Cinq manières de vivre le 11 Novembre

Commémorer la fin des combats du premier grand conflit mondial et honorer avec les soldats tombés en 1914-1918 tous les morts pour la France : la journée offerte et fériée du 11 novembre invite chacun non seulement à un devoir de mémoire mais aussi à construire la paix. Par Florence de Maistre.
En parler
Depuis la rentrée scolaire 2026, une cérémonie commémorative dans les écoles, collèges et lycées à l’occasion de la date anniversaire de l’armistice du 11 Novembre 1918, est désormais obligatoire. “Le sujet est moins polémique sur le fond que sur la forme, la Première Guerre mondiale étant déjà au programme des classes de 3e et du lycée. La commémoration imposée tombe un peu à plat. Dans mon collège, les élèves chanteront la Marseillaise et des lettres de poilus seront lues”, indique Sabine, 40 ans, professeur de mathématiques à Lons-le-Saunier (39). Une occasion à saisir également en famille pour évoquer le premier grand conflit mondial, les suivants, et une date en entraînant une autre les souvenirs familiaux. “C’est très important pour moi de transmettre ce devoir de mémoire à nos enfants, de respecter ceux qui nous ont précédés. Cela fait partie encore plus de nos choix éducatifs depuis que nous vivons en Espagne ! En nous remémorant les évènements marquants de notre pays, nous nous rappelons nos racines, notre histoire chrétienne”, poursuit Anne, 51 ans, infirmière scolaire à Madrid.
Lire, regarder un film, visiter un lieu de mémoire
Marie, la cadette de la famille, 14 ans, se replonge alors dans sa bande dessinée : La Grande Guerre racontée aux enfants, éd. du Triomphe (2014). De nombreux ouvrages permettent d’approfondir la réflexion, d’incarner un peu plus ce début de XXe siècle abstrait aux yeux des plus jeunes. À lire à partir de 7-9 ans, Capitaine Rosalie de Timothée de Fombelle (éd. Gallimard, 2018) ou encore Pierre et Miette de Sophie de Mullenheim (éd. Fleurus, 2018). Les aînés pourront redécouvrir les grands classiques et œuvres du patrimoine cinématographique : Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (1957), Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (1996) et aussi La chambre des officiers de François Dupeyron (2001). Une discussion à l’issue du visionnage est importante pour mieux appréhender les images choquantes. Enfin, ce 11 Novembre est tout indiqué pour visiter les hauts lieux de mémoire : cimetières militaires, musées de la Grande Guerre et mémoriaux du Linge ou de Verdun, jardins de la paix, etc.
Participer aux commémorations locales
“J’aurais honte de ne pas me déplacer au monument aux morts chaque 11 Novembre. Cette journée n’est pas fériée pour faire la grasse matinée : il s’agit d’évoquer ceux qui ont donné leur vie ! J’ai été sensibilisée plus jeune, quand j’étais scoute. C’était très important pour mon grand-père, qui a fait la Seconde Guerre mondiale. C’est désormais aussi ancré chez nos garçons”, assure Sabine. Les écoliers de son village chantent et récitent des poèmes au cours de la cérémonie. Son aîné, Clément 10 ans, scolarisé dans l’enseignement catholique, dépose solennellement la gerbe. Parmi les citoyens, les mouvements de scoutisme sont traditionnellement présents. Au Mesnil-le-Roi et à Maisons-Lafitte (78), ils seront plus de 135 jeunes scouts et guides d’Europe à rendre hommage aux morts pour la France dès 8 h 30. “Il s’agit de montrer l’intégration du mouvement dans la vie de la collectivité au-delà de la communauté paroissiale. L’attachement au pays, à la nation est un point de développement fort dans la pédagogie scoute. Au fond, la démarche interroge le sens de nos vies, de nos engagements. Être prêt à quel service, quel sacrifice”, interpelle Antoine de Sarrau, 50 ans, chef du groupe.
Prier
Outre la dimension conviviale et la fanfare présente lors des cérémonies à Meaux (77), les enfants d’Anne restent marqués par le monument aux morts en lui-même et le nombre de noms gravés dans la pierre. L’an dernier, Antoine a invité chaque scout à citer un mort au combat de sa famille, de sa paroisse. “Une énumération des noms, comme on prie les saints”, souligne le chef de groupe. Cette prière pour les victimes peut s’étendre à tous les militaires en activité, pour que le Seigneur leur apporte courage et force, qu’il réconforte également leurs proches. Une prière universelle dédiée à ce jour de commémoration et de recueillement est également disponible sur le site du diocèse aux Armées françaises. Ce dernier propose encore, avec Hozana.org, la retraite gratuite et en ligne : 5 jours pour la paix. À noter, des célébrations et veillées interreligieuses sont organisées en de nombreux lieux.
S’engager
“Clément se précipite ensuite sur le monsieur qui vend les bleuets. Il collectionne les autocollants de chaque cérémonie”, reprend Sabine. En apportant sa collection en classe, il a déjà témoigné de son engagement auprès de ses camarades. Né dès 1916 le Bleuet de France poursuit son oeuvre de solidarité et de mémoire auprès des militaires blessés, des familles endeuillées, des pupilles de la Nation et des victimes d’actes de terrorisme. Quant à la construction de la paix, la mère de famille évoque en premier lieu les valeurs éducatives de non-violence, tolérance et dialogue. Pour aller plus loin, Pax Christi, l’ONG et mouvement catholique pour la paix, agit, depuis sa création au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour la réconciliation franco-allemande, au service de l’éducation à la paix, du dialogue et d’engagements concrets pour un monde plus juste. Un appel toujours urgent.
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