Jules Isaac, artisan du dialogue entre juifs et chrétiens

Historien et pédagogue engagé, Jules Isaac demeure une figure incontournable du judaïsme français du XXᵉ siècle, dont l’œuvre et le témoignage ont profondément marqué le dialogue entre juifs et chrétiens.
Biographie
Jules Isaac est né dans une famille juive alsacienne. Professeur agrégé d’histoire, inspecteur général de l’Éducation nationale, il est connu de toute la France du XXe siècle pour les manuels d’histoire de France « Malet – Isaac » publiés de 1923 à 1930.
En 1897, Jules Isaac rencontre Charles Péguy et s’engage à ses côtés dans le combat en faveur d’Alfred Dreyfus et dans l’aventure des Cahiers de la Quinzaine. Il consacre le premier (et seul) tome de ses mémoires à Charles Péguy, dont il écrit qu’il lui a donné « ce brûlant amour de la vérité » qui ne le quitta jamais.
La défaite de 1940 et les lois de Vichy sur le statut des juifs font basculer sa vie : il doit fuir, se cacher, ses livres sont interdits. Convaincu que l’antisémitisme puise sa source dans l’enseignement de l’Église, Jules Isaac commence alors la rédaction de Jésus et Israël.
À quelle profondeur s’enfonçaient les racines juives du message évangélique et les racines chrétiennes de l’antisémitisme, me fut une révélation de jour en jour plus frappante, bouleversante. Il m’était commandé de la transmettre, à tous les cœurs ouverts.
Jules Isaac, « Survol », Cahier du Sud, 1949
En 1943, sa fille, son fils puis sa femme sont arrêtés par la Gestapo. Seul son fils survit aux camps. Sa vie est alors dédiée au combat de la reconnaissance par l’Église de son antijudaïsme et de ses conséquences. Il promeut le « redressement » pour passer de l’« enseignement du mépris » à celui de l’estime. L’ouvrage Jésus et Israël, publié en 1948, rappelle les sources juives du christianisme et dénonce les interprétations erronées et les préjugés. Il publiera La genèse de l’antisémitisme en 1956 et L’enseignement du mépris en 1962.
Ce combat est aussi celui de la fraternité. Jules Isaac œuvre inlassablement au dialogue judéo-chrétien (Conférence de Seelisberg, fondation des Amitiés judéo-chrétiennes). En 1960, sa rencontre avec Jean XXIII est décisive et conduit à la promulgation de Nostra aetate.
Je me souviens très bien que le Pape resta très impressionné de cette rencontre et m’en parla longuement […] Il est vrai que jusqu’à ce jour-là, Jean XXIII n’avait pas pensé que le Concile eût également à s’occuper de la question juive et de l’antisémitisme. Mais depuis ce jour-là, il ne cessa de s’en occuper
Mgr Loris Capovilla, secrétaire de Jean XXIII
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