Documents épiscopat : Prostitution, l’Église interpellée, actualité et approches pastorales

 » Prostitution : l’Église interpellée, actualité et approches pastorales ». Document épiscopat n°1- 2018. Préface de Monseigneur Michel Dubost, évêque émérite d’Évry-Corbeil-Essonnes intitulée : « Rencontrer l’autre en vérité ».

Mgr Michel Dubost, c.j.m.La prostitution est un fait. Depuis trois siècles, des femmes, des sœurs que nous appelons maintenant de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur, ont pour mission de rencontrer et d’aider à cheminer vers leur liberté des femmes prostituées. Ce Documents Épiscopat veut rendre compte de leur expérience. Au cœur du phénomène de la prostitution, il y a l’argent et le sexe. Ce que ce document révèle du système prostitutionnel est capital. Je ne reviendrai pas sur ce point. Mais il me semble important aussi de souligner trois convictions fondatrices entre les lignes de ce qui est rapporté ici.

Les prostituées, les clients, les proxénètes ne sont pas des prostituées, des clients, des proxénètes, ce sont des personnes prostituées, clientes ou proxénètes. La prostitution n’est pas le tout de leur vie. Leurs histoires sont différentes, leurs rapports à la prostitution sont différents. Pour les uns, la prostitution n’est pensée que comme un passage dans le temps ; pour d’autres, il n’y a pas d’alternative, leurs rapports à la vie, à la société, à Dieu sont différents. Leurs goûts, leurs options politiques, leurs capacités intellectuelles sont différents. L’Évangile apprend à ne pas classer les personnes. Il est important de ne pas l’oublier ici.

Les personnes sont libres. Loin de moi l’idée de nier les entraves à cette liberté qui la limitent quelquefois dramatiquement: contraintes financières pour élever un enfant, pour aider sa famille, contrainte exercée par le proxénète, profondes blessures affectives venues de l’enfance, incapacité à penser l’avenir autrement que dans la prostitution par manque de formation, etc. Mais, dans ce domaine comme dans d’autres, il est essentiel de penser que le Christ est venu libérer des libertés de ce qui les enchaîne mais qui existe par «nature».

Nous faisons partie de la question. Il ne s’agit pas ici de se culpabiliser en se découvrant des responsabilités que l’on n’a pas. Il s’agit d’agir de manière responsable dans une société qui est traversée par un double courant: d’une part, elle devient de plus en plus intolérante à l’égard de tous les crimes sexuels (pratiquement 50% des emprisonnés) et, d’autre part, elle est de plus en plus tolérante à l’égard des manifestations sexuelles les plus crues. Que l’homme et la femme soient des systèmes de pulsion est évident. Que l’homme et la femme cherchent leur plaisir est aussi évident. Il y a quelques années, Olivier Florant écrivait un livre intitulé Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré. Le chrétien refuse une sensualité sans limites, mais il refuse aussi une vie sans plaisir. Jésus lui-même n’était pas un ascète: on a pu le faire passer pour un glouton et un ivrogne (Lc 7, 34). Mais Jésus est une parole d’amitié qui trouve son plaisir dans la rencontre non possessive de l’autre. Il est probable que notre responsabilité soit là: dans la suite d’un Christ qui nous invite à sortir de notre narcissisme pour rencontrer l’autre en vérité.

Nous faisons partie de la question tant que nous laissons notre voisin dans la solitude et le mutisme.

Monseigneur Michel Dubost
Évêque émérite d’Evry-Corbeil-Essonnes

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