigence qu’elle représente sur le plan personnel se répercute sur le plan ecclésial et sur le plan politique. Il se pourrait bien que ce congrès, sans que nous le voulions, conduise l’aumônerie des prisons à définir plus précisément son identité, l’amène à dire – dans la situation actuelle – ce qu’elle veut apporter à la construction d’un vivre ensemble.

GÉRARD CHENAIS
Aumônier Régional
RENNES

Programme

Lors de ce congrès des ateliers et des forums seront proposés pour mettre en place une réflexion de groupe.

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Ressources

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Des éléments de réponses ici

Les personnes qui désirent rentrer en contact avec un aumônier sont invités à se rapprocher de l’administration de l’établissement pénitentiaire concerné, en précisant dans l'adresse: "Aumônerie catholique des prisons".
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