Des frères pour les sortants de prison

Sept équipes constituent pour l’instant, sur le diocèse de Versailles, un premier réseau d’accompagnement fraternel à destination des personnes sortant de prison.

ONESIMECe jour là, Chantal Vandame, membre de l’équipe diocésaine d’Onésime, a pu compter sur la chaîne de soutien développée dans les paroisses. Dans la matinée, le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) l’avait en effet appelé en urgence pour une femme sans moyen de transport qui devait être hébergée dans une autre ville. Chantal a appelé ses contacts et, dès l’heure du déjeuner, plusieurs bénévoles se proposaient pour la conduire. « Nous ne nous substituons ni aux services sociaux ni aux associations compétentes, explique-t-elle. Nous sommes là pour accompagner les personnes dans leurs démarches administratives ou chez le médecin, les aider à rédiger un CV mais aussi les inviter à une sortie en forêt ou un déjeuner. Nous sommes avant tout une présence fraternelle : être là pour être là ».

Le diocèse des Yvelines ne compte pas moins de quatre établissements pénitentiaires : le centre pénitentiaire de Bois d’Arcy (maison d’arrêt et Centre de semi-liberté) – où Chantal a été pendant 9 ans aumônier de prison -, la maison d’arrêt des femmes de Versailles, la maison centrale de Poissy et l’établissement pour mineurs de Porcheville. En 2013, l’évêque a fortement incité à la mobilisation des communautés chrétiennes pour « accueillir comme des frères bien aimés » (cf la lettre de St Paul à Philémon [1])  ces personnes qui se retrouvent souvent dehors sans logement, sans travail et sans réseau de relations. L’appel aux bonnes volontés afin de constituer une équipe est à l’initiative des curés de paroisse. Un engagement est signé par la personne concernée et l’accompagnateur, qui accepte cette responsabilité dans la régularité, la fidélité, la discrétion, une certaine distance affective et le suivi par un membre de l’équipe diocésaine.

Une formation d’une journée est prévue pour connaître, au-delà des peurs, le monde carcéral, les risques de la sortie (addictions, interdictions…) et donner un certain nombre de consignes pratiques. « On ne sort pas indemne d’un tel engagement mais ce n’est absolument pas négatif », commente Gaël Lemoine, diacre sur Sartrouville, membre de l’équipe diocésaine d’Onésime, envoyé en mission par Mgr Aumonier sous la responsabilité du Père Damien Warnan, délégué diocésain pour la pastorale des prisons. Il raconte avoir passé beaucoup de temps étudiant, dans les tribunaux, « ce monde pénitentiaire résonnant en lui ». Engagé quelques années dans le catéchuménat de sa paroisse, il a vu comme « une forme de coïncidence/Providence » l’appel de son curé, le Père Matthieu Williamson, à s’engager dans une des premières équipes Onésime.

Avec le recul Gaël témoigne qu’ils ne peuvent pas citer « des dizaines de situations mais qu’Onésime a contribué à permettre à des personnes de rebondir, de se remettre debout ». Et d’évoquer un Basque espagnol assigné en résidence, pour qui ils ont négocié l’installation d’une caravane. Chantal, elle, évoque une personne à qui l’équipe a permis de renouer avec sa maman et qui, aujourd’hui, a retrouvé logement et travail.

Gaël tient à faire une observation : « Avec huit personnes pour accompagner une seule personne, nous sommes aux antipodes de la rentabilité que demande notre société. Mais c’est très évangélique ! »

Chantal Joly

[1] Saint Onésime (décédé entre 68 et 95) est un esclave, devenu chrétien sous l’influence de saint Paul et rendu à son maitre, Philémon, qui est invité à le recevoir comme « frère dans la foi ».

Oser le retour

« Nous invitons chacun selon nos possibilités, à oser des propositions, des engagements, des solutions nouvelles pour le retour réussi dans la grande communauté humaine de ceux qui ont enfreint les lois. Si nous ne croyons pas possible ce relèvement, pouvons-nous célébrer en vérité la Résurrection de notre Sauveur ».

Extrait d’un appel de la Conférence des évêques de France aux communautés catholiques de France en faveur de la réinsertion des personnes détenues.

 

 

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